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Notre Bilan 2009 des musiques de films
Bilan annuel

par la rédaction de Cinezik.org - Publié le 17-01-2010
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Tandis que les internautes ont choisi STAR TREK de Michael Giacchino comme meilleure BO de l'année, au tour de la rédaction de Cinezik d'établir son classement annuel afin de dégager les tendances et les BO incontournables de l'année écoulée. Dans ses top 15 des meilleures musiques de film de 2009, la rédaction a définitivement flashé sur CORALINE de Bruno Coulais et THE BOX d'Arcade Fire.

Top 15 de Benoit Basirico :

1. CORALINE - Bruno Coulais
2. THE BOX - Regine Chassagne & Win Butler (Arcade Fire)
3. RICKY - Philippe Rombi
4. DÉMINEURS (THE HURT LOCKER) - Marco Beltrami
5. LE DRÔLE DE NOËL DE SCROOGE (A CHRISTMAS CAROL) - Alan Silvestri
6. DANS LA BRUME ELECTRIQUE - Marco Beltrami
7. LA-HAUT (UP) - Michael Giacchino
8. ESPION(S) - Cliff Martinez
9. PERSÉCUTION - Eric Neveux
10. FAUSTA - Selma Mutal
11. NON MA FILLE, TU N'IRAS PAS DANSER - Alex Beaupain
12. LES BEAUX GOSSES - Flairs & Riad Sattouf
13. BRENDAN ET LE SECRET DE KELLS - Bruno Coulais
14. THE INFORMANT - Marvin Hamlisch
15. CLONES - Richard Marvin

Chaque choix correspond au plaisir procuré face aux images. Deux compositeurs s'imposent : le français Bruno Coulais excelle dans l'animation (CORALINE, BRENDAN) et Marco Beltrami prouve qu'il a du talent dans un minimalisme, loin de l'orchestre (DEMINEURS - édité tardivement en ce mois de janvier, DANS LA BRUME ELECTRIQUE). Un retour au thème avec une certaine candeur est agréable, chez Rombi (RICKY), chez Silvestri (SCROOGE), ou chez Giacchino (LA-HAUT). Nous remarquons une présence importante de la guitare et sa faculté à véhiculer des émotions : PERSECUTION (et l'énergie d'Eric Neveux), FAUSTA (et la sensualité féminine de Selma Mutal), et DANS LA BRUME ELECTRIQUE (et le western de Beltrami). Après "Steak", l'électro fonctionne bien pour la comédie française, avec les BEAUX GOSSES et ses synthés percutants. Le jazz a aussi sa place avec THE INFORMANT marquant le grand retour de Marvin Hamlisch et sa partition délicate et savoureuse comme du champagne. Les atmosphères electriques chères à Cliff Martinez dans ESPION(S) sont également pleines d'émotions. Deux compositeurs se sont essayés avec réussite à l'orchestre et au score : Alex Beaupain qui oublie les chansons pour des cordes à la Delerue, et le groupe Arcade Fire qui oublie le rock pour un suspens à la Herrmann. Deux belles révélations. Autre révélation, celle de CLONES (Richard Marvin). A mentionner qu'avec plus de neuf partitions composées cette année, Alexandre Desplat est bien l'un des compositeurs de 2009, avec de grands films (UN PROPHETE - voir notre bilan cinéma) malgré une absence de BO éclatante pour le classement. D'autres compositeurs sont à mentionner : Louis Sclavis chez Amos Gitai dans PLUS TARD TU COMPRENDRAS, Jeff et Mychael Danna pour le DR PARNASSUS de Gilliam, Mark Snow chez Alain Resnais pour LES HERBES FOLLES, Xavier Boussiron pour Alain Guiraudie dans LE ROI DE L'EVASION, Carter Burwell chez Spike Jonze pour MAX ET LES MAXIMONSTRES... Concernant d'autres bandes son remarquables (hors musiques originales), nous pouvons mentionner le Fado portugais dans CE CHER MOIS D'AOUT, des morceaux de Sun O et Boris chez Jarmush dans LIMITS OF CONTROL, de la musique classique dans UN LAC de Philippe Grandrieux, JE TE MANGERAIS de Sophie Laloy, LE CHANT DES OISEAUX de Albert Serra, SINGULARITE D'UNE JEUNE FILLE de Oliveira, TOKYO SONATA de Kurosawa... et du jazz chez Woody Allen avec WHATEVER WORKS.

