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Sweet Movie  (1974)

Lyra (1 avril 1999) - 0:38:33 | Réédition



Cette BO a un aspect chaotique mais est pourtant très construite. Les interprètes semblent jouer chacun de leurs côtés s’en se soucier d’une quelconque coordination. Le rire et le chant des enfants sont accompagnés par un violon complètement débraillé, un piano un trombone et quelques instruments épars ; cloches, tambourin, cordes et percussions...

[© Texte : Cinezik] •

Sweet Movie

Tracklist (de la BO en CD ou Digital)

Musique et Chansons : Manos Hadjidakis

1.Ta paidia kato ston kampo (2:42)
2.Oi paragkes kai oi anthropoi (1:30)
3.Serenata gia thn sexoualikh apousia (3:16)
4.Is the life on the earth 2:35)
5.H sexoualikh polyrrythmia (2:07)
6.Oi paragkes kai h kefalh toy karl marx (2:56)
7.Nyxterino (3:24)
8.Is the life on the earth (1:04)
9.Ta paidia kato ston kampo (3:37)
10.strip tease gia tria paidia (4:47)
11.nyxterino gia dyo fones (2:22)
12.o xoros ths sokolatas (2:39)
13.ta paidia kato ston kampo (2:31)
14.h sexoualikh polyrrythmia kai ta tria paidia (3:01)

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Dušan Makavejev est une curiosité… Figure marquante de la Nouvelle Vague yougoslave, ses films sont souvent très politiques et contestataires mais le cinéaste n’est pas un militant pour autant. Responsable en 1967 de La Trilogie d’une Employée des PTT où il ose montrer les poils pubiens d’une femme (Eva Ras), Il s’attire déjà les foudres de la censure. Il a du aussi pratiquer des coupes sur W.R : Les Mystères de l’Organisme en 1971. C’est après avoir vu ce dernier film que le compositeur de Jamais le Dimanche et de Topkapi ; le Grec Manos Hadjidakis, emballé par l’univers déjanté du cinéaste collabore avec lui sur Sweet Movie. Un film profondément anarchique, dans l’esprit de la psychanalyse révolutionnaire de Wilhelm Reich qui mélange sexe, idéaux, nourriture et excréments en une parabole décadente de la société. Allègre provocateur, Makavejev s’attaque aux deux puissances de l'époque, le Capitalisme Américain et le Communisme Soviétique en suivant deux destins parallèles, celle de Miss Monde 84, objet sexuel apathique destiné à être consommé puis engloutie dans un déluge de chocolat et Anna Planeta, une marxiste libérée qui se révèle être une meurtrière sournoise et sanglante... A propos de son film, le cinéaste dit simplement : "Allez voir Sweet Movie avec vôtre petite amie. Comme dans les plus doux moments d’un concert de Rachmaninov ou de Gershwin, on devrait pouvoir se frotter l’un à l’autre, tendrement et en secret, traversait par un frisson mutuel de plaisir…" Il faut néanmoins ajouter que la vision de certaines scènes suffirait facilement à semer la panique pour des yeux non avertis. Le film est assez proche parfois de l’exubérance scandaleuse de La Grande Bouffe de Marco Ferreri (1969), La Montagne Sacrée d’Alejandro Jodorowsky (1973), ou de Salo de Pier Paolo Pasolini (1975)…l’humour en plus. Le titre Sweet Movie peut même prêter à confusion car il n’est en rien tendre mais plutôt acide et empoisonnée ; une gigantesque poubelle dont on aurait extirpé les choses les plus infâmes…

Le film est une coproduction franco-canado-allemande, mis en scène par un Yougoslave et composé par un Grec. De ce fait la musique, véritable auberge espagnole part elle aussi un peu dans tous les sens abordant différents styles. Il y a les délicieuses compositions d’Hadjidakis inspirées par le folklore Grec mais aussi des chants révolutionnaires italiens, des mariachis mexicains, un nocturne (dédié à la noblesse du sexe), de la musique cajun, des flûtes roumaines, des litanies religieuses, de l’accordéon, l’hymne à la joie de Beethoven… Un délire à profusion… D’emblée, le générique donne le ton. Sur une photographie de Karl Marx, Hadjidakis mélange le bouzoukis avec une rythmique pop jouée au mini moog, Ta Paidia Kato Ston Kabo (Les Garnements dans le Pré) le thème principal du film. Dans la séquence sur l’élection de Miss Monde 1984, le cinéaste semble se moquer des shows télés. Les candidates à l’émission sont les vierges les plus belles authentifiées par un gynécologue fanatique (le docteur doigts de fées) qui arrive en pédalant sur une roue de vélo, comme un clown dans un cirque! Par la suite, le réalisateur frappe fort, lorsqu’il nous montre un documentaire d’archive n&b sur un charnier d’où on extraie des corps calcinés pour les mesurer. En off, on entend la voix de la marraine du concours qui parle de la sélection de ses candidates : "Nos prospecteurs ont eues quelques problèmes dans certaines parties du monde. Il n’est pas facile dans notre pays de trouver une vierge qui soit jeune et jolie. Nos p’tits gars ont fait du bon travail."

