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Prometheus  (2012)

Sony Classical (28 mai 2012) | Original Score [musique originale]


Le compositeur Marc Streitenfeld retrouve le cinéaste Ridley Scott pour la cinquième fois, tandis que Harry Gregson-Williams propose des musiques additionnelles en retrouvant le réalisateur anglais une seconde fois après "Kingdom of Heaven". Ce film est annoncé comme un prequel à ALIEN (1979), film qui marqua la première collaboration entre Scott et Goldsmith.

[© Texte : Cinezik]
Prometheus

Tracklist

1. A Planet
2. Going In
3. Engineers
4. Life
5. Weyland
6. Discovery
7. Not Human
8. Too Close
9. Try Harder
10. David
11. Hammerpede
12. We were right
13. Earth
14. Infected
15. Hyper Sleep
16. Small Beginnings
17. Hello Mommy
18. Friend From The Past
19. Dazed
20. Space Jockey
21. Collision
22. Debris
23. Planting the Seed
24. Invitation
25. Birth

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Le compositeur allemand Marc Streitenfeld retrouve quand Ridley Scott après avoir oeuvré sur ses précédents films : « A Good Year » (2006), « American Gangster » (2007), « Body of Lies » (2008), « Robin Hood » (2010), sans oublier de mentionner sa participation à une production Ridley/Tony Scott, « The Grey » de Joe Carnahan (2012). C'est la première fois que Streitenfeld se voit confier la musique d'une grosse production de science-fiction, et pour « Prometheus », le musicien avait fort à faire, car il devait passer derrière certains de ses plus illustres collègues qui ont tous oeuvré sur la saga « Alien » : Jerry Goldsmith bien sûr, mais aussi James Horner, Elliot Goldenthal ou bien encore John Frizzell. La musique de « Prometheus », bien que n'égalant jamais le niveau d'un Goldsmith ou d'un Goldenthal, est à coup sûr l'atout majeur du film de Ridley Scott et la preuve irréfutable que la collaboration Streitenfeld/Scott est en passe de devenir l'une des plus intéressantes du moment. Le compositeur, ancien assistant d'Hans Zimmer, signe pour « Prometheus » une partition d'une richesse thématique époustouflante, servie par des atmosphères électroniques élaborées et par une utilisation tout à fait maîtrisée de l'orchestre symphonique et d'une chorale féminine tour à tour mystérieuse, lyrique et angoissante.

Pour Marc Streitenfeld, le travail sur « Prometheus » débuta il y a plusieurs mois dès la lecture du script, qui inspira particulièrement le compositeur, très excité à l'idée de travailler sur le nouveau film de science-fiction de Ridley Scott depuis « Alien » et « Blade Runner ». De plus, Streitenfeld travailla pendant quasiment un an sur la musique de « Prometheus », ce qui explique sans aucun doute la qualité du résultat final, sûrement et lentement mûri. Enregistrée à Londres avec un orchestre de 90 musiciens, la musique de « Prometheus » s'avère être parfois majestueuse et solennelle, parfois émouvante et poignante, et parfois incroyablement violente, sombre et terrifiante, à l'instar du film. Si l'on retrouve quelques vagues références à la musique d'Alien de Goldsmith, le score de « Prometheus » part dans une toute nouvelle direction, et impose d'emblée une thématique impressionnante par sa force et sa cohésion. Le thème principal, ample, majestueux et solennel (« Life », « We Were Right »), est l'oeuvre d'Harry Gregson-Williams, appelé à renfort par la production pour écrire la partie additionnelle du score, et notamment la mélodie principale. Ce thème, confié dès l'ouverture du film (« Life ») à un cor solennel sur fond de tenue de cordes latentes, de quelques touches synthétiques et des voix grandioses accompagne de façon prenante les premiers plans de notre monde lors de la création de l'humanité il y a des milliers d'années. C'est le thème de la vie, de la création et de la recherche de nos origines dans le film, d'où le côté majestueux et solennel qui impose d'emblée une force et une émotion dès l'ouverture du film. Ce thème sera d'ailleurs très présent dans le film, mais curieusement sous représenté sur l'album, hormis deux pistes assez courtes. Le score contient aussi toute une variété de thèmes bien ancrés dans l'histoire, à commencer par un motif inquiétant de deux notes répétées, souvent confié à des flûtes (en référence à Goldsmith) dont la sonorité a été retravaillé par ordinateur pour lui conférer un aspect plus étrange, un motif court que l'on nommera « motif alien » - on l'entend au début de « Going In », dans « Not Human », dans « Hyper Sleep », dans « Birth » et aussi abondamment dans « David ». Le motif alien intervient régulièrement dans le film lorsqu'il est question de l'univers extra-terrestre des ingénieurs ou de leurs terrifiantes créations.

