Calendrier des films Interviews  • Sorties de B.OCoups de coeurCritiques de B.O ActusCannes 2019

EN

VOIR

PLUS

 

Le Guide de la B.O

Michael Nyman : filmographie décryptée
Filmographie commentée

JULIEN MAZAUDIER - Publié le 09-05-2008
nyman,greenaway,lecon_piano,gattaca,meurtre-dans-un-jardin-anglais,drowning-by-numbers,a-zed-two-noughts,cuisinier-voleur-sa-femme-et-son-amant,prosperos-books,monsieur-hire,mari-de-coiffeuse, - Michael Nyman : filmographie décryptée


"Michael Nyman a apparemment découvert comment avoir un pied dans le 18e siècle et un autre dans le 20e siècle".
(Peter Greenaway)

Ses musiques pour le cinéma sont probablement l'un des aspects les plus connus du travail de Michael Nyman qui commençe à composer dans les années 70 . Ce n’est qu’au début des années 80 qu’il se fait connaître quand il écrit la musique du film Meurtre dans un Jardin Anglais, du réalisateur Gallois Peter Greenaway. Il gagne la reconnaissance du public avec la bande originale de La Leçon de Piano, long-métrage réalisé par Jane Campion en 1992.

LES FILMS DE PETER GREENAWAY

La première collaboration de Michael Nyman avec Peter Greenaway s’établit sur des courts métrages expérimentaux non narratifs tels que, Five Postcards from Capital Cities (1967), Tree (1968), One to one Hundred (1975), une musique additive basée sur le début de la valse de Johann Strauss, Le Beau Danube Bleu et Vertical Features Remake (1977).

A Walk Through H (1977) La Réincarnation d’un Ornithologiste.

A Walk Through H (Promenade à travers H) est un moyen métrage en 16mm réalisé en 1978. Il s’agit de la présentation d’une série de 92 cartes de pays imaginaires qui mènent l’âme défunte d’un ornithologue vers sa prochaine vie, si l’on croit en la réincarnation. Un voyage labyrinthique qui le conduit jusqu’aux profondeurs du paradis ou de l’enfer. Dans le dictionnaire anglais, la lettre H étant la première lettre d’Heaven (Paradis) et Hell (Enfer). Durant tout le film, la caméra parcourt, sur les murs d’un musée les tableaux cartographiques (peints par Greenaway) morcelés par le cadrage. Le réalisateur inclus en insert, des images d’oiseaux filmés dans les paysages splendides de la région du Wiltshire. La composition de Michael Nyman qui illustre ces cartes est utilisée comme un aspect structurant du montage. Le réalisateur avait demandé à Nyman de composer 5 musiques pour 5 lieux différents comme la campagne, la ville ou le désert. Pour respecter la structure du film, chaque morceau devait être lui-même subdivisé en 10.
Durant la présentation des cartes par le narrateur Colin Cantlie (en off) la musique est très inspirée par la Musique Minimaliste et certaines des premières pièces de Terry Riley dont In C (pour la rythmique des cuivres) ou celle de Philip Glass, Music in Similar Motion (pour la partie jouée au piano). Elle utilise par contre, à la différence de ces compositeurs, de fréquents changements harmoniques ce qui convient parfaitement à la construction du montage étroitement lié au thème musical. A chaque changement correspond un nouveau plan, celui de la découverte d’une nouvelle carte.
Dans l’ouvrage collectif qui lui est consacré, Peter Greenaway. Edition Dis Voir (1987), le réalisateur s’explique sur cette méthode :
"Il existe une première manière d’employer la musique au Cinéma : pour créer une atmosphère, pour amplifier un sentiment. C’est son emploi habituel. Mais ça ne me paraît pas suffisant. La musique doit faire plus. Dans mes films, la musique de Michael Nyman crée l’ambiance, mais elle est aussi une structure du film : elle organise l’information."
Ce qui différencie également Michael Nyman des grandes figures de la musique contemporaine du minimalisme est le lyrisme romantique qu’il intègre à l’orchestre. Le superbe enchevêtrement des cuivres et du piano qui illustre le début du parcours de l’ornithologiste est en ce sens particulièrement révélateur et anticipe déjà sur les futures compositions "habitées" de La Leçon de Piano ou La fin d’une Liaison.

