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The Social Network  (2010)

Null (15 octobre 2010) - 1:10:00 | Original Score [musique originale]



Le leader du groupe Nine Inch Nails écrit la musique du film de David Fincher, en binôme avec Atticus Ross, collaborateur régulier de Nine Inch Nails et compositeur de "The Book of Eli" des frères Hugues en 2010. Reznor avait auparavant pu collaborer aux trames sonores de "Natural Born Killers" d'Oliver Stone et de "Lost Highway" de David Lynch.

[© Texte : Cinezik] •

The Social Network

Tracklist (de la BO en CD ou Digital)

1. Hand Covers Bruise
2. In Motion
3. A Familiar Taste
4. It Catches Up With You
5. Intriguing Possibilities
6. Painted Sun In Abstract
7. 3:14 Every Night
8. Pieces Form the Whole
9. Carbon Prevails
10. Eventually We Find Our Way
11. Penetration
12. In The Hall of the Mountain King
13. On We March
14. Magnetic
15. Almost Home
16. Hand Covers Bruise, Reprise
17. Complication with Optimistic Outcome
18. The Gentle Hum of Anxiety
19. Soft Trees Break the Fall

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Déjà, en 1995, le morceau "Closer" de Nine Inch Nails, remixé par Coil, ouvrait SE7EN de Fincher. Par la suite, le réalisateur a collaboré plusieurs fois avec Reznor sur des clips de NIN, souvent audacieux et radicaux. Il n'est donc pas étonnant de les retrouver ensemble sur ce long-métrage, même s'il s'agit d'une première collaboration à une musique d'un film de cinéma pour Trent Reznor (et la seconde pour Atticus Ross). Bien sûr, le choix d'une musique électronique est aussi une évidence stylistique compte tenu du sujet : l'ascension d'un génie de l'informatique.

Le site officiel du film, où l'on pouvait entendre le premier titre du disque, "Hand Covers Bruise", laissait présager un score anxiogène, bruitiste et radical, en adéquation avec les images froides vues dans la bande-annonce. Le score de Reznor & Ross est effectivement cela, mais aussi beaucoup plus. C'est un score très électronique qui brouille parfois les frontières entre musique diégétique et extra-diégétique (le très techno "In Motion" pour les séquences dans des boites de nuit), alternant ainsi entre musique entendue dans l'action, très mise en avant, et musique d'atmosphère. On retrouve particulièrement le piano, instrument cher à Reznor dans ses compositions pour NIN, et caractéristique du style électronica qui domine dans ce score. Mais ces musiciens sont aussi des compositeurs pour l'image, qui s'adaptent ici à la dramaturgie et vont dans le sens du brillant scénario d'Aaron Sorkin. En ce sens, "Intriguing Possibilities" est un sacré morceau d'électro minimale à la progression passionnante, évoquant l'excitation et le génie du jeune Mark Zuckerberg la nuit de son invention de "Facemash". Un magnifique exemple d'inspiration musicale pour décrire un moment d'invention pure ! La suite confirme la grande forme du duo de compositeur, avec des morceaux électroniques suivant au poil la structure dramatique de l'histoire, alternant moments d'euphorie et séquences d'angoisse. Au final, on est bien loin d'un score étouffant et bruitiste même si THE SOCIAL NETWORK, c'est aussi cela (entendre "3:14 Every Night"). Il y a même un thème récurrent au piano, très dépouillé et assez mélancolique, mais bien présent, dévoilé dès le premier morceau du disque et dans les premières minutes du film. Un thème qui refera surface plusieurs fois tout au long du film.

Reznor semble avoir apporté le même soin à cette musique qu'à celles qu'il compose pour NIN, édifiant des introductions accrocheuses permettant de lancer des séquences, d'aérer les scènes, d'accélérer le temps, bref de jouer sur le tempo du film. David Fincher, en bon clippeur, trouve ici un terrain de jeu passionnant, lui permettant de retrouver par moments l'efficacité pop de FIGHT CLUB, et ainsi de colorer un film par ailleurs particulièrement glacial et avare en émotion. Mais quelque part, la musique de Reznor est aussi un moyen pour Fincher de se sentir en terrain connu, et pour les spectateurs familiers du duo Fincher/Reznor de retrouver une alchimie mainte fois effleurée mais jamais vraiment consommée. Concrètement, cette fusion entre musique et image, qui est ici évidente, contribue à faire de THE SOCIAL NETWORK une oeuvre véritablement personnelle pour Fincher et Reznor, c'est même ici l'un de ses points forts, plus que la mise en image somme toute académique. Au final, trois éléments font de THE SOCIAL NETWORK une oeuvre vraiment singulière et contemporaine : les acteurs, les dialogues et la musique.

Car contre toute attente, la mise en scène de Fincher est ici plutôt classique, en dehors des trois singularités citées précédemment. Bien sûr, il revendique un cinéma pop mais la référence la plus évidente est ici un classique des années 70, ORANGE MECANIQUE de Kubrick. Pour preuve la séquence, étonnante et au parti-pris éblouissant, de la course d'aviron, sur lequel on entend un remix électro détonnant du célèbre "In the Hall of the Mountain King" du ballet "Peer Gynt" de Grieg. On pense ici, c'est une évidence, aux réinterprétations synthétiques de Beethoven par Wendy Carlos dans le film culte de Kubrick. C'est aussi, accessoirement, une séquence très efficace montrant la détermination des personnages, l'urgence, mais aussi la menace et la folie (dans Peer Gynt, le personnage - un individu fanfaron et mythomane - est chassé par des trolls)...

Alternant avec grand professionnalisme séquences euphorisantes et séquences anxiogènes, le score de THE SOCIAL NETWORK est un passionnant maëlstrom électronique qui nous emporte au coeur de l'histoire écrite par Sorkin et mise en image par Fincher. Le disque rebutera sans doute les non-initiés à la musique de Nine Inch Nails ou à l'électronique en général, mais il se savoure et se redécouvre au fil des écoutes, révélant des pics d'émotion insoupçonnés et surtout une forme de dramaturgie musicale épique en adéquation avec la progression fulgurante et étourdissante du personnage. Les 3-4 derniers morceaux du score sont en ce sens franchement réussis, laissant un goût d'amertume, d'inconfort et de doute jusqu'à présent juste esquissés. Belle progression dramatique. On en sort assez bouleversés.

Sylvain Rivaud

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