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Young Americans  (1993)

Island Records (1er juin 1993) - 0:44:19 | Album


 

L'excellent 'Opening Titles' en dit long sur le film avec ses cordes dramatiques et la voix de Björk dans un style parfois plaintif, parfois élégiaque. L'ambiance dramatique de cette ouverture est alors renforcée par l'utilisation des cuivres. Arnold affirme d'emblée de jeu le ton dramatique du score, une atmosphère tragique et lyrique qui ne faiblira pas d'un poil tout au long du film.



[© Texte : Cinezik] •
Young Americans

Tracklist (de la BO en CD ou Digital)

1-Cathode Ray 0.26*
2-Gave Up 3.51**
3-Opening Titles 3.59
4-Don't Let Up 4.31***
5-Explosion 0.46
6-Uberman 5.43+
7-He's Watching Me 3.01
8-Hypocrisy Is The Greatest Luxury 4.36++
9-Christian's Requiem 5.24
10-Stop The Confusion(Music Mix) 3.06+++
11-15 Minutes of Fame 3.54#
12-Leaving London 1.16
13-Play Dead 3.45##

*Interprété par
Sheep on Drugs
Ecrit par Sheep on Drugs
Produit par Gareth Jones
**Interprété par Nine Inch Nails
Ecrit par Trent Razor
Produit par Flood &
Trent Razor
Remixé par Coil
***Interprété par Stereo MC's
Ecrit par R.Brich et
N.Hallam
Produit par Stereo MC's
+Interprété par
Sheep on Drugs
Ecrit par Sheep on Drugs
Produit par
Gareth Jones
++Interprété par
The Disposable Heroes of
Hiphoprisy
Ecrit par M.Franti
Remixé par
Joe 'The Butcher' Nicold
+++Interprété par
Keith Le Blanc & Tim Simenon
Ecrit par Keith Le Blanc,
Tim Simenon et Bernie Worrell
Produit par
Keith Le Blanc et Tim Simenon
pour Blanc Records.
#Interprété par
Sheep on Drugs
Ecrit par Sheep on Drugs
Produit par
Gareth Jones
##Interprété par Björk
Ecrit par Jan Wobble,
Björk Gudmundsdottir et
David Arnold
Produit par David Arnold
et Danny Cannon.

Editeur: Island Records CID 8019 518 472-2

© 1993 Island Records.

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Pour son second long-métrage, le réalisateur britannique Danny Cannon décide de nous plonger dans un Londres cafardeux où règne la violence et la mort. 'The Young Americans' met ainsi en scène Harvey Keitel dans le rôle de John Harris, un policier américain de la DEA (Drug Enforcement Administration) recruté par la police de Londres pour aider Scotland Yard à mettre fin aux crimes d'un groupe de jeunes délinquants d'origine américaine qui multiplient leurs méfaits dans toute la ville. Après la mort de deux de ses équipiers tués devant ses yeux par deux jeunes américains, John Harris va se jurer de retrouver le leader cette bande, celui qui entraîne ces jeunes sans avenir à devenir des tueurs sans scrupules, le sinistre Carl Frazer (Viggo Mortensen), un trafiquant de drogue qui semble insaisissable. Pour s'aider dans sa quête, Harris va faire appel à Christian O'Neill (Craig Kelly), un jeune barman d'une boîte de nuit où viennent régulièrement Frazer et ses acolytes pour mener à bien leurs petites affaires. Christian sera chargé d'espionner Frazer et son complice Jack Doyle (Keith Allen) afin de permettre à la police d'infiltrer le groupe et de mettre fin à ce chaos. 'The Young Americans' aurait donc pu rester un thriller/polar comme les autres si Danny Cannon n'y avait pas ajouté une telle touche d'humanité, de drame. Effectivement, derrière la trame policière du film, il faut voir une véritable dénonciation de la bêtise humaine qui corrompt tout. Le réalisateur nous décrit ainsi un monde où règne la violence à travers l'américanisation de l'Angleterre. On pourra d'ailleurs regretter le côté gratuitement polémique du film qui semble montrer les américains comme des gros barbares qui envahissent et détruisent tout (NDLR: comme si les anglais étaient des anges!). A noter, par exemple, ces scènes où l'on voit John Harris téléphoner à sa femme et être dans l'incapacité totale de communiquer avec elle, une autre manière de montrer la société déshumanisée.