BB

Top 15 de Sylvain Rivaud :

1. CORALINE - Bruno Coulais
2. THE BOX - Regine Chassagne & Win Butler (Arcade Fire)
3. JUSQU'EN ENFER (DRAG ME TO HELL) - Christopher Young
4. PONYO SUR LA FALAISE - Joe Hisaishi
5. PRÉDICTIONS (KNOWING) - Marco Beltrami
6. LES INTRUS (THE UNINVITED) - Christopher Young
7. LE DRÔLE DE NOËL DE SCROOGE (A CHRISTMAS CAROL) - Alan Silvestri
8. RICKY - Philippe Rombi
9. THE READER - Nico Muhly
10. LA-HAUT (UP) + STAR TREK - Michael Giacchino
12. THE INFORMANT - Marvin Hamlish
13. DANS LA BRUME ELECTRIQUE - Marco Beltrami
14. TWILIGHT: NEW MOON - Alexandre Desplat
15. DISTRICT 9 - Clinton Shorter

+ Meilleur score sorti en import : THE KILLING ROOM de Brian Tyler (film non sorti en France en 2009).
+ Meilleur album de chansons et/ou musique préexistante dans un film : WATCHMEN de Zack Snyder (avec Bob Dylan, Simon & Garfunkel, Janis Joplin, Philip Glass, Leonard Cohen, etc).

CORALINE s'impose clairement comme le chef d'œuvre de l'année par son inventivité, son audace. Bruno Coulais s'est déjà révélé il y a quelques années comme un compositeur très doué pour le film d'animation, micro-révolutionnant le genre avec L'ENFANT QUI VOULAIT ETRE UN OURS, partition malheureusement resté inconnue du grand public. En parallèle du très beau BRENDAN ET LE SECRET DE KELLS (autre partition pour l'animation signée Coulais en 2009), CORALINE n'est qu'un prolongement de ce travail, plus mûr et plus dingue encore, et lui permet une reconnaissance internationale. C'est surtout une petite révolution en soi si l'on considère que la réussite de cette partition est la fusion d'expérimentations sonores, de mélodies portées par l'orchestre symphonique et de la voix. C'est aussi une forme d'aboutissement pour Coulais, qui signe ici, outre sans doute le meilleur score de sa déjà brillante carrière, une forme de synthèse de son style. Espérons qu'il ne s'arrête pas en si bon chemin et que ce qui nous semble être un sommet n'est qu'une nouvelle étape dans la progression de son univers musical, plus riche que jamais. D'une certaine manière, RICKY de Philippe Rombi est aussi une sorte d'accomplissement pour le compositeur, alliant également écriture mélodique et écriture contemporaine avec un raffinement certain. Il signe sans doute aussi en 2009 sa meilleure musique de film.

De son côté, l'américain Christopher Young confirme qu'il est le maître absolu de l'angoisse au cinéma. S'il reste encore cantonné au film de genre (un genre dans lequel il s'enferme cependant en toute conscience et avec un plaisir avoué), la qualité de son écriture et de ses mélodies restent sans égal. Lui aussi parvient plus que jamais à fusionner à la perfection mélodies et expérimentations sonores délirantes, au service de l'effet cinématographique maximum. Dans son genre, on peut dire que c'est un compositeur de l'extrême.