 

The Fall (1980)

The Fall est un faux documentaire complètement absurde divisé en 92 biographies de personnes touchées par l’apocalypse du "VEI", le Violent Evénement Inconnu, un phénomène associé aux oiseaux. Le film est d’autant plus loufoque qu’il contient parfois des erreurs de classifications en attribuant le VEI à des personnes ordinaires ! Très intéressé par les classifications, celles de Borges et Calvino en particulier, Greenaway s’inspire également de certaines méthodes aléatoires du compositeur John Cage dans son disque Indeterminacy qui traite de 90 histoires. Le film est un pavé de 3h00 présenté par la voix solennelle de l’acteur Colin Cantlie dans le générique d’introduction mais peut aussi se voir comme une simple collection de 92 mini-courts métrages.
Le thème très dynamique de Nyman commence dés le générique. La rythmique insistante des cuivres et des violons annoncent déjà celle de Chasing sheep is best left to shepherds composé deux ans plus tard pour Meurtre dans un Jardin Anglais. A l’écran, figure un plan n&b d’une forêt filmée en travelling, caméra à l’épaule où défile verticalement le nom des 92 personnages présentés en lettres bleues. Ils ont tous un nom de famille commençant par les lettres FALL, "ce qui renvoie automatiquement à l’idée de chute ("fall") de l’homme et à toutes les notions bibliques ou mythologiques que renferme ce mot". Citation de Peter Greenaway. Ils ont aussi la capacité de parler une ou plusieurs des 92 langues attribués au phénomène du VEI. Le capistan, l’hartileas, l’agalèse, l’orthocathalien…
Le cinéaste est aussi très concerné par le mythe d’Icare. Une histoire qui parle d’un homme désirant s’envoler dans les airs mais qui finit par chuter en plein vol. Comme le dit le cinéaste, "Le film peut également se voir comme 92 manières différentes d’envisager la fin du monde, et aussi, de façon introspective, 92 manières de faire un film."
Dans l’épisode n°83, le réalisateur va même jusqu’à l’auto-citation en incluant ses premiers courts-métrages et en évoquant de manière imagée sa relation avec Michael Nyman qui composa la musique de Tree en se basant sur les 5 pièces pour orchestre d’Anton Webern.
"On pourrait dire aussi, de manière très prosaïque que The Fall est un peu une poubelle où j’ai flanqué tout ce que je n’avais pas réussit à utiliser auparavant ! "
Citation issue du livre collectif sur Peter Greenaway. Edition Dis Voir. 1987.

Chaque petit film débute par un carton où est inscrit le nom du personnage présenté. Pour chaque carton, la musique suit une progression logarithmique, que l’on retrouve déjà dans le court-métrage 1-100 (1975). Nyman s’inspire d’un motif de Frederic Rzewski, Les Moutons de Panurge, où on construit les formes avec 1, 1+2, 1+2+3, 1+2+3+4, etc. 4 courtes notes au piano pour le 1er personnage, ensuite pour le 3eme personnage un motif de cuivre vient se superposer en contrepoint, 8 notes pour le 11eme personnage, 11 notes pour le 20eme… Jusqu’à ce qu’un véritable morceau musical émerge. Le motif de ce thème, écrit à l’origine en 1979 pour une « performance art » intitulée The Masterwork/Award Winning – Fishknife, sera par ailleurs repris dans le morceau Wheelbarrow Walk du film Drowning by Numbers. La ligne de cordes qui émerge à partir du n°24 et se concrétise dans la dernière biographie est inspirée par la fin du mouvement lent de la Symphonie Concertante de Mozart.
La biographie n° 74 évoque le cas de Pollie Fallory, qui imite les oiseaux. Elle énumère le nom de plusieurs espèces avec une voix de cantatrice. Grand tétras, gypaète barbu, Casoar, Limnodrome… Dans cette scène, l’accompagnement musical choisis par Nyman est le très beau et tonique Birdlist Song. Un morceau que l’on peut trouver dans une superbe version live pour orchestre sur le disque Michael Nyman Live.

Le générique final de The Fall qui alterne certains personnages du film, des photographies anciennes et des surimpressions de vol d’oiseau est structuré par une superbe séquence musicale. Une pièce pour chœurs et orchestre extrêmement dynamique qui vient terminer en beauté cet immense catalogue, relativement humoristique dans le fond mais assez fascinant par sa durée démesurée. La technique de chant qui répète une brève formule à chaque fois combinée différemment s’apparente beaucoup à la dernière partie chorale de la pièce Another Look at Harmony part IV (1975) de Philip Glass mais de par l’utilisation des bois et de l’orchestre elle est beaucoup moins empreinte de la froideur qui caractérise les premières pièces minimalistes du compositeur américain. D’autres musiques de compositeurs sont utilisés dans le film sous formes d’extraits : John Hyde, Keith Pendlebury, Brian Eno, Anton Webern, Syd Barrett.

