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Pour une femme  (2013)

(Juillet 2013) |


 

Armand Amar retrouve Diane Kurys après le biopic SAGAN en 2008.



[© Texte : Cinezik] •
Pour une femme

Autour de cette BO

Intentions musicales du film

Diane Kurys accorde une place essentielle à la musique de ses films et s'entoure des plus grands compositeurs. Après Georges Delerue, Luis Bacalov, Yves Simon, Paolo Buonvino, Philippe Sarde, Michael Nyman, le dernier musicien à entrer dans son oeuvre est Armand Amar qu'elle retrouve après "Sagan".

Avec "Pour une femme", Diane Kurys renoue avec un cinéma de l'intime, pour un film très proche de sa vie, puisque, dans la continuité de "Coup de foudre", "La Baule les pins" et "Diabolo Menthe", elle a puisé dans ses souvenirs personnels, elle raconte son adolescence, l'histoire de ses parents. Elle remet en scène le drame familial avec une inspiration renouvelée, et une nouvelle partition.

Au coeur de ses films, il y a de l'humain, de l'émotion, de l'intime. Les personnages sont au centre du récit. Le plus grand enjeu du compositeur est d'accompagner cette émotion en faisant vibrer ses instruments avec délicatesse, sans alourdir le propos, sans pathos. Armand Amar s'est ainsi refusé les cordes trop massives et a préféré un quatuor avec des solistes talentueux : Julien Carton au piano, Lise Berthaud à l'alto, Grégoire Korniluk au violoncelle, Sarah Nemtanu au violon. Sa partition est minimaliste, comme il l'avait fait sur "Sagan". Il a juste ajouté en arrière-plan un orchestre de 25 personnes pour élargir le cadre, s'adapter au format cinématographique pour le confort du spectateur. Il ne fallait pas plus d'ampleur pour ne pas noyer le quatuor, pour que chaque soliste se distingue, et que ce soit lui qui donne le sentiment, un peu comme la voix des personnages.

Dans le récit de son enfance, Diane Kurys réunit la grande et la petite histoire, le récit de la guerre se mêle au destin de ses parents et celui de son oncle. Le scénario s'articule sur deux périodes (1944 et 1987). Les époques se répondent. Les destins se juxtaposent pour constituer une seule histoire. Dans ce récit éclaté dans le temps et l'espace, la musique avait un rôle primordial pour créer du lien et de l'harmonie, pour homogénéiser l'ensemble, pour créer l'identité musicale du film. La musique devance, anticipe, ou laisse persister une émotion. Elle est la mémoire émotionnelle du film. A l'image du personnage, elle contribue à rassembler les morceaux d'un récit. La musique favorise cette quête des origines tout en tissant la toile d'une double histoire d'amour.
Dés la lecture du scénario, Armand Amar a eu l'idée de constituer quelques thèmes. Il y a ainsi quatre thèmes développés dans le film. Il y a celui de cette double histoire d'amour, il s'agit d'un thème croisé associé à la même femme et aux deux hommes de sa vie. Il y a un thème pour les années 80, un thème de l'enfance (le passé de la famille) et un thème d'action pour les scènes se déroulant autour du Mossad (avec l'emploi de percussions - jouées par Joel Grare). Avec ce canevas musical, le déroulement du récit gagne en clarté et en émotion.

La musique du film se joue dans un dosage délicat, que ce soit dans le nombre restreint des instrumentistes ou dans l'écriture centrée autour de quelques thèmes. Mais le dosage est aussi dans son caractère, pour que la musique soit à la fois grave, car un drame se joue, et aussi romantique car il s'agit d'une histoire d'amour. La musique demeure nostalgique, mais jamais triste. Elle va de l'avant. D'ailleurs, Armand Amar a eu l'idée d'une valse pour le thème d'amour. Cette mélodie est discrètement dansante. Cette base de valse à trois temps dérive vers une musique "bancale" en cinq temps pour donner ensuite à entendre une fausse valse, rappelant celle du début pour faire le lien avec avant, mais en connotant que quelque chose a changé. Le temps passe, les souvenirs persistent, mais les choses évoluent. Cette musique est intrinsèquement liée à ce qui se joue dans le récit. Le compositeur se met au service du film pour donner sa propre lecture sensible à ce récit humain. De plus, la musique va de paire avec la voix off du récit (et la lecture de la lettre), comme si le personnage écoutait l'air au moment de conter son récit.

Enfin, un autre enjeu dans cette musique repose sur l'ancrage culturel. On connait les origines musicales métissées de Armand Amar, convoquant souvent les instruments traditionnels. Pour ce film de Diane Kurys, il n'oublie pas son expérience dans le domaine en suggérant par certaines sonorités les voyages du récit et l'origine des personnages, mais sans trop connoter l'Europe de l'Est, en proscrivant le choix trop évident de la clarinette, pour éviter de tomber dans la musique yiddish ou russe. Il s'agit d'une simple évocation, et le choix du quatuor reflète le souci d'universalité.

Au générique de fin, Armand Amar propose une chanson écrite en Ladino (langue judéo-espagnole parlée par les juifs d'Espagne, interprétée par Nuria Rovira Salat). Elle parle d'amour, comme le film, pour une belle conclusion.

Benoit Basirico, à partir des propos recueillis du compositeur et de la réalisatrice

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