Dans un registre similaire (l'angoisse et la paranoïa), il convient de citer la partition de Marco Beltrami pour PRÉDICTIONS d'Alex Proyas, où le compositeur s'inspire d'un motif du PSYCHO d'Herrmann pour créer une angoisse latente et oppressante, qui participe pour beaucoup à l'impact du film. Mais l'une des grandes claques de l'année nous vient non pas d'un maître installé, mais de deux musiciens issus du rock : Win Butler et Régine Chassagne, leaders du groupe canadien Arcade Fire. Ceux-ci composent pour THE BOX de Richard Kelly un brillantissime score de 80 minutes pour orchestre et choeurs avec une forte influence des thrillers paranos des années 70 et des partitions d'Herrmann, Goldsmith, Williams et Shire. Une énorme révélation malheureusement restée confidentielle dans le petit monde des béophiles car le score n'a pas eu les honneurs d'une édition CD, pas même d'une édition numérique, probablement pour des raisons de droits (Arcade Fire étant lié au label Merge) ou pour éviter une sortie trop rapprochée du prochain album du groupe. Etant donné que THE BOX a été peu vu au cinéma (la faute à une distribution confidentielle), c'est peu dire que cette partition est demeurée inaperçue... A tort.

D'autres maîtres confirment néanmoins qu'en 2009 ils sont encore présents et plus inspirés que jamais. C'est le cas du japonais Joe Hisaishi qui signe avec PONYO un score symphonique d'une richesse inouïe, inspiré des Walkyries de Wagner tout en restant profondément personnel. Il réitère vingt ans après TOTORO le coup de la chansonnette de fin qui trotte dans la tête de tous les enfants... et de leurs parents. Un sacré coup de maître. Aux Etats-Unis, Alan Silvestri déçoit avec LA NUIT AU MUSÉE 2 et G.I. JOE mais s'impose toujours comme un grand maître auprès de Zemeckis, son cinéaste de prédilection avec LE DRÔLE DE NOËL DE SCROOGE. Michael Giacchino continue également ses collaborations avec Pixar (délicat et inspiré LA-HAUT) et J.J. Abrams (avec l'épique STAR TREK et son thème héroïque réussi). Dans un genre plus intimiste, Brian Tyler (oui oui, le compositeur de FAST & FURIOUS !) approfondit son travail sur les atmosphères et les sonorités entamé sur BUG de William Friedkin en 2007 avec une partition de thriller psychologique étonnante, THE KILLING ROOM, aux sonorités fascinantes, avec des nappes rappelant les cordes d'outre-tombe de Maurice Jarre sur L'ECHELLE DE JACOB. Le film n'est pas encore sorti en France et le disque n'est sorti qu'en édition limité aux Etats-Unis (où il est d'ores et déjà épuisé) et c'est bien dommage, car c'est sans aucune doute l'un des meilleurs scores de Tyler.

Parmis les révélations de l'année, on a surtout retenu la partition de l'anglais Nico Mulhy pour THE READER de Stephen Daldry, et le score efficace de Clinton Shorter pour DISTRICT 9.

SR

Et toujours des rééditions sur un plateau d'argent

Du point de vue strictement discographique, l'année 2009 aura été comme 2008 une prestigieuse année en matière de rééditions en CD de perles de la musique de film. De nombreuses partitions inédites ou oubliées de Jerry Goldsmith retrouvent une nouvelle vie (IN HARM'S WAY, INNERSPACE, TWILIGHT ZONE THE MOVIE), et parmi les plus emblématiques d'entre elles, celle qu'il a composé en 1962 pour FREUD de John Huston. Une partition phare du maître (l'une de ses premières et parmi les plus avant-gardistes de l'époque), annonçant les expérimentations futures de LA PLANÈTE DES SINGES et d'ALIEN. Et tandis que James Horner fait l'actualité de la fin 2009 avec AVATAR, la réédition de certains de ces vieux titres nous rappellent à quel point il fût un compositeur prolifique et important dès le début des années 80. Il avait ainsi succédé à Goldsmith sur la saga STAR TREK signant en 1982 STAR TREK II : LA COLÈRE DE KHAN, partition symphonique inspiré et richissime que le label américain La-La Land nous permet de redécouvrir aujourd'hui avec un double-CD bien fourni (et ça tombe bien, le CD d'origine commençait à se faire rare). Les sorties des scores inédits de James Horner pour CHÉRIE, J'AI RÉTRÉCI LES GOSSES (1989) ou de LA FOIRE DES TÉNÈBRES (1983) montrent également à quel point l'oeuvre d'Horner fascine encore les passionnés de BO.

