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Trois enterrements  (2005)

The Three Burials of Melquiades Estrada

Recall / EuropaCorp (14 novembre 2005) - 0:52:50 | Original Score [musique originale]



Marco Beltrami compose la musique de ce premier film de cinéma réalisé par Tommy Lee Jones.

[© Texte : Cinezik] •

Trois enterrements

Tracklist (de la BO en CD ou Digital)

1. Three burials of Melquiades (2:03)
2. Cinco años (1:18)
3. Fair to Midland (3:25)
4. Leaving Town (2:20)
5. Mike runs off (3:59)
6. I wonder who'll turn out the light (2:58)
7. Gift horse (1:59)
8. Can't keep it up (2:49)
9. The cheatin' hotel (5:11)
10. Entering town (1:16)
11. Fleeing illegals (1:18)
12. This could be the one (2:48)
13. Horse of death (1:35)
14. Pete confronts sheriff (1:17)
15. Stalking Mike (1:31)
16. Workin' man blues (2:42)
17. Shoot me (1:33)
18. House building (1:12)
19. Before the next teardrop falls (2:32)
20. No Jimenez (2:21)
21. Forgiveness (2:04)
22. Goodbye (2:45)
23. You can't rollerskate in a buffalo hero (1:54)

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Ces passages de cordes s'apparentent à des moments d'attente tellement le rythme est lent. Un peu comme Cliff Martinez sur Traffic, le compositeur essaie de retranscrire le côté solaire du film dans une absence sêche d'enjeux dramatiques. Cette musique se veut donc principalement atmosphèrique par ces notes de guitares ou ces percussions suspendues à la manière de Thomas Newman. Le tout est ponctué par des airs chantés de Country. Le compositeur américain rend même un hommage à Morricone sur Feeling illegals avec un côté burlesque.

Le minimalisme est de rigueur et c'est cela qui surprend le plus sur ce disque, il s'agit d'un Beltrami expérimental, avant-gardiste, qui explore des voies de la musique de film encore peu explorée aussi radicalement. Loin des thèmes éculés, loins des clichés dramatiques, Beltrami convoque le genre du western à travers toute son histoire tout en apportant sa pière singulière à l'édifice. Pour achever avec brio cette composition, une pointe d'émotion émerge avec l'avènement des cordes à cette douce errance des instruments ("Forgiveness"). On entend chanter à la dernière piste un ersatz de Johnny Cash.

Benoit Basirico

L'une des grandes surprises du film de Tommy Lee Jones reste sans aucun doute la participation inattendue de Marco Beltrami à la musique du film. Il faut dire que le nom du compositeur était déjà écrit en gros sur les affiches du film, preuve que le réalisateur et les producteurs ont accordés une place de choix à la musique de Beltrami, qui sort ici de son registre hollywoodien habituel pour nous offrir une partition plus minimaliste et expérimentale. Son score est écrit pour un ensemble de guitares, percussions diverses, accordéon, flûte de pan, cordes et synthétiseurs. Les instruments et les sonorités évoquent bien évidemment la beauté des paysages du Texas et du Mexique, auxquels on associe bien souvent des sonorités très caractéristiques, que le compositeur s'amuse ici à détourner sans jamais tomber dans les clichés habituels de la musique de western (il faut savoir que Marco Beltrami fut l'assistant d'Ennio Morricone pendant trois ans environ !).

Deux thèmes parcourent l'ensemble de la partition. Le premier est introduit dès le générique de début, bien mis en valeur par le réalisateur qui semble avoir donné une place de choix à la musique dans le film, même si cette dernière est toujours utilisée avec parcimonie. Dans 'The Three Burials of Melquiades', le thème est introduit par les guitares sur fond de petites percussions qui rythment l'ensemble avec des synthétiseurs atmosphériques typiques du compositeur, et même quelques cordes dissonantes annonçant la touche sombre du film. Basé sur une cellule de deux notes déclinées aux guitares, ce thème illustre à la fois par son mélange instruments acoustiques/électroniques le côté à la fois traditionnel et moderne du Texas d'aujourd'hui, tandis que la tonalité sombre du thème est associée au voyage initiatique et difficile qu'entreprendront ensemble Pete et Mike. La musique surprend ainsi d'emblée par son minimalisme apparent et son travail de sonorités - le compositeur est même allé jusqu'à enregistrer le son des épines d'un cactus pour en créer différentes sonorités en le manipulant ensuite sur ordinateur puis en créant des loops de ces différentes sonorités, une idée qui lui a été suggérée par le fait que certains musiciens mexicains utilisent des épines de cactus pour créer des rythmes et des motifs musicaux (preuve que le compositeur aime définitivement expérimenter et explorer différents territoires musicaux). 'Cinco Años' dévoile le second thème majeur de la partition, introduit par quelques cordes avec un accordéon, sur fond de pizzicati légers, un thème touchant joué tout en retenue et associé dans le film à l'amitié entre Pete et Melquiades, amitié qui poussera Pete à honorer les souhaits de son ami qui souhaitait être enterré dans son pays natal s'il venait à mourir au Texas. Ce thème de l'amitié possède un côté intimiste et émouvant très européen d'esprit (on est guère loin par moment de certaines musiques western d'Ennio Morricone pour des films de Sergio Leone - ça tombe bien, le film de Tommy Lee Jones rend un bien bel hommage aux westerns, sans en être un à proprement parler). Après avoir installé ainsi ces deux thèmes, Beltrami va nous proposer une série de variantes et de pièces oscillant entre une certaine intimité émouvante et une facette plus sombre et déterminée voire dramatique.