Lors de l’auscultation des vierges, le côté burlesque est accentué par le son des Tam tams africains. On se croirait dans une cérémonie païenne à la gloire de l’hymne. Examinant celui de Miss Canada, interprétée par Carole Laure, le Docteur doigts de fées tout ému par la découverte s’exclame alors : Splendide ! Au cours de mes années de pratique je n’ai jamais rien rencontré d’aussi ravissant. Un bouton de rose ! En remportant le concours, elle gagne le privilège de se marier avec Mr Kapital, un industriel grotesque, plein aux as. Ravi par l’acquisition, il déclare à la presse : "Je me suis trouvée la meilleure petite pouliche du monde, sans substance chimique aucune mais par-dessus tout un système sanitaire purificateur et agréable pour éliminer le trop plein incontrôlé ! " Durant la nuit de noce il la couche sur son lit et lui nettoie le corps avec du désinfectant. Le morceau Sérénade qui illustre ce passage est joué sur un tempo lent par une guitare, une contrebasse, un cor pachydermique et un Bouzoukis avec une sonorité proche de la mandoline, très mélancolique. Caractéristiques que l’on retrouve également dans le portrait du couple. Le milliardaire balourd et ridicule en tenue de caleçon à pois rouge et Carole Laure complètement abattu qui semble s’ennuyer ferme.

Après moult péripéties, notamment avec "El Macho", un joueur de mariachis en rut et une soirée performance menée par une troupe de joyeux illuminés, Carole Laure en véritable Alice au pays des Cinglés achève sa carrière de Miss Monde sur le tournage d’une publicité, où entièrement dévêtue elle est enduite de chocolat sous les yeux avides du metteur en scène qui lui demande de s’immerger toujours plus dans la substance, jusqu’à s’y engloutir ! La superbe musique qui illustre ce passage est le morceau Pe Marginea Dunarii tiré du disque Les Flûtes Roumaines jouée à la flûte de pan par Georghe Zamfir avec un accompagnement vibrant au violon et au Cymbalum. Sur la bande originale on trouve un titre d’Hadjidakis illustrant cette même séquence : La Danse du Chocolat, une musique composée dans le même esprit, avec des cordes très plaintives mais qui ne fût pas utilisée. Pour l’anecdote, l’actrice Carole Laure porta plainte pour la façon dont son corps couvert de chocolat avait été traité pendant le tournage et surtout pendant le montage. Dusan doubla certaines scènes avec une autre actrice. A propos du réalisateur, celle-ci déclare : "Makavejev était complètement dingue. Il voulait me faire faire des choses insensées comme filmer mon sexe en gros plan ou bien me faire tourner des scènes scatologiques. C’est la seule fois de ma carrière où je me suis dit qu’il fallait que je change de métier. Pourtant, Makavejev avait la réputation d’être intelligent et le scénario me plaisait. Le problème, c’est que ça n’avait aucun rapport avec ce que l’on était en train de tourner."