Meurtre dans un Jardin Anglais (1982) [The Draughtman’s Contract]

Cliquez sur la fiche pour lire la critique de la musique :

 

Making a Splash (1984)

Véritable chorégraphie aquatique, ce documentaire de 25mn réalisé pour la chaîne de télévision anglaise Channel Four est une célébration du corps humain dans l’eau. Un thème que l’on retrouve fréquemment dans les œuvres de Peter Greenaway. Portée sur la musique omniprésente de Michael Nyman, le film se base sur l’idée Darwinienne des différentes phases évolutives de l’espèce humaine. On suit des poissons et des batraciens nageant dans l’eau puis la caméra, en vue sous-marine filme un nouveau né en train de faire ses premiers pas dans une piscine, on passe ensuite sur des groupes d’enfants puis d’adolescents en train de nager et d’effectuer des plongeons… Le film s’achève sur un véritable ballet chorégraphique de natation synchronisée.
Le montage particulièrement audacieux rappelle beaucoup la technique du film-clip de Godfrey Reggio, Koyaanisqatsi (1982), un documentaire où l’image entretien une relation fusionnelle avec la musique. Peter Greenaway inclut également la "voix" de l’eau (Ruissellements, gouttelettes, cascade, plongeon…) et la synchronise brillamment dans la partition de Nyman comme si elle faisait partie de l’orchestre. Par moment, il supprime le son et ne garde que la musique. Lorsqu’une gouttelette d’eau tombe sur une feuille ce n’est pas l’eau que l’on entend mais un motif tambourinant de percussion.

La musique, extrêmement lyrique et légère de Nyman est certainement l’une de ses premières pièces à se détacher considérablement du style néo-baroque et répétitif des débuts. Le motif final, Synchronising, extrêmement tonique et pulsatif vient accompagner le groupe des danseuses de nage synchronisée. On les voit effectuer, sous l’eau et à la surface des figures complexes et des splendides mouvements qui peuvent rappeler certains plans aquatiques du film Le Bal des Sirènes. Le montage de Peter Greenaway suit parfaitement la cadence musicale, alternant les plans à chaque changement harmonique. Il intègre également des inserts de plans d’eau qui ponctuent chaque mouvement. Le morceau de Nyman devient carrément pop à la fin du film où la batterie vient se rajouter à l’ensemble de l’orchestre ! L’alignement répétitif des dalles rectangulaires que l’on aperçoit sous la piscine, pendant le générique de fin, rappelle beaucoup le décor du plasticien minimaliste Sol Lewitt pour le ballet Dance de Lucinda Childs. Peter Greenaway a certainement dû être fasciné par cette magnifique pièce qui se rapproche beaucoup de ses propres conceptions artistiques. La musique du film se trouve sur le disque Kiss And Other Movements qui comprend également une version pour choeur et orchestre du court-métrage de Peter Greenaway 26 Bathrooms.

ZOO (1985) (A ZED AND TWO NOUGHTS) 

Cliquez sur la fiche pour lire la critique de la musique :

DROWNING BY NUMBERS (1988)

Cliquez sur la fiche pour lire la critique de la musique :

 

Les Morts de la Seine (1989)