Autre thème, plus mémorable, celui du Prometheus que l'on appellera « thème des humains », entendu dans « A Planet », et qui se divise en réalité en trois segments mélodiques bien distincts. Les premières notes du thème sont entendues dans « A Planet » dès 0:18 au cor, puis à 0:47 au hautbois, avant d'être repris dans son intégralité aux cordes à partir de 1:25. Ce thème, ample et dramatique, évoque la quête humaine - on l'entend lors de la découverte de LV-223, alors que le vaisseau Prometheus s'apprête à se poser sur la planète - tout en annonçant la dimension tragique du récit. Streitenfeld bâtit ce grand thème autour de deux segments mélodiques bien distincts : le premier est la partie A, qui va de 1:25 à 1:42. La partie B du thème, avec des cuivres graves plus massifs, va de 1 :42 à 1 :50. Enfin, la partie C, dominée par des violoncelles imposants, va de 1:50 à 2:04. A noter que, régulièrement, Streitenfeld superpose le thème du Prometheus à un motif plus mystérieux associé à la planète LV-223, un thème de deux notes dont la parenté avec le motif alien est plus qu'évidente : ce thème de la planète débute dans « A Planet » dès 0:29 et confère aux images un sentiment subtil de mystère et de découverte sous un angle à la fois inquiétant et énigmatique. On appréciera d'ailleurs la façon dont le compositeur juxtapose parfois ce motif malléable de la planète à celui du Prometheus en contrepoint, une excellente idée qui permet à Marc Streitenfeld de développer pleinement ses deux mélodies. Le thème du vaisseau, repris dans « Small Beginnings », « Dazed » et « Space Jockey », atteint ensuite son paroxysme dans le génial « Collision », sans aucun doute l'un des meilleurs passages du score de Streitenfeld, grande envolée orchestrale poignante, solennelle et déterminée avec ses ostinati de cordes urgentes, ses cuivres amples et sa coda héroïque et désespérée lors du sacrifice final de l'équipage. Le thème complet du Prometheus ainsi que le motif de deux notes de la planète LV-223 prennent ici une dimension à la fois dramatique et vibrante, non dénuée d'émotion, une très belle réussite qui prouve à quel point Streitenfeld n'a jamais perdu de vue la partie plus humaine et émotionnelle dans sa musique. On notera d'ailleurs la façon avec laquelle le compositeur joue sur son thème du vaisseau en changeant les harmonies pour leur conférer un caractère poignant et tragique prenant mais sans jamais en faire de trop, comme c'est le cas pour le passage entre 1:37 et 2:18 ou lors de la magnifique envolée finale de 2:46 (frissons d'émotions 100% garantis !), surtout lorsque les choeurs et les cuivres viennent renforcer l'impact de la musique à l'écran. Et comme si cela ne suffisait pas, Streitenfeld nous gratifie d'autres thèmes, avec une mélodie ambiguë, lente et mystérieuse entendue pour la première fois dans « Weyland », et qui distingue par ses notes hésitantes et étrangement mélancoliques. A noter la façon dont Streitenfeld utilise les cordes de manière froide à base d'harmoniques dans « Weyland », doublées par des choeurs féminins et quelques sonorités électroniques brumeuses. Le thème de Weyland reviendra plusieurs fois dans le film, et notamment dans le sombre « Try Harder », dans « Dazed » et dans la seconde moitié de « Friend from the Past » - qui rend explicitement hommage au fameux thème principal d'Alien de Jerry Goldsmith, lors de la première apparition holographique de Peter Weyland au début du film, un endroit assez curieux pour y placer la mélodie de Goldsmith - Le thème sombre et mélancolique de Weyland évoque la partie sombre du personnage tout en évoquant, par son aspect mélancolique, cette idée de quête impossible de l'immortalité, pour un vieillard qui a accompli de grandes choses dans son existence mais qui se retrouve aujourd'hui à la fin de sa vie et qui semble prêt à tout pour y arriver, quitte à rejeter sa propre fille et à aimer un fils artificiel (symbole de la perte de l'humanité du milliardaire excentrique). Elizabeth Shaw (Noomi Rapace) a droit à son propre thème, mélodie intime et un brin mélancolique entendue dans le touchant « Invitation », reprise aux cordes avec un sentiment d'urgence dans « Too Close » (scène de la tempête) ou dans « Infected », avec ses cordes dramatiques et élégiaques poignantes lors de la mort d'Holloway. Le thème de Shaw évoque son rapport à la foi, l'idée de sa quête à la fois scientifique et spirituelle, et de tout ce qu'elle devra perdre pour trouver les réponses tant attendues.