D'autres éditions ou rééditions en CD de partitions de maîtres reconnus ont vu le jour en 2009, comme HANOVER STREET de John Barry, THE BLACK STALLION RETURNS de Georges Delerue, TIME AFTER TIME de Miklos Rozsa, THE BIG SLEEP de Jerry Fielding, ainsi que des versions "expanded" de MARS ATTACKS (Danny Elfman) et de THE FUGITIVE (James Newton Howard).

Egalement, une réédition de la musique culte de Lalo Schiffrin pour BULLIT (1968) vient compléter en 2009 les éditions CD existantes. Sauf qu'ici, ce n'est pas n'importe quel label qui s'y colle, mais le vénéré Film Score Monthly, réputé pour le soin irréprochable apporté à ses CD et à ses livrets. Autrement dit, la version CD ultime d'une musique mythique. Cela ne se refuse pas.

Enfin, parmi les scores jusqu'ici inédits en CD, celui composé par Alan Silvestri en 1985 pour RETOUR VERS LE FUTUR faisait figure depuis 25 ans d'arlésienne. On a aujourd'hui du mal à croire que la musique de ce film culte n'avait jamais connu d'édition intégrale en CD (il n'existait jusqu'alors qu'un album avec des chansons). Le mal est désormais réparé grâce au label Intrada qui gratifie les fans d'un double-CD contenant l'intégralité de la musique entendue dans le film (hors chansons !), mais aussi les musiques démos de la première version composé par Silvestri (plus sombre) avant que Spielberg n'exige un score plus ludique. Une édition emblématique de l'intérêt qu'apportent les rééditions sur certains pans de l'histoire de la musique de film, que l'on peut ainsi toujours remettre en perspective avec les sorties actuelles. Un effort que l'on doit aux principaux labels de rééditions de musiques de films que sont Intrada, La-La Land, Varèse Sarabande et Film Score Monthly, et qu'il est toujours bon de mentionner dans nos bilans afin de soutenir l'action de ces labels indépendants malgré la crise du disque qui fait rage.

A ce propos, il est d'ailleurs assez étonnant, pour ne pas dire alarmant, de constater à quel point l'industrie du disque spécialisé en musique de film s'oriente de plus en plus vers les rééditions et de moins en moins vers les éditions de nouveautés. A vrai dire, aux Etats-Unis, seul le vétéran Varèse Sarabande assure encore cette tâche (avec les prises de risques que cela incombe), en dehors des labels affiliés aux studios (tels que Warner, New Line, Disney, etc). D'ailleurs, l'intérêt des béophiles purs et durs est lui aussi de plus en plus orienté vers les rééditions, et donc vers le passé. Est-ce un simple effet de nostalgie ou s'agit-il d'un réel défaut qualitatif des partitions de 2009 qui amène les amateurs de BO à préférer l'ancien au nouveau ? Il s'agit là d'un débat qui peut durer longtemps, et cet article n'a pas pour objet d'orienter qui que ce soit à écouter plutôt l'un ou l'autre, bien au contraire : une "oreille tout terrain" aura sans doute davantage de capacités à trouver plaisir dans les rééditions comme dans les nouveautés pour peu qu'on tente d'écouter un peu de tout. C'est aussi ça le bonheur de la musique de film : elle n'a pas de frontière, peut-être électronique ou symphonique, sombre ou ludique, rythmée ou poétique... pourquoi pas tout cela à la fois, même. Mais il ne faut jamais oublier une chose : le plaisir avant tout.

Sylvain Rivaud
par la rédaction de Cinezik.org - Publié le 17-01-2010

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