C'est avec 'The Young Americans' que David Arnold compose sa toute première partition musicale pour le cinéma, bien avant 'Stargate', 'Last of the Dogmen' ou 'Independence Day', des scores qui ont fait sa renommée. Pour le film de Danny Cannon, le jeune Arnold se révélait au public en créant une partition orchestrale profondément dramatique, ancré dans la trame tragique de l'histoire de ce film qui décrit une société déshumanisée. A la noirceur et la violence du film, Arnold oppose des cordes et la voix éthérée de la chanteuse Björk avec l'insertion étonnante d'un choeur (voix mixtes et voix d'enfants). Ainsi, l'excellent 'Opening Titles' en dit long sur le film avec ses cordes dramatiques et la voix de Björk dans un style parfois plaintif, parfois élégiaque. L'ambiance dramatique de cette ouverture est alors renforcée par l'utilisation des cuivres. Arnold affirme d'emblée de jeu le ton dramatique du score, une atmosphère tragique et lyrique qui ne faiblira pas d'un poil tout au long du film. A noter que le jeune musicien fait preuve ici d'un certain talent d'écriture avec un classicisme dans l'écriture des cordes totalement abouti. Tout ceux qui connaissent bien les musiques de film de David Arnold devrait aisément reconnaître le style personnel du compositeur, et ce même s'il s'agit de sa toute première composition pour le cinéma. La musique est tellement typique de David Arnold que l'on trouvera même un motif de cordes/vents plus mélodique et mélancolique associé au jeune Christian, et que le compositeur reprendra plus tard au détour d'une pièce pour 'Independence Day'.

Très vite, la musique devient plus sombre et plus brutale avec l'impressionnant mais trop bref 'Explosion' pour la scène où la voiture des deux collègues de Harris explose devant ses yeux. On notera ici le côté plus atonal et chaotique du morceau, avec une écriture de cuivres dissonants et des effets orchestraux plus 'contemporains' d'esprit, retranscrivant à merveille toute la violence de la scène. En l'espace de deux morceaux, David Arnold a déjà prouvé de quoi il était capable, et, loin de vouloir s'en tenir à ces deux seuls morceaux, le compositeur britannique va encore plus loin et se paie carrément le luxe d'écrire un requiem irrésistiblement poignant pour le mémorable 'Christian's Requiem', formidable pièce orchestrale/chorale entendue pour la séquence des funérailles du père de Christian. Arnold développe pendant plus de 5 minutes un excellent motif de 5 notes avec une superbe écriture chorale mélangeant voix d'hommes, de femmes et d'enfants. La pulsation est donnée par les timbales funèbres et le morceau grandit tout au long de cette séquence en l'illuminant d'une couleur tragique rare dans ce genre de film à suspense. Effectivement, loin de se contenter de simplement évoquer la violence du film, David Arnold a donc préféré privilégier cet aspect humain et émotionnel, même si une pièce comme 'Explosion' est là pour nous rappeler l'ambiance thriller du film. Le magnifique 'Christian's Requiem', petit bijou de contrepoint et d'émotion, constitue donc l'attraction principal d'un score dont l'unique défaut est d'être définitivement trop court, en plus d'être totalement sous-représenté sur l'album de la musique du film.

Après un sombre et dramatique 'He's Watching Me', 'Leaving London/Play Dead' accompagne le final et le générique de fin du film après une première partie orchestrale débouchant sur une nouvelle performance de Björk pour le générique de fin, accompagnée de l'orchestre (cordes et vents principalement) et d'une rythmique de batterie 'pop', les deux parties s'enchaînant l'une à l'autre sans interruption. 'Play Dead', composé en collaboration avec Björk, résume tout l'esprit de la composition de David Arnold avec ce côté dramatique, sombre et moderne à la fois. Le côté mélancolique de la voix de Björk pourrait donc correspondre à la part d'humanité en perdition tandis que le côté plus sombre de la partie orchestrale pourrait parfaitement convenir à l'idée d'une société violente (la rythmique évoquant le modernisme de cette société). Le peu entendu sur l'album nous donnerait presque envie d'entendre une intégrale de cette excellente partition qui, à défaut d'être le chef-d'oeuvre impérissable du compositeur, confirmait déjà dès 1993 l'immense talent d'un jeune compositeur qui ne demande qu'à avoir un sujet qui l'inspire pour qu'il puisse donner le meilleur de lui-même, comme c'est le cas sur ce film de Danny Cannon. Un score sombre et dramatique que l'on retiendra surtout pour le puissant et exemplaire 'Christian's Requiem'.

Quentin Billard

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