Dans 'Leaving Town', Beltrami utilise les guitares, avec une flûte de pan, un petit groupe de cordes et quelques percussions lorsque Pete et Mike quittent la ville et entament ensemble leur très long voyage vers le Mexique. 'Mike Run Off' illustre quand à lui la facette plus sombre du score de 'The Three Burials of Melquiades Estrada'. On retrouve ici le style atonal avant-gardiste cher au compositeur, mais avec une formation instrumentale plus originale et très éloignée de ses musiques d'horreur/thriller habituelles! Ici, guitares, percussions, synthés, accordéon et cordes sont de la partie, formant un tout relativement tendu et dissonant, alors que Mike tente de s'échapper avant d'être rattrapé par Pete. La musique est ici associée au point de vue du personnage de Barry Pepper, puisqu'elle évoque sa peur face à la situation à laquelle il se retrouve brutalement confronté, en conséquence de son acte (l'assassinat de Melquiades). Avec 'Gift Horse', on retrouve le thème de l'amitié joué ici avec une infime tendresse à l'accordéon avec un accompagnement léger de guitares, percussions et quelques cordes, l'arrangement instrumental rendant ici le thème encore plus poignant, accompagnant les images du voyage au Mexique de façon plus émouvante, comme si la musique cherchait à évoquer déjà le rapprochement de type père/fils entre Pete et Mike. Comme on pouvait s'y attendre, le morceau suivant nous fait retrouver le style plus sombre et atmosphérique de la partition. 'Can't Keep It Up' utilise son groupe instrumental dans un style assez dissonant, illustrant les déboires de Mike dans le désert à la frontière du Mexique. Beltrami joue ici aussi sur ses diverses sonorités instrumentales sans jamais faire redondance avec les images, la musique se contentant d'apporter une sorte de supplément émotionnel aux différentes scènes-clé du film, tout en apportant un rythme musical important au long-métrage de Tommy Lee Jones. L'arrivée au Mexique se fait au son du thème principal repris dans 'Entering Town' avec les guitares et les cordes. Si l'on suit donc le schéma (un peu prévisible au bout de quelques minutes) de l'alternance quasi systématique morceau intimiste et doux/morceau sombre et dissonant, on se doute bien que la prochaine pièce sera bien plus sombre. Gagné! 'Fleeing Illegals' s'impose par son rythme plus soutenu de guitare qui installe une certaine urgence avec un accordéon dissonant et des effets de col legno de cordes (jeu sur les cordes du violon avec le bois de l'archet) et de petites percussions incluant même des timbales synonymes de danger et de tension ici.

Surprise, le morceau suivant casse la routine de l'alternance douceur/tension du score en imposant une atmosphère plus sinistre et inquiétante dans 'Horse of Death' illustrant une scène du voyage où l'on voit le cadavre de Melquiades porté par l'un des trois chevaux. A noter ici l'utilisation plus accentuée des synthétiseurs atmosphériques et modernes et d'une voix d'homme aux consonances indiennes qui pourrait évoquer quelque part le souvenir de Melquiades, réduit à l'état de cadavre en décomposition (à ce sujet, le film nous offre d'ailleurs quelques scènes particulièrement macabres). Le premier affrontement entre Pete et Mike dans 'Pete Confronts Sheriff' continue à son tour de développer cette tension avec des synthétiseurs froids, des percussions, des guitares et des cordes dissonantes et agitées, ambiance sombre que l'on retrouve aussi dans les atmosphériques 'Stalking Mike' et 'Shoot Me'. 'House Building' ramène alors un peu d'humanité dans la partition avec un très beau rappel du thème de l'amitié lorsque Pete et Mike construisent ensemble la maison de Melquiades à la fin du film, tandis que 'No Jimenez' rappelle le thème principal joué de façon plus mélancolique et lente aux guitares et aux cordes, lorsque Pete découvre que Melquiades lui a menti et que sa prétendue ville natale de Jimenez n'existe pas. Le morceau évoque ici le sentiment de trahison que ressent Pete à ce moment là, la musique conservant ainsi continuellement cette facette psychologique typique du score de Marco Beltrami. La partition se conclut sur un rappel très émouvant du thème de l'amitié dans 'Forgiveness', réexposé de façon lente et intime aux cordes et aux synthétiseurs lorsque Mike obtient le pardon de Pete à l'issu de leur voyage, aboutissant au très beau 'Goodbye' et ses guitares mélancoliques en tierces parallèles, qui évoquent le Mexique à l'issue du voyage, avant qu'un rythme vienne se greffer sur la dernière partie du morceau pour la conclusion du film.

