Calendrier films & séries Interviews  • Sorties de B.OCoups de coeurCritiques de B.O ActusPodcasts

Lame de Fond   (1996)

White Squall • Ridley Scott • En salle le 17-07-1996

En 1989, Ridley Scott collaborait pour la première fois avec Hans Zimmer sur 'Black Rain'. En 1991, le réalisateur retrouvait le compositeur allemand sur 'Thelma & Louise', mais alors que Ridley Scott envisageait de faire de nouveau appel à Hans Zimmer sur White Squall, ce fut finalement Jeff Rona qui fut engagé sur le nouveau film de Ridley Scott, Rona étant l'un des membres de Media Ventures (la bande à Hans Zimmer).

[© Texte : Cinezik] •

Lame de Fond

Sortie de la BO

Hollywood Records (1er mai 1996) - 0:58:30

Tracklist (de la BO en CD ou Digital)

1. Still Waters (3:24)
2. Departures (4:34)
3. The Journey Begins (4:38)
4. Power Of The Wind (2:43)
5. On The Water / Dolphins (3:58)
6. A Wonderful Sail (3:19)
7. Ringing Out (2:52)
8. The Cubans / New World (4:10)
9. Galapagos (2:40)
10. The Test (1:05)
11. White Squall (Lifeboats)
(4:21)
12. The Return Home (3:24)
13. Fats Domino - I Want To Walk You Home (2:24)
14. The Skye Boat Song - Traditionnal (2:24)
15. Tommy McCook & The Supersonics- Yellow Basket (3:15)
16. Fats Domino - Be My Guest (1:59)
17. Chubby Checker - The Twist (2:39)
18. Eddie Cochran - Somethin' Else (2:03)
19. Baba Brooks And The Baba Brooks Band - Teenage Ska (2:38)

Voir le calendrier des B.O

Autour de cette BO


Nos articles sur cette BO

Zimmer se contenta d'écrire quelques minutes de musique additionnelle tout en produisant le score de son collègue qui, jusqu'à présent, avait essentiellement composé de la musique additionnelle pour divers films tels que 'Kafka' (1991), 'Toys' (1992), 'Sensation' (1995) ou 'The Net' (1995). La partition de Jeff Rona pour White Squall témoigne d'un talent et d'une sensibilité évidente que le compositeur n'avait jamais encore eu l'occasion d'exprimer de cette façon, une partition méditative, lyrique et émouvante évoquant ce voyage initiatique sur les mers. 'Still Waters' accompagne de manière surprenante le générique de début, sur un ton à la fois méditatif et atmosphérique, utilisant des nappes de synthé, des cordes, quelques percussions discrètes, un mystérieux choeur d'hommes samplé et un hautbois solitaire. On ressent ici une douce mélancolie teintée d'un certain mystère qui pourrait évoquer le côté à la fois dangereux et apaisant de la mer, source de bonheur et de malheur pour l'homme. Voilà en tout cas une très belle ouverture qui n'annonce déjà que du bon pour la suite de cette aventure. Le départ pour l'Albatros est évoqué avec une nostalgie poignante dans 'Departures' où Jeff Rona annonce le magnifique thème principal de sa partition, exposé ici par un piano/harpe et repris par une clarinette. Le thème principal de White Squall évoque à merveille le pouvoir du vent, de la mer et plus généralement de la nature, allié à une dimension à la fois méditative et contemplative évoquant l'idée du voyage initiatique, sur un ton à la fois intimiste et émotionnel. A noter l'utilisation d'un whistle et d'une cornemuse aux sonorités celtiques accentuant l'idée du voyage et de la découverte de nouveaux horizons. A noter ici l'utilisation de conques, grande coquille que l'on trouve dans certains océans exotiques très utilisé dans la musique traditionnelle hawaïenne et que l'on retrouve tout au long de la partition de Jeff Rona. Plus que l'évocation d'un simple départ, 'Departures' pourrait aussi évoquer métaphoriquement les adieux des ados à leur enfance, qu'ils quittent pour entrer dans le monde adulte afin d'entamer leur voyage initiatique, la musique apportant alors une certaine cohérence émotionnelle au récit du film.