En parallèle, on suit la vie beaucoup plus libérée d’Anna Planeta jouée par la comédienne et chanteuse polonaise Anna Prucnal, qui fut à cause de sa participation au film interdite de séjour pendant quinze ans dans son pays. Sa principale occupation est d’attirer de jeunes Jouvenceaux avant de les poignarder à mort dans un lit de sucre en poudre. Elle navigue sur une péniche avec Karl Marx en figure de proue alors que s’élève un chant révolutionnaire allusif : "Soulevant les foules misérables, Nous sommes au ban de toutes les nations, Notre patrie est le monde entier, Notre loi est la liberté, La rébellion bat dans nos cœurs. " Arrive ensuite une folksong hippie assez désuète « Is there life on the earth ? » chantée par Ann Lonnberg qu’elle a coécrite avec Dušan Makavejev : "C’est une joie d’être fou, Bon d’être triste, C’est bon d’être paresseux, Formidable de ne pas être sage, C’est bon d’avoir de la chance, Bon de commettre le péché mortel, De mourir pour une cause, D’être vivant et de gagner. Y a t il une vie sur terre ? Y a-t-il une vie après la naissance ? " Les enfants qu’elle attire dans sa péniche sont évoqués par le thème musical Polyrythmies Sexuelles et les Trois Garçons, une musique fringante et animée jouée à l’orgue moog, piano, contrebasse, flûte et bouzoukis. Dans la fameuse séquence du strip-tease, où elle se dandine devant eux à demi nu en robe de mariée, le cinéaste met en fond sonore une messe religieuse chantée à capella…On aperçoit aussi la figurine d’un christ en croix accroché au mur. La sacro-sainte église en prend également pour son grade !

Là aussi, Hadjidakis a composé une musique, Strip-tease pour Trois Garçons qui ne figure pas dans le film. Un morceau d’aspect chaotique mais très construit où les interprètes semblent jouer chacun de leurs côtés s’en se soucier d’une quelconque coordination. Le rire et le chant des enfants sont accompagnés par un violon complètement débraillé, un piano un trombone et quelques instruments épars ; cloches, tambourin, cordes et percussions. Dušan a dû finalement se rendre compte que la séquence serait encore plus provocante avec des chants d’église. Il semble d’ailleurs s’être beaucoup amuser à brocarder l’aspect grotesque de la religion. Dans la scène avec le milliardaire, celui-ci se confie au curé sur les contrariétés du célibat. "Tu baises une pute, ça te soulage une demi seconde puis tu t’aperçois qu’il faut bondir sur le téléphone et appeler le docteur. Quand tu te branles, ça te donne mal au crâne." C’est vrai mon fils acquiesce t-il. Semblant lui aussi éprouver le même problème… Cerise sur le gâteau, le cinéaste insère dans son film plusieurs documents d’archives dévastateurs. On y voit notamment un extrait de la méthode d’hygiène corporelle du Major Neumann-Neurode où un bébé apprend à faire de la gymnastique au son de l’hymne à la joie. Ce procédé, destiné à forger une nouvelle race d’individus supérieurs fut très populaire à l’époque du Troisième Reich…. Dans un autre passage on aperçoit des troupes Allemandes dans la forêt de Katyn, près de Smolensk découvrant les corps des officiers polonais prisonniers des bolcheviks et assassinés par eux en avril/mai 1940. Un massacre longtemps présenté par la propagande communiste comme un forfait "perpétré par les nazis". Les cadavres sont exhumés, examinés par une commission internationale d’experts en médecine légale ainsi que par des délégués de la Croix-Rouge polonaise puis bénis par des prêtres. Jusqu’en 1990, les Soviétiques ont nié leur responsabilité dans ce crime de guerre. Aujourd’hui encore, Moscou refuse de transmettre à la Pologne des documents sur ce massacre. Dušan illustre la séquence par la chanson, Les Garnements dans le Pré (sur des paroles d’Hadjidakis) chantée en Grec par Maria Katira ; elle parle d’enfants qui se distraient à organiser de vilaines plaisanteries dans leur entourage. "Ils poursuivent l’idiot du village, l’étrangle avec leurs mains et le brûle vivant sur la plage. […].Ils coupent des tiges de romarins, pour décorer l’eau du puit et y faire tomber les jeunes filles. […]Ils s’amusent avec le curé, l’habille avec toutes ses robes et le traîne sur la place du marché…" (Le Refrain) "Viens fille de la lune, fille des étoiles, Déposer sur nos enfants les caresses du paradis. "

Dans la dernière séquence du film, le thème est repris très joliment par un chœur d’enfant et se termine amèrement sur : "Tout va s’arranger puisque les enfants finiront tristement par grandir". On voit les jeunes garçons tués par Anna, enveloppés dans des sacs plastiques et disposés en parallèle, dans l’herbe comme sur les images du documentaire. A cet instant, les enfants semblent ressusciter et sortent brusquement du sac. L’image se fige sur cette scène très singulière, comme si tout cela n’avait été au fond qu’un vaste canular…

Julien Mazaudier

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