Enfin, la découverte du vaisseau des ingénieurs permet à Streitenfeld de nous offrir un dernier motif de cinq notes dans « Discovery », entendu notamment lors de la découverte de la sculpture géante, confiée à une clarinette et des voix féminines lointaines et énigmatiques, presque spirituelles et irréalistes. Ce motif de la découverte reviendra dans « Engineers » (on le reconnaîtra en tendant un peu l'oreille à partir de 0:37, confié furtivement aux violoncelles/contrebasses) et vers la fin du sombre et intrigant « Try Harder », avec toujours cette même sensation d'une atmosphère lente, sombre et étrange, associée à la découverte d'une civilisation et d'un monde étranger et inconnu. Pour se faire, Streitenfeld est même allé jusqu'à créer une série d'ambiances électroniques sonores étranges, à base de sons manipulés (exemple : les flûtes 'alien' du début de « Going In » ou du terrifiant « Birth »), de sonorités mécaniques, industrielles voire même organiques, comme c'est le cas dans le sombre « Engineers », qui évoque les atmosphères sonores inquiétantes associées aux ingénieurs et à leurs créations dans le film. « Engineers » traduit d'ailleurs clairement tout l'aspect expérimental assez impressionnant du travail de Marc Streitenfeld sur « Prometheus », que ce soit dans sa façon de manipuler les sons ou de créer des atmosphères synthétiques inédites et inventives, très présentes tout au long du score. A noter ce son de battement mécanique entendu dans « Engineers » et associé aux ingénieurs dans le film, qui reviendra aussi dans « Debris » et « Hyper Sleep » lors de la plupart des apparitions des impressionnants space jockeys. Autre élément sonore majeur dans le score de « Prometheus » : l'utilisation du choeur féminin, conférant à la musique de Streitenfeld un caractère parfois mystérieux et religieux assez impressionnant et typique de la musique du film de Ridley Scott : le mélange des voix et des sonorités synthétiques apportent d'ailleurs une vraie personnalité musicale au travail de Streitenfeld à l'image et rappelle les efforts fournis par le musicien pour définir une véritable identité sonore cohérente propre à « Prometheus », sans avoir pour autant à citer Goldsmith, Goldenthal ou d'autres (on évite ainsi les pièges faciles du « Aliens vs. Predator Requiem » de Brian Tyler !).