Partition minimaliste aussi émouvante que sombre, 'The Three Burials of Melquiades Estrada' dévoile une facette moins connue de Marco Beltrami, son style plus minimaliste et expérimental, bien que le mot soit un peu exagéré par rapport au réel contenu de la partition du film. C'est par son mélange de sonorités instrumentales inattendues que la partition s'avère être expérimentale, l'ensemble demeurant malgré tout assez convenu dans son genre, Beltrami ne révolutionnant pas la musique de film avec cette nouvelle partition. Cela fait néanmoins plaisir de constater que le compositeur s'essaie à nouveau au film d'auteur après avoir fait un petit détour du côté de chez Ole Bornedal pour lequel il nous a offert une partition orchestrale magnifique et poignante pour 'I Am Dina'. Le score de 'The Three Burials of Melquiades Estrada' évoque par ses sonorités un monde de western moderne sans les clichés des sempiternels harmonica ou trompette mariachi, mais avec une petite formation instrumentale restreinte illustrant la psychologie et les différents états émotionnels des deux protagonistes principaux, qui sont véritablement au coeur de la musique de Beltrami. Le score ne surcharge jamais le film, bien au contraire. Il ponctue habilement les scènes-clé tout en se faisant discret durant une bonne partie du film, la preuve qu'une utilisation à bon escient de la musique dans un film est toujours préférable à une avalanche de musique non-stop qui alourdit bien souvent le rythme du film. Certes, 'The Three Burials of Melquiades Estrada' n'est pas le nouveau chef-d'oeuvre de Marco Beltrami et ne révolutionne en rien le genre. Mais les qualités indéniables de cette partition nous donnent vraiment envie d'en entendre plus, en espérant que le compositeur d'origine italienne continuera d'oeuvrer à l'avenir sur des films d'auteur du même acabit, qui lui permettront très certainement d'atteindre une maturité musicale que les grosses productions hollywoodiennes ne lui permettent pas toujours.

QUENTIN BILLARD

Bonus DVD

EDITION COLLECTOR - 2 DVD

Documentaire : "La Musique de TROIS ENTERREMENTS"

Durée : 8 min.

Producteur : Jérôme Lateur

(Europa Corp)

Date de sortie du DVD : 31-05-2006

Si TROIS ENTERREMENTS fût parmi les meilleures surprises de l'année 2005 (double prix à Cannes et bonnes critiques méritées), on s'attendait moins à ce que la musique de Marco Beltrami soit autant mise en avant sur ce film, le nom du compositeur figurant sur l'affiche du film avec des lettres de la même taille que le nom du réalisateur-acteur Tommy Lee Jones !

De même, les bonus de cette édition double-DVD fait la part belle à la musique, puisque le documentaire qui lui est consacré est présenté en premier lieu sur le deuxième disque, avant tout le reste. En outre, le coffret DVD propose le disque de la bande originale du film, éditée chez Recall Music For Film, label rallié à Europa Corp.

Excellent documentaire, ce bonus axé sur la musique du film propose une interview croisée du réalisateur Tommy Lee Jones et du compositeur Marco Beltrami, lesquels sont devenus amis à la suite de leur collaboration sur ce film. Le cinéaste évoque les références du compositeur qui le poussèrent à l'embaucher, notamment ses trois ans d'études avec Ennio Morricone, spécialiste incontesté du Western.

Marco Beltrami, de son côté, évoque sa relation avec Tommy Lee Jones et explique ses choix d'instrumentation (entre la musique folk mexicaine et l'expérimental : on y découvre comment un cactus peut devenir instrument de musique !). Le musicien parle également de l'importance du travail de recherche en musique de film, faute de quoi le métier perd de son intérêt. En ce sens, l'expérience de TROIS ENTERREMENTS a été quelque chose d'unique pour lui, car le film, à la fois intimiste et ambitieux, réprésente une forme de cinéma moins conventionnel que ce que le compositeur a l'habitude de faire.

Un documentaire malheureusement très court (moins de huit minutes !), mais très intéressant : le cinéaste et le musicien ne s'envoient pas de fleurs, mais évoquent une relation de travail qui s'est déroulé avec franchise, simplicité et véritable rigueur artistique. Chose rare à Hollywood, il était important de le signaler. Encore une fois, chapeau bas à Europa Corp. qui propose une fois de plus un bonus sur la musique originale. Si les productions demeurent inégales (entre LE TRANSPORTEUR 2 et TROIS ENTERREMENTS, il y a de la marge !), d'autres éditeurs devraient en prendre de la graine, au moins sur cet aspect-là.

Sylvain Rivaud

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