Si 'Departures' nous propose une première version émouvante du thème principal, accentué par les différents instruments (clarinette, whistle, trompette, etc.) et quelques synthés, 'The Journey Begins' évoque le commencement du voyage à bord de l'Albatros, Rona accentuant ici l'utilisation d'instruments celtiques/irlandais avec un duo cornemuse/penny whistle toujours soutenu par quelques nappes de synthé (à noter que Jeff Rona, grand collectionneur de flûte, interprète lui-même le penny whistle dans sa musique). Le morceau devient finalement plus sombre par la suite alors que le compositeur fait intervenir les traditionnelles rythmiques électroniques chers aux compositeurs de Media Ventures pour la scène où l'un des ados manque de s'étouffer dans des cordages. Plus sombre et atmosphérique, cette seconde partie évoque les difficultés que rencontrent les étudiants au cours de leur voyage. En revanche, le magnifique 'Power of The Wind' vient apporter un véritable repos en reprenant le superbe thème principal dans sa plus belle version lors d'une scène où le skipper fait hisser les voiles et laisse le vent diriger l'Albatros. Morceau incontournable de la partition de White Squall, 'Power of The Wind' constitue l'un des plus beaux exemples du talent d'un compositeur qui se fait trop discret mais à qui l'on devrait confier plus souvent la musique de films de ce genre. Le thème, confié d'abord à une clarinette, des cordes et une harpe, prend une proportion plus majestueuse et aérienne lorsque le compositeur fait intervenir une trompette avec un choeur discret en arrière-fond, un morceau d'une fraîcheur particulièrement émouvante à l'écran, incitant à l'évasion, à la contemplation de la nature.

'On The Walter/Dolphins' accentue les sonorités celtiques/exotiques de la partition avec les conques, la cornemuse, le penny whistle et même quelques steel bands tropicaux pour la scène où les dauphins accompagnent l'Albatros (on retrouve même brièvement le style plus action à la M-V à la fin du morceau, lorsque Frank tue un dauphin dans un acte d'une gratuité répugnante, sans aucun doute l'un des moments les plus durs du film). En revanche, 'A Wonderful Sail' contient une fraîcheur qui incite une fois de plus à la rêverie, à l'évasion à travers la beauté des paysages et des océans, soutenu par une rythmique de guitares entraînantes avec percussions, cornemuse, claviers et cordes. On retrouve le thème principal dans le très beau 'Ringing Out' où l'on devine toujours une certaine nostalgie poignante, tandis que 'Galapagos' accompagne plus énergiquement la scène où les ados s'arrêtent sur une île et partent l'explorer, le morceau nous faisant ressentir à l'écran toute l'émotion de la découverte et de l'exploration de nouveaux horizons à travers une reprise plus majestueuse et rythmée du thème principal. Finalement, 'White Squall (Lifeboats)' apporte une touche plus dramatique à la fin de cette grande aventure après la scène où le bateau coule et où Sheldon doit passer devant une commission judiciaire, morceau dominé par des cordes dramatiques et tourmentées évoquant la souffrance de chacun après une telle tragédie, ce qui permet à Jeff Rona de nous proposer une très belle partie de violoncelle solitaire avec un choeur d'hommes avant de conclure sur 'Return Home' reprenant le thème envoûtant et mystérieux de 'Still Waters' pour conclure le film sur une touche plus mélancolique et nuancée.

White Squall est décidément une bien belle surprise de la part d'un Jeff Rona que l'on n'attendait pas sur le film de Ridley Scott. Le compositeur fait preuve ici d'une certaine sensibilité en livrant un score qui respire la fraîcheur, l'évasion, la rêverie, l'exaltation, mais aussi l'inquiétude, le mystère, la souffrance, et ce tout à l'image du très beau film de Ridley Scott. Pour une de ses premières partitions majeures quasiment écrites en solo (après 'Lipstick Camera' en 1994), Jeff Rona nous livre une très belle composition inspirée, qui apporte une magie et une poésie indéniable à White Squall. Il est même dommage que l'on ait tendance à oublier cette partition majeure du compositeur qui semble se faire encore plus discret aujourd'hui, l'album de la musique étant devenu très difficile à se procurer, probablement à cause de la rareté de l'album suite à l'échec du film de Ridley Scott. Reste que White Squall est un magnifique hymne à la beauté de la mer et de la nature, une partition émouvante à découvrir, assurément!

Quentin Billard

Autres BO de Jeff Rona


Jeff Rona a également écrit la musique de : Generation Iron (2014) •

Vos avis