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Magic  (1978)

Varèse Sarabande CD Club (1978/2003) | Réédition


 

Jerry Goldsmith a eu l'occasion d'écrire un score thriller/suspense dans la lignée des scores thriller de Bernard Herrmann, sa partition reposant essentiellement sur le pupitre des cordes (comme dans 'Psycho' d'Herrmann), agrémenté ici d'un piano et d'un étrange harmonica. Le score repose ainsi sur un thème principal troubant, inquiétant, envoûtant, tout à l'image du film lui même.



[© Texte : Cinezik] •
Magic

Tracklist (de la BO en CD ou Digital)

1-Main Title 2.02
2-Corky's Retreat 3.18
3-Didn't Remember Me 1.50
4-Memories 2.52
5-What Can't You Explain? 0.56
6-Appassionata 2.07
7-Let's Take Off 0.53
8-One Chance 1.09
9-Stop The Postman 1.50
10-The Lake 2.47
11-The Ruse 1.27
12-Duke's Catch 1.36
13-Blood 1.05
14-Duke's End 1.04
15-Two Birds With One Stone 0.45
16-I'll Tell 2.40
17-Fats Blows The Whistle 1.43
18-The Wooden Heart 2.38
19-Us Was You 1.16
20-End Titles 2.06

Bonus Source Music:

21-Previous Act 2.39
22-Next Act 2.39

Nos articles sur cette BO

Le 'Main Title' s'ouvre au son d'un étrange petit motif d'harmonica associé à Fats, suivi du thème exposé aux cordes avec des harmonies torturées (il est marrant de noter que le début du thème possède un côté un peu 'air de blues'). Cet excellent thème de cordes, agrémenté de deux petits accords de piano mystérieux évoque à merveille le côté psychologique du film et la noirceur du personnage de Corky, hanté par un étrange secret: sa propre marionnette le manipule et devient une autre personne à part entière. L'harmonica est présent ici pour évoquer le côté inquiétant et extrêmement malicieux de Fats, Goldsmith ayant décide d'associer cet instrument à ce personnage comme une sorte de petit leitmotiv sonore. L'association inattendue entre les cordes et l'harmonica provoque un effet plutôt troublant voire inquiétant (et parfois malsain), d'autant que l'instrument dissone toujours avec la partie des cordes, comme s'il s'agit d'un élément extérieur intervenant là où on ne l'attends pas. Cette brillante astuce permet alors à Goldsmith d'évoquer la métaphore de l'esprit torturé de Corky qui se divise alors en deux personnalités: la sienne (les cordes) et celle de Fats (l'harmonica), dualité malsaine renforcée par les dissonances des deux motifs, celui de l'harmonica et des cordes.

'Corky's Retreat' développe alors le climat intriguant voulu par Goldsmith avec, cette fois ci, un sursaut de cordes inquiétant typique du style thriller du compositeur. Le pupitre des cordes est bien mis en avant, comme Bernard Herrmann a pu le faire sur le 'Psycho' d'Hitchcok, et la noirceur des harmonies torturées renforce l'impression de malaise que l'on ressent parfaitement durant la seconde partie du film. Après un début plutôt mystérieux, on assiste à un changement de ton assez radical pour les séquences où Corky retrouve Peggy qu'il aime toujours. La jeune femme tombe enfin sous son charme et fait l'amour avec lui lors du très beau 'Appassionata' où Goldsmith développe un petit 'Love Theme' romantique et passionné, écrit pour piano, violon et cordes. (A noter que la tête du thème rappelle sous une forme majeure le début du thème principal) 'Appassionata' est typique du style plus sentimental/intime du compositeur dans l'écriture vigoureuse de ses cordes couplé avec quelques solistes (violon, violoncelle et piano). Ce 'Love Theme' décrit évidemment la romance entre Corky et Peggy, romance qui laissera très vite la place à la terreur pour la dernière partie du film. A ce sujet, on ne peut pas passer à côté de l'étrange associé du motif d'harmonica de Fats avec le 'Love Theme' romantique de 'Appassionata', un élément inquiétant qui dissone complètement avec le canevas harmonieux et passionné tissé par Goldmsith pour cette scène d'amour. La raison à cette soudaine rupture de ton est que la caméra se fixe pendant quelques instants sur le visage (inquiétant) de Fats, la marionnette, et ce durant la scène d'amour. Le message de Goldsmith est clair: le mal est toujours là et il va conduire Corky à sa propre perte.

Après ces quelques passages plus harmonieux, nous permettant de respirer un bon coup, Goldsmith nous replonge ensuite dans la descente aux enfers du héros avec 'Stop The Postman', sinistre morceau pour la scène du premier meurtre. Pour renforcer l'impression de terreur suggérée par cette séquence, Goldsmith utilise un étrange son électronique saturé qui transforme cette pièce en véritable moment de terreur glacial, chaotique et torturé. 'The Lake' laisse la place quand à lui à une rythmique de pizz inquiétante lorsque Corky va cacher le corps dans le lac, les cordes étant toujours extrêmement tendues afin d'évoquer à la fois le suspense et l'esprit malsain/torturé du héros. A noter la présence toujours inquiétante de l'harmonica qui évoque alors Fats, contrôlant définitivement l'esprit de Corky. 'Duke's Catch' et 'Blood' prolongent cette ambiance de suspense sinistre, débouchant sur une nouvelle scène de meurtre dans 'Duke's End', accompagné d'un nouveau sursaut orchestral terrifiant. La tension monte dans 'I'll Tell' lorsque Fats fait du chantage à Corky s'il décide de le laisser tomber tandis que 'Fats Blows The Whistle' développe le côté malsain de Corky/Fats lors de la scène où le ventriloque/magicien devient fou et se met à faire toutes les pitreries que lui demande sa marionnette. Impressionnant, le morceau est rythmé par un crescendo de cordes terrifiant et un harmonica malsain, le tout mélangé dans une ambiance de folie parfaitement suggéré par la musique du maestro. 'The Wooden Heart' et 'Us Was You' concluent le film dans un climat de noirceur quasi résigné, tandis que le 'End Titles' reprend le thème principal qui est resté assez présent tout au long du score, sous la forme de quelques variantes orchestrales.

'Magic' vous satisfera pleinement si vous êtes fans des musiques de thriller/suspense glauques comme le compositeur a l'habitude d'en faire depuis la fin des années 70 (Goldsmith nous a prouvé avec les 'Omen' qu'il était un maître du 'frisson' à l'instar de Bernard Herrmann). Il n'y a rien de véritablement original ici, si ce n'est l'association étrange de l'harmonica avec un pupitre de cordes accompagné de quelques instruments plus discrets. La couleur des cordes permet au compositeur de renforcer ici le côté psychologique du film, et à ce niveau là, sa BO colle parfaitement bien au film. Mais l'ensemble n'a franchement rien d'inoubliable, 'Magic' restant malgré tout une BO plutôt mineure dans la carrière du maestro californien. Ceci étant dit, il serait dommage de bouder notre plaisir et de ne pas (re)découvrir cette petite BO de suspense/thriller sympathique, qui a enfin eu l'honneur d'être rééditée par Varèse Sarabande, en édition CD Club à tirage limité. Ce n'est donc pas un chef d'oeuvre, mais cela reste un bien bel effort de la part du compositeur, un score plutôt méconnu dans la filmographie de Jerry Goldsmith.

Quentin Billard

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