Les Morts de la Seine inaugure la période la plus riche et la plus macabre de Peter Greenaway. Ce superbe téléfilm financé par la chaîne Arte, pour le bicentenaire de la Révolution Française se présente sous la forme d’un documentaire-catalogue. (Complètement bidon en vérité!) Une histoire de noyés repêchés dans la Seine entre 1795 et 1801 qui ont beaucoup à "raconter" sur l’époque où ils étaient vivants ; témoins privilégiés de la Révolution française, de la prise de la Bastille et des débuts du Consulat. Deux croque-morts se penchent sur le cas de ces personnes relativement humbles en examinant le corps des cadavres, le sexe, l’âge, la couleur des cheveux, les cicatrices, les vêtements… reconstituant ou imaginant à partir de ces éléments comment ces personnes se sont retrouvés dans la Seine. Par ailleurs, suite à ce documentaire, le réalisateur avait envisagé de faire une exposition à Amsterdam sur le thème de la mort en présentant de véritables cadavres mais ce projet n’a pu avoir lieu pour diverses raisons…Le morceau d’ouverture composé par Nyman s’apparente beaucoup à une forme "désossée" du Memorial composé pour Le Cuisinier… Le pièce est ici plus intimiste, interprétée uniquement par un violon solo et un chœur féminin. Comme à son habitude, le compositeur réutilisera certaines de ses musiques dans d'autres films comme Miranda que l'on entend ici dans une version pour petit orchestre de chambre ou violon solo. Le montage du film adopte une structure volontairement répétitive. Les cadavres sont décrits uns par uns, méthodiquement par la voix off du commentateur, ce qui conduit très vite à un processus d’accumulation particulièrement macabre. Pour chaque étude, un travelling en plongée nous présente le corps, couché sur une table. Les morceaux de Nyman, souvent morcelés par le montage sont réutilisés plusieurs fois et définissent certaines situations comme les scènes du repêchage des corps et les travellings sur les cadavres. Dans ce film, il faut également souligner le travail infographique remarquable d’Eve Ramboz qui annonce l’esthétique découpée (cadre dans le cadre) de Prospero’s Books.

LE CUISINIER, LE VOLEUR SA FEMME ET SON AMANT (1989)

Cliquez sur la fiche pour lire la critique de la musique :

 

Prospero’s Books (1991)

Cliquez sur la fiche pour lire la critique de la musique :

LETTERS, RIDDLES AND WRITS (1991) (LETTRES, ÉNIGMES ET MANDATS)


Malgré leur rupture, Peter Greenaway et Michael Nyman auront néanmoins l’occasion de travailler la même année sur un projet similaire mais séparément.
Not Mozart est un long métrage collectif divisé en six parties commandé par la BBC pour le bi-centenaire de la mort de Mozart. L’intention était avant tout de faire un film assez décalé qui ne respecterait pas forcément l’hagiographie de Mozart. Avec le musicien hollandais Louis Andriessen, Peter Greenaway réalise le court-métrage, M is for Man, Music, Mozart . Michael Nyman, quand à lui collabore avec le cinéaste anglais Jeremy Newson sur Letters, Riddles and Writs.
Le court-métrage combine différentes incrustations d’images un peu démodées mais assez amusantes, qui rappelle un peu le style de Jean-Christophe Averty. Il s’agit d’une remise en lumière du personnage de Mozart jouée par la chanteuse Ute Lemper qui chante des extraits de ces lettres écrites à son père. A cette occasion Michael Nyman revisite son fameux thème In Re Don Giovanni et le remodèle en un duo irrésistible chanté par Lemper et le thénor David Thomas. Il est à noter que la tonalité en ré mineur intervient souvent dans la musique de Mozart. Outre dans l’ouverture de Don Giovanni, on la retrouve aussi dans son quatuor Haydn n°2 dont Nyman s’inspire pour composer la musique. Michael Nyman apparaît également dans le film au cours d’un procès assez cocasse où il est accusé d’avoir plagié la musique de Mozart. On le voit jouer les premières mesures de In Re Don Giovanni au piano.

LES FILMS DE PATRICE LECONTE

Au premier abord, on peu s’étonner de cette curieuse alliance entre Patrice Leconte, réalisateur avant tout de comédies désopilantes et le compositeur anglais Michael Nyman, principalement connu pour l’esthétisme glacé de ses compositions chez Peter Greenaway mais Leconte depuis Les Spécialistes et surtout Tandem s'oriente vers un type de cinéma davantage portée sur l’étude psychologique des caractères. Assurément Nyman convenait à cette nouvelle approche et contribua largement à la réussite de Monsieur Hire et Le Mari de la Coiffeuse, films qui constituent l’une des périodes les plus inspirés du cinéaste.

Monsieur Hire (1991)

Cliquez sur la fiche pour lire la critique de la musique :

Le Mari de la Coiffeuse (1991)

Cliquez sur la fiche pour lire la critique de la musique :

Succès public

LA LECON DE PIANO (1993)

Cliquez sur la fiche pour lire la critique de la musique :

 

BIENVENUE A GATTACA (1997)

Cliquez sur les fiches pour lire les critiques des musiques :

L’HOMME A LA CAMERA (1929) [MUSIQUE COMPOSÉE EN 2002]


JULIEN MAZAUDIER - Publié le 09-05-2008

Vos avis