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My New Picture  (2007)

Shellac (12 septembre 2007) - 65' | Court-métrage



My New Picture est un projet qui part d’un album de musique et qui est fait pour être décliné sous plusieurs formes, avec des durées différentes. Il y a le CD avec un livret photo (65 minutes), le film (40 minutes), l’installation (4x10 minutes) et le site internet.

[© Texte : Cinezik] •

My New Picture

Autour de cette BO

Propos du réalisateur/Compositeur

Je préfère sortir un objet de son contexte pour qu'on le regarde différemment. Là, il y a quelque chose de plus cohérent - et plus excitant - à le traiter comme un film, même « petit » et intime. Même sans image.

Ce n'est pas une musique de film mais, pour moi, un film à part entière. Si je le revendique comme tel, ce n'est pas une simple figure de style, mais réellement comme ça que je l'ai conçu et que je le ressens. On a souvent dit que je faisais des films de musicien. Là, ce serait un album de cinéaste.

Au départ, ce sont des bouts de musiques enregistrés en attendant de tourner un nouveau film, éventuellement destinés à figurer dans de futures bandes son... Puis petit à petit, l'envie que ça fabrique quelque chose d'autonome, avec un début, un milieu et une fin. Les séquences se sont agencées les unes par rapport aux autres, le travail de structure et de montage a été le même que s'il y avait des images, avec les mêmes questionnements : sens de la durée, ellipses, dramaturgie, montage parallèle ou blocs...

Je ne voulais pas, même si la tentation était parfois grande, rajouter du texte, une voix-off, ou du dialogue, c'est-à-dire, rajouter une narration explicite. Je voulais que la narration ne soit QUE musicale. « Un film pour les oreilles », disait Zappa, je crois. Alors oui, il y a un scénario, mais pas dans le sens classique. Les textes ne me manquent pas. Je n'ai pas besoin du sens des paroles.

J'ai plus besoin du sens de la musique que de celui des paroles. À la limite, c'est comme le cinéma. J'ai plus besoin des images que des dialogues. J'ai hésité à un moment à faire appel à des voix, à avoir des chanteurs invités, ce qui aurait certainement rehaussé certains titres. Mais des voix auraient amené trop d'« ego ». Et n'auraient pas laissé cette place à l'autre, à l'auditeur/spectateur, qui m'importait. De ce point de vue, c'est comme pour mes autres films, la place de l'autre est très importante.

La 1ère partie m'est venue alors que je travaillais sur un projet inspiré de VERTIGO. On peut y entendre dans l'ordre un paysage désolé et mélancolique, des voix d'outre-tombe, le fameux vertige... Et puis, on s'enfonce dans quelque chose de plus inconnu. Le temps se dilate, l'utilisation de l'électronique nous emmène dans un univers plus mental. Ce sont les limbes. Très ouatées. Très diffuses. Dont on retient un battement.

Les éléments musicaux de la 2è partie (surtout les guitares) me sont venus alors que je travaillais sur un film intitulé LA MORT DE LAURIE MARKOVITCH. Sortis des limbes, on navigue entre romantisme cotonneux et brutalité sèche, jusqu'à la fin fatale d'une héroïne - on parle d'ailleurs d'héroïne dans les seules voix rapportées - que l'on savait devoir mourir.

La 3è partie, au travers de séquences rythmiques, est une traversée subjective, qui part de quelque chose d'assez léger, qui passe par une répétition mélancolique, un tunnel sonique, et qui s'achève dans une longue séquence de danse ralentie et poisseuse. Pour moi, tout se passe en intérieur, peut-être une boîte de nuit, composée de 4 pièces, chacune d'elles étant moins éclairée que la précédente.

Les scènes de la 4ème partie sont celles qui me touchent le plus, les séquences où les fantômes sont les plus présents. C'est une partie désolée, pleine de larmes affectives et d'abandon pur. Abandon des personnages, abandon des repères mélodiques et rythmiques. Une traversée dévastée avant de se retrouver dans une pièce sombre pour les derniers instants de tension.

Propos de Bertrand Bonello
Extraits du dossier de presse

Nos articles sur cette BO

La musique de Bonello, entendue dans le film ou sur le disque, donne le vertige tellement elle abolit les repères mélodiques et rythmiques. Entre Sonic Youth et Tortoise, ce rock bruitiste et sensoriel joue des textures et des ruptures. Le compositeur/réalisateur sollicite notre total abandon, nous immergeant dans sa masse sonore et affective. Dans le film, une mise en abîme nous met face à notre double, une comédienne (Sabrina Seyvecou) muni d'un casque écoute cette même musique, une manière inédite de faire exister une musique en images, non plus une musique de film car il n'y a pas réellement de film, non plus un clip vidéo car l'image fait parti du projet musical. Tout simplement une expérience sensorielle au-delà des supports et des réseaux. Voilà sans doute une brèche à creuser afin d'exploiter le potentiel infini des multi-médias d'aujourd'hui, et une belle manière pour un compositeur d'exister par lui-même dans une salle obscure.

Benoit Basirico

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