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La Veuve de Saint-Pierre  (2000)

Universal (2000) - 0:46:20 | Original Score [musique originale]



Cette partition symphonique fait preuve d'un classicisme d'écriture étonnant, raffiné et d'une grande beauté, avec l'utilisation d'instruments solistes. Estève nous plonge immédiatement dans l'ambiance dramatique et mélancolique de sa musique avec des cordes sombres et lentes et quelques vents avec solistes qui annoncent déjà l'excellent thème principal.

[© Texte : Cinezik] •

La Veuve de Saint-Pierre

Tracklist (de la BO en CD ou Digital)

1-Générique début 2.03
2-Brouillard 1.55
3-Morue salée 0.49
4-Chez Chevassus 2.28
5-Le Printemps 1.35
6-Le Départ de La Marie-Galante 3.19
7-La Mort de Louis-Olivier 1.00
8-Le Déménagement du Café du Nord 1.30
9-La mort en route2.52
10-L'émeute/Le chemisier 1.55
11-Galop sur la Banquise 2.09
12-L'Hiver 2.03
13-Sois Prudente Pauline 4.21
14-Madame "La" chez Neel 1.59
15-Embarquement 2.30
16-Ramées 1.48
17-Un échange de regards 1.19
18-Sauver votre vie 2.03
19-Les Adieux 2.57
20-Final 5.22

Nos articles sur cette BO

Pascal Estève n'est pas vraiment un nouveau venu dans la musique de film française, puisqu'il a écrit auparavant les musiques d'un autre film de Patrice Leconte, 'Le Parfum d'Yvonne' (1994), ainsi que 'L'Irrésolu' de Jean-Pierre Ronssin (1994). Mais c'est sans aucun doute sa participation à 'La Veuve de Saint-Pierre' qui lui a permit d'être découvert par les béophiles. Estève fait partie de cette nouvelle génération de compositeur français prêts à assurer la relève, tels que Alexandre Desplat, Philippe Rombi, Bruno Coulais, Nicolas Errèra, etc. Sa partition symphonique pour 'La Veuve de Saint-Pierre' fait preuve d'un classicisme d'écriture étonnant, raffiné et d'une grande beauté. A vrai dire, c'est l'utilisation de quelques instruments solistes qui attirent ici notre attention, et plus particulièrement l'accordéon avec d'autres instruments tels qu'un bandonéon, un hautbois, un violoncelle, un alto et une partie vocale soliste. Avec la traditionnelle ouverture du générique de début, Estève nous plonge immédiatement dans l'ambiance dramatique et mélancolique de sa musique avec des cordes sombres et lentes et quelques vents avec solistes qui annoncent déjà l'excellent thème principal. Ce thème mémorable possède un côté air populaire folklorique avec une certaine mélancolie nostalgique qui sied à merveille à l'ambiance dramatique du film. On ne pourra d'ailleurs pas passer à côté de la très belle variante instrumentale de ce thème dans 'Morue Salée' où Pascal Estève confie le thème au chant avec violon, violoncelle, alto et accordéon, toujours avec une certaine simplicité désarmante et touchante qui nous rappelle qu'il n'est pas toujours nécessaire d'en faire des tonnes pour émouvoir.

'Chez Chevassus' évoque alors la gravité du crime de Neel Auguste avec des cordes plus sombres et plus agitées, tandis que le compositeur tente d'apaiser le climat dans le lyrique 'Le Printemps' et son écriture de cordes très classique, qui rappelle par moment la spontanéité musicale d'un Georges Delerue. Estève prolonge cette atmosphère lyrique dans le poignant 'Le printemps' où règne désormais une certaine sérénité toujours relayée par les cordes, comme pour exprimer le fait que Neel Auguste semble avoir trouvé la paix dans ses activités. Le rappel poignant du thème principal aux cordes dans 'La mort de Louis-Olivier' est là pour nous rappeler le triste destin qui attend Neel à la fin de cette aventure. On retrouve une fois encore de très belles orchestrations alliant cordes, alto, chant, accordéon et violoncelle pour ce thème parfaitement intégré dans l'esprit dramatique du film. Dans un domaine plus folklorique, Estève nous permet d'entendre une jolie pièce à trois temps dans 'Le déménagement du café du Nord', lorsque Neel Auguste aide les habitants de l'île à déplacer une maison sur roue. Le compositeur en profite ainsi pour donner une nouvelle variante du thème sous un aspect plus dansant, évoquant son amitié avec les villageois. Toujours dans un souci dramatique, Estève se plaît à varier les ambiances et développe une certaine noirceur dans le sombre 'La mort en route' dominée par des cordes graves qui semble en dire long sur la scène, comme dans le sombre 'L'émeute/Le chemisier' avec ses cordes tourmentées pour la séquence de l'émeute des villageois pour défendre Neel Auguste.

Le reste du score est dans le même ordre d'idée, passant du mélancolique ('L'hiver' ou 'Madame 'la' chez Neel' avec une jolie formation de cordes) au sombre ('Ramées' évoquant la situation de Neel) jusqu'à un final que l'on soit à l'avance tragique, et qui débute avec le poignant 'Un échange de regards' pour aboutir au plaintif 'Les adieux' et au douloureux 'Final' où résonne l'accordéon de manière solitaire, comme une sorte de complainte lointaine sur le magnifique thème principal aux accents populaires. Bilan positif donc pour une très belle partition orchestrale au classicisme clairement revendiquée, dénuée de toute originalité mais parfaitement écrite et maîtrisée. On regrettera le côté un peu monotone et répétitif de cette musique qui, bien qu'elle alterne les passages légers, lyriques, sombres ou mélancoliques, n'en demeure pas moins relativement uniforme à l'écoute. Comme d'habitude, la musique apporte ici un complément émotionnel indispensable au film de Patrice Leconte, lui conférant un caractère dramatique décuplée par la sobriété et la maîtrise de la mise en scène. Au final, cet excellent travail du jeune Pascal Estève est la preuve que ce dernier est sans aucun doute une valeur sûre parmi la nouvelle génération de musiciens français dignes de succéder à Philippe Sarde, Georges Delerue, Michel Magne ou Antoine Duhamel.

Quentin Billard

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