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Sucker Punch  (2011)

Sony Classical (7 mars 2011) - 0:49:02 | Album



Tyler Bates retrouve Zack Snyder après "Watchmen", "300" et "Dawn of the Dead", en compagnie de Marius De Vries (co-compositeur de "Kick-Ass"). Le duo revisite neuf classiques de la pop et du rock pour construire la bande originale de SUCKER PUNCH.

[© Texte : Cinezik] • 0884977927375

Sucker Punch

Tracklist (de la BO en CD ou Digital)

 

  1. Sweet Dreams - Emily Browning (Eurythmics Cover)
  2. Army Of Me - Bjork (Sucker Punch Remix)
  3. White Rabbi - Emiliana Torrini (Jefferson Airplane Cover)
  4. I Want It All/We Will Rock You - Armageddon (Queen Cover)
  5. Search & Destroy - Skin (Skunk Anansie) (The Stooges Cover)
  6. Tomorrow Never Knows - Alison Mossheart (The Beatles Cover)
  7. Where Is My Mind - Yoav Featuring Emily Browning (The Pixies Cover)
  8. Asleep - Emily Browning (The Smiths Cover)
  9. Love Is The Drug - Oscar Isaac And Carla Gugino (Roxy Music Cover)

 

Nos articles sur cette BO

Autant le dire tout de suite : la musique est ce qui est le plus réussi dans SUCKER PUNCH. Non seulement la musique porte littéralement les principales séquences du film, mais elle génère aussi du sens ; c'est même probablement le clé du film.

Aucune subtilité dans la composition : il s'agit de reprises et de remixes de chansons bien connues, pour la plupart gonflées à l'électro-rock. Une seule se démarque du lot : la romantique "Asleep" des Smiths, interprétée ici dans une version plutôt langoureuse par Emily Browning, interprète du personnage principal du film, Babydoll. A l'exception de Björk qu'on entend dans un remix musclé de "Army of Me", toutes les chansons sont des reprises interprétées par les comédiens ou par d'autres artistes (Emily Browning donc mais aussi notamment Skunk Anansie). Chaque morceau dure 5 à 6 minutes, permettant à Tyler Bates de prolonger à l'occasion la chanson d'un mouvement électro-orchestral base sur la mélodie originale. C'est ainsi que le vieux principe du remix ou du bootleg (Björk versus Tyler Bates par exemple) donne ici naissance à un vrai morceau de bande originale, fusionnant chanson rock et score instrumental.

Le film étant découpé en plusieurs grandes séquences musicales revisitant un classique pop-rock, on pense évidemment à MOULIN ROUGE et CHICAGO, comédies musicales revisitant déjà des classiques sous forme de reprises à l'écran par les comédiens. Rien d'étonnant alors de voir Marius De Vries associé à SUCKER PUNCH, celui-ci étant le superviseur musical et producteur des chansons de MOULIN ROUGE.

Le disque s'ouvre sur la reprise par Emily Browning de "Sweet Dreams" d'Eurythmics, pour la séquence d'ouverture du film, totalement muette, qui rappelle l'éblouissante séquence d'introduction de WATCHMEN que Zack Snyder avait choisi d'illustrer musicalement par "Gone with the wind" de Bob Dylan. S'en suit le fameux remixe de "Army fo Me", pour la première séquence de rêve du film, où l'on découvre donc un prolongement sous forme de score.

La reprise sans doute la plus réussie est celle du fameux "White Rabbit" de Jefferson Airplane par Emiliana Torrini. Chanson culte symbole du mouvement hippie de la fin des années 60 et des effets psychotropes du LCD alors à son apogée, faisant référence au "Alice in Wonderland" de Lewis Caroll, cette chanson est l'évocation sublime du délire psychédélique.

Le rappeur Armageddon (aka Geddy) reprend quant à lui deux tubes de Queen dans un seul morceau : "I want it all" et "We will rock you" (dans lequel on entend la voix de Freddy Mercury), séquence illustrant l'arrivée du maire, personnage repoussant costumé d'un manteau de fourrure comme le chef de la pègre, avec cigare aux lèvres. L'effet de sens est ici évidemment peu subtil, quoiqu'efficace sur les images.

La reprise de "Search & Destroy" de Iggy Pop & The Stooges par Skunk Anansie détonne par son punch et illustre parfaitement les scènes de combats spectaculaires du film, et surtout la fureur des personnages. C'est formidablement rock et colle parfaitement à l'esprit steampunk de la plupart des séquences de rêve.

Egalement réussie, la reprise de 'Tomorrow Never Knows" des Beatles, entendu pour la première fois en 1966 sur l'album Revolver et préfigurant le mouvement psychédélique. Carla Azar l'interprète sans occulter les sonorités indiennes (cithare) présentes sur la version originale et qui évoque le rêve et la méditation. Tyler Bates s'y adapte et prolonge orchestre et orgue à la chanson dans cette continuité.

Toujours dans le but de proposer des chansons en adéquation avec le rapport au rêve et aux délires psychotiques, on entend ainsi le tube des Pixies, "Where is my mind", dans une version de Yoav chantée par Emily Browning (décidément très impliquée dans cette bande originale). Ce n'est malheureusement pas la reprise la plus intéressante, peut-être parce que la voix masculine de Yoav fonctionne mal avec la fureur féministe des héroïnes du film. C'est aussi le premier morceau"mainstream" dans sa structure et le chant, proche de la pop FM jusqu'ici assez habilement contournée (on pense à Muse)... sentiment suivi par "Asleep" des Smiths, toujours repris par Emily Browning dans une version très dégoulinante qui évoque Disney... Décidement, la fin de la BO devient bien sage après la fureur des débuts.

Pour finir en beauté, une reprise par Carla Gugino & Oscar Isaac du tube de Roxy Music, "Love is the Drug", où l'on retrouve les modulations de la voix de Bryan Ferry et les trompettes caractéristiques du groupe. Une version assez proche de l'original finalement qui clôt le film sur un ton plus glam rock.

Un disque assez inégal logiquement (à l'instar du film), mais qui comporte de très beaux moments musicaux qui évitent l'ennui et portent véritablement les images. Zack Snyder prouve une foix de plus qu'il a un sens très musical de la mise en scène, héritée de sa grande expérience de clippeur. En ce sens, SUCKER PUNCH est vraiment un grand film musical même s'il n'y a pas vraiment d'audace dans le choix des reprises (hormis le fait qu'il s'agit de groupe cultes mais pas si grand public pour la plupart). A l'évidence, le choix des chansons est aussi thématique, évoquant le rêve, le délire... et permet ainsi au film de se construire une cohérence par ailleurs absente du scénario. C'est en résumé la principale qualité de SUCKER PUNCH, en dehors de son efficacité visuelle et son rapport images/musique brut et viscéral, qui rappelle tout de même que Snyder est un réalisateur qui aime la musique et son impact sur le spectateur, à l'instar d'un Leone, d'un Kubrick ou d'un Shyamalan, celui-ci n'hésitant pas à proposer dans ses films des séquences de cinq à six minutes uniquement musicales. Une audace qui fait plaisir à voir, même s'il est dommage de constater que tout cela est au service d'un propos assez vain et éculé.

Sylvain Rivaud

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