Enfin, que ne serait la partition d'un film de science-fiction horrifique sans quelques bons déchaînements orchestraux violents en règle ? Ainsi, « Prometheus » ne déroge pas à la règle et nous offre avec « Hammerpede », « Hello Mommy » ou « Planting the Seed » quelques solides déchaînements de terreur pure, que ce soit pour l'attaque du serpent alien dans l'agressif « Hammerpede » avec ses sons synthétiques/percussifs étranges et ses effets instrumentaux dissonants/aléatoires des cuivres, ou le terrifiant « Hello Mommy » pour LA scène choc clé du film. On notera l'emploi de techniques instrumentales avant-gardistes ici, Streitenfeld mélangeant effets instrumentaux aléatoires, clusters dissonants (parfois aux choeurs), glissandi et stridences extrêmes et contrôlées pour parvenir à ses fins, même si ces passages horrifiques rompent parfois violemment avec l'atmosphère subtile et assez réservée du reste du score. Quand à « Planting the Seed », il s'agit de loin de l'un des passages les plus impressionnants du score, notamment dans son utilisation inventive des percussions (élément récurrent dans des passages tels que « Too Close », « Collision » ou « Hello Mommy ») et dans son extrême violence musicale, rapide mais incroyablement intense. Quand à « Birth », il conclut le film et le score sur une ultime touche d'horreur, annonçant une suite évidemment apocalyptique. Bilan final plus que positif donc pour Marc Streitenfeld, qui signe avec « Prometheus » son meilleur travail à ce jour, une partition ample, parfois subtile, parfois plus massive et grandiose, mais jamais dénuée d'émotion. C'est avec une conviction rare que Streitenfeld a abordé la composition de « Prometheus » comme une sorte de voyage musical dans les tréfonds de l'univers sombre de LV-223 et des ingénieurs.

S'il ne fait aucun doute que la partition de Streitenfeld ne fera pas l'unanimité dès la première écoute, il y a fort à parier qu'elle grandira en soi au fil des écoutes, une musique qui s'apprécie d'autant plus par le biais d'écoutes répétées en dehors des images pour pouvoir cerner pleinement les nombreux développements thématiques du score et ses différentes idées sonores parfois si singulières. Car, si la composition de Marc Streitenfeld n'a ni le génie ni la passion d'un « Alien » de Goldsmith ou d'un « Alien 3 » de Goldenthal (auquel on la compare régulièrement, parfois à tort !), elle n'en demeure pas moins très réussie et passionnante à écouter d'un bout à l'autre, chose rare de nos jours pour une musique de film d'un gros blockbuster hollywoodien aussi attendu. Alors que beaucoup craignaient que Marc Streitenfeld ne ruine la saga « Alien » avec sa musique de « Prometheus », le résultat est à contrario incroyablement réussi et redoutablement immersif : les thèmes, simples en apparence, vous resteront très vite dans la tête, avec pour commencer le très beau thème d'Harry Gregson-Williams. Quand à ceux qui aiment les musiques plus expérimentales et singulières, ils apprécieront à coup sûr les passages de terreur ou les morceaux évoquant l'univers des ingénieurs. Enfin, l'émotion n'est pas en reste et des passages dramatiques comme « Invitation », l'excellent « Collision » ou le tragique « Infected » titilleront à coup sûr la fibre humaine des auditeurs, que ce soit sur l'album ou dans le film. La musique apporte d'ailleurs une vraie force aux images et confirme, après la réussite de « Robin Hood », la bonne tenue de la collaboration Scott/Streitenfeld, une collaboration encore balbutiante mais promise à un certain avenir, surtout si le compositeur allemand se montre tout aussi inspiré sur ses prochains projets ! Au final, si le film « Prometheus » a déçu bon nombre de spectateurs, la musique de Marc Streitenfeld, elle, a réconforté paradoxalement une bonne partie du public - béophile ou autre - et s'impose comme l'un des meilleurs travaux du musicien pour le cinéma, en passe de devenir une nouvelle référence dans la jeune carrière de Streitenfeld !

Quentin Billard

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Critique de la BO de PROMETHEUS

N'égalant jamais Goldsmith ou Goldenthal, la BO s'avère l'atout du film et installe Streitenfeld/Scott parmi les plus intéressantes collaborations du moment.

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