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Pranks  (1982)

Citadel Records (30 nov 2004) - 0:28:28 | Réédition



Sur Pranks, le compositeur évite fort heureusement le cliché des musiques électroniques cheap typiques des scores de série-B horrifiques à petit budget des années 80 en utilisant une formation instrumentale intéressante et expérimentale. Cordes, percussions diverses (timbales, woodblocks, gong, vibraphone, cymbales, cloches, glockenspiel, xylophones, etc.), deux pianos et un harmonica basse sont ici de la partie, nous offrant un mélange de sonorités particulièrement intéressant.

 Interview B.O : Christopher Young, Interview carrière (1982-2011)

[© Texte : Cinezik] •

Pranks

Tracklist (de la BO en CD ou Digital)

1. Main Title (1:11)
2. Somene's in The Kitchen (2:23)
3. Trapped (0:44)
4. Nightwalk (1:51)
5. Who's On The Roof (2:43)
6. Surprise (1:56)
7. The Phone's Dead (1:16)
8. The Sacrifice (3:03)
9. The Last Chance (2:07)
10. Farewell To Brian (2:17)
11. Moonchill (0:42)
12. No Escape (1:46)
13. Her Man Awaits (1:01)
14. Bill's Peace Of Mind (1:36)
15. A Little Prank / Kiss And Kill (1:41)
16. Search For Hemmit (1:00)
17. End Title (1:11)

Nos articles sur cette BO

Le musicien nous démontre dès ses débuts qu'il a tout compris du style avant-gardiste des grands musiciens de la musique savante contemporaine du 20ème siècle, que ce soit Bartok, Ligeti ou Penderecki, ou bien encore Jerry Goldsmith ou Bernard Herrmann, les deux grands modèles du compositeur qui l'ont particulièrement inspirés sur Pranks.

Le score de Young est entièrement atonal, reposant sur un travail intéressant autour des dissonances. Le film s'ouvre au son d'un ‘Main Title' macabre à souhait, introduisant les principales sonorités de la partition : un motif de bref glissendi de cordes stridentes qui crissent dans le suraigu à la façon du Psycho de Bernard Herrmann, le tout sur un lit de contrebasses sombres et de percussions (gong, cloches, timbales, glockenspiel, etc.) qui renforcent la tension que dégage cette excellente ouverture sinistre à souhait, et qui annonce clairement la couleur. La musique dégage dans le film ce parfum de terreur et de suspense omniprésent du début jusqu'à la fin, le score étant d'ailleurs clairement mis en valeur dans le mixage comme l'un des principaux éléments de tension du film. ‘Someone's In The Kitchen' entame une longue montée de tension au début du score pour la scène où les jeunes fouillent la cuisine à la recherche d'Hemmitt. Young introduit ici la sonorité particulière de l'harmonica basse sur fond de piano dissonant, cordes sombres, glockenspiel, roulements de timbales inquiétants, etc. La tension monte d'un cran dans ‘Trapped' où des glissendi de cordes dissonantes et des timbales introduisent un bref morceau de terreur digne des plus grandes pages d'un Ligeti ou d'un Penderecki.

Le suspense semble s'épaissir encore plus dans ‘Nightwalk' qui évoque par moment certaines sonorités du Alien de Jerry Goldsmith, baignant dans une atmosphère incessante de peur, avec ses effets de trilles/tremolos stridents de cordes et ses différentes percussions qui renforcent le sentiment de menace et de danger. Un morceau comme ‘Who's On The Roof ?', qui illustre le jeu mortel du chat et de la souris (scène où les héros entendent du bruit sur le toit), est particulièrement réminiscent du Planet of the Apes de Jerry Goldsmith, avec une utilisation assez similaire du piano, des percussions et des cordes. La terreur devient concrète dans le très sinistre ‘Surprise' avec ses glissendi dissonants de cordes et ses notes de piano martelées dans le grave, sans oublier cette sonorité étrange de l'harmonica basse. Young utilise ici différents effets avant-gardistes de cordes, que ce soit les glissendi, les clusters, les trémolos ou les trilles, apportant un réel sentiment d'horreur au film (qui peine bien à traduire ce sentiment en lui-même – une fois encore dans ce type de série-B d'épouvante, c'est quasiment la musique qui fait tout ici!), un peu comme dans l'obsédant ‘The Phone's Dead' ou le mystérieux ‘The Sacrifice'. Dommage cependant, qu'au bout de quelques minutes, le score est tendance à devenir extrêmement répétitif et un peu monotone, les morceaux n'apportant jamais rien de franchement nouveau par rapport aux pièces précédentes, sans aucun doute le plus gros défaut du score de Pranks. Ceci étant dit, on appréciera la qualité des morceaux de terreur de la dernière partie du score, comme ‘No Escape' ou ‘Bill's Piece of Mind' qui évoque la poursuite finale entre le serial-killer et Joanne, idée que l'on retrouve dans ‘A Little Prank' qui reprend les brefs glissendi stridents du ‘Main Title' dans un nouveau morceau de terreur macabre à souhait et toujours aussi influencé de Bernard Herrmann. Le score se conclut finalement sur le ‘End Title' qui reprend une dernière fois les glissendi stridents de l'ouverture, la boucle étant bouclée.

Pour sa toute première partition pour un film d'horreur, Christopher Young démontrait déjà en 1982 qu'il avait l'étoffe d'un grand musicien de cinéma, appliquant ici à la lettre tous les codes et conventions de la musique d'horreur par le biais d'une formation instrumentale expérimentale et intéressante, bien que l'ensemble demeure encore un peu trop sous influence. Mais pour un début, c'est tout de même un bon début, même si le score manque encore de personnalité. On aimerait en tout cas entendre plus souvent des musiques de série-B d'horreur à petit budget de cette qualité, Young nous prouvant ici qu'il possède un réel savoir-faire et une science d'écriture avant-gardiste/expérimentale qu'il a brillamment acquit tout au long de ses études musicales. Si Pranks est une partition de jeunesse mineure du compositeur, elle servira néanmoins de référence pour Young lorsqu'il composera certaines de ses futures musiques d'horreur/thriller à la fin des années 80 jusqu'à aujourd'hui. Remercions le label Citadel Records pour avoir eu l'excellente idée de rééditer cette BO qui n'était alors disponible que sous la forme d'un LP au son poussiéreux.

Quentin Billard

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