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Total Recall Mémoires Programmées  (2012)

Total Recall

Madison Gate Records (31 juillet 2012) | Original Score [musique originale]


Le compositeur Harry Gregson-Williams travaille pour la première fois avec Len Wiseman sur ce remake du TOTAL RECALL de Paul Verhoeven dont la musique avait été écrite par Jerry Goldsmith.

[© Texte : Cinezik]
Total Recall Mémoires Programmées

Tracklist

1. The Dream
2. The Fall
3. Colony
4. The Tripping Den
5. Rekall
6. Rooftop Chase
7. Hand Call
8. The Vault
9. Customs
10. Car Chase Pt. 1
11. Car Chase Pt. 2
12. The Key
13. The Scar On Your Hand
14. Elevator Chase
15. Train To Matthias
16. Saving Melina
17. Gravity Reversing
18. Up Top Fight
19. The Fall Collapses
20. It's Hard To Believe, Isn't It?

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Après une partition monumentale et inégalable signée Jerry Goldsmith pour le film de 1990, c'est au tour d'Harry Gregson-Williams de se voir confier les rênes de la partition de « Total Recall ». Ici comme pour le film lui-même, inutile de partir avec des a priori : la nouvelle partition d'HGW n'a absolument rien à voir avec le travail de Goldsmith et se propose de partir sur des bases totalement neuves. Comme d'habitude avec le compositeur, le choix musical d'HGW sur « Total Recall » est aussi prévisible qu'ordinaire de sa part : le score est un mélange de rythmes/sonorités électro-techno et d'orchestre, un mélange hybride entendu des milliers de fois chez Gregson-Williams mais qui apporte au film de Len Wiseman le rythme et la tension nécessaire aux images, tout en accentuant la sensation d'immersion dans un univers futuriste, sombre et froid. Ainsi donc, « The Dream » pose les bases de la partition avec une série de nappes synthétiques un brin abstraites et quasi expérimentales, sur fond de loops électro 'action' et d'orchestrations limitées au duo habituel cordes/cuivres. La dernière partie de « The Dream » évoque la fusillade que vit Doug Quaid dans son rêve au début du film, tandis que les cuivres développent ici un motif harmonique de deux accords amples et mystérieux suggérant l'identité secrète de Quaid, motif que l'on retrouvera d'ailleurs tout au long du score. Ces sonorités/loops électro-techno sont archi présents tout au long du score, comme le confirme « The Fall », qui illustre de façon intense et rythmé l'énorme mécanisme démesurée de la chute, l'ascenseur automatisé qui relie la colonie au reste du monde. Ici aussi, le mélange de loops électro 'action' et d'orchestre opère à la perfection sur les images mais déçoit quand aux réelles capacités d'HGW, visiblement en pilotage automatique sur « Total Recall », obligé de régurgiter encore une fois toutes ses formules musicales habituelles de ses travaux sur les films de Tony Scott (on pense par exemple à « Man on Fire », « Unstoppable » ou bien encore « The Taking of Pelham 1-2-3 »).

Si Harry Gregson-Williams s'évertue à souligner tout au long du film le climat de traque, d'action et de tension du long-métrage de Len Wiseman, il évoque aussi Douglas Quaid et son quotidien à la colonie (« Colony ») sur fond de rythmes électroniques et de quelques cordes. Mais les choses s'intensifient plus radicalement dans « The Tripping Den », où HGW verse complètement dans l'électro-techno pure, expérimentant sur les effets sonores et le sound design à base de filtres, nappes, effets stéréo, voix féminines déformées et quelques sonorités ethniques discrètes. Ce mélange de rythmes techno et d'orchestre agité se retrouve dans l'intense « Rekall », illustrant la double identité de Quaid, devenu agent secret suite à son passage chez Rekall. Premier morceau d'action majeur du score de « Total Recall », « Rekall » ouvre le bal des festivités sans faire dans la dentelle : les rythmes techno/house music, omniprésents, prennent bien souvent le pas sur les orchestrations, rachitiques au demeurant, et limitées au traditionnel mélange cordes/cuivres. On retrouve ici le motif principal des cuivres, maigre thématique du score d'HGW suggérant la quête d'identité du héros. Et si vous aimez les expérimentations électroniques du compositeur sur « Rekall », vous apprécierez certainement la course poursuite musclée de « Rooftop Chase » lors de la traque sur les toits entre Quaid et sa femme Lori. Dès lors, la chasse est ouverte, et Harry Gregson-Williams va uniquement se contenter de suivre une ligne directrice déjà toute tracée : souligner l'action et la tension à base de rythmes synthétiques modernes survoltés et d'orchestrations maigrichonnes (on a dû mal à croire qu'Harry Gregson-Williams a une formation classique à la base !). « The Vault » nous permet de respirer un peu, avec un thème de piano-cordes plus intime et typique du compositeur et une atmosphère globalement plus mystérieuse et introvertie, reflétant l'idée de la quête d'identité. De l'action, le compositeur nous offre à loisir avec la course poursuite véhiculée du frénétique et énergique « Car Chase », diptyque musclé qui ravira tous les amateurs des scores d'action synthético-orchestraux made in Remote Control, tout comme l'intense « Elevator Chase » et ses rebondissements rythmiques excitants, sans oublier « Gravity Reversing » et « Up Top Fight » pour la bataille finale du film. « The Fall Collapses » permet à l'intrigue d'aboutir à sa résolution, avec le retour des passages plus intimes pour cordes/piano, sans oublier la conclusion plus optimiste et grandiose de « It's Hard to Believe, Isn'it ? », dont les ostinati de cordes sont clairement inspirés de Steve Jablonsky et de ses « Transformers ».

Pas grand chose de neuf à se mettre sous la dent donc dans ce « Total Recall » version 2012 : Harry Gregson-Williams fait ce qu'il sait faire de mieux, mais son manque d'idée et d'inspiration fait vraiment peine à entendre ! Difficile de retrouver ici le talent du compositeur de « Chicken Run », « Sinbad » ou bien encore « Spy Game » ! HGW semble être devenu très paresseux ces dernières années et aligne aujourd'hui les scores d'action fonctionnels et sans aucun relief, le problème étant qu'en plus de manquer d'une identité musicale forte et radicale (et ce à l'inverse du précédent travail de Jerry Goldsmith sur le film de 1990 !), le score de « Total Recall » est constamment noyé sous des tonnes d'effets sonores électroniques en adéquation avec l'univers futuriste du film mais trop appuyés et beaucoup trop envahissants. Reste que ce « Total Recall » 2012 satisfera à n'en point douter les inconditionnels des rythmes technoïdes d'Harry Gregson-Williams et tous ceux qui apprécient ses musiques d'action synthético-orchestrales produites par le studio d'Hans Zimmer. Pour les autres, la déception risque de pointer rapidement le bout de son nez, avec ce travail sans inspiration qui reflète le manque cruel d'idée de certains compositeurs hollywoodiens d'aujourd'hui, et la lassitude associée à une bonne partie des productions Remote Control de maintenant, interchangeables et produites à la chaîne ! A quand un vrai changement de cap de la part de ces musiciens ?

Quentin Billard

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