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Rock et Cinéma
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- Publié le 16-06-2010
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Le flirt entre rock et cinéma démarre vers la fin des années 50 avec des fictions érigeant les musiciens en mythe vivant, tel Elvis, puis l'univers rock irrigue les champs du docu ("Year of the Horse"), du biopic ("Control"), de la fiction avec ses acteurs ("Coffee and Cigarettes"), ses BO ("Rocky horror picture show"), et ses compositeurs ("Zabriskie Point").

Le flirt entre rock et cinéma démarre vers la fin des années 50 avec des fictions érigeant les musiciens en mythe vivant

Hollywood voit dans cette association un moyen d'intéresser la jeunesse à ses productions tandis que les studios de musique cherchent à capitaliser l'image d'un groupe. Entamée en 1957 avec "Jailhouse Rock" de Richard Thorpe, la carrière d'Elvis Presley ne comporte pas moins de 31 apparitions au cinéma en douze ans...
En 1968, les Beatles conçoivent un dessin animé adapté de leur album "Yellow Submarine". La même année, ce sont Les Monkees qui habillent musicalement "Head" de Bob Rafelson, film culte surréaliste. En 1971, Frank Zappa joue et réalise "200 Motels" lors d'une tournée de son groupe "Mothers of Invention". En 1975, Ken Russell tourne le film psychotrope "Tommy" avec les Who, Tina Turner, Jack Nicholson, qui raconte l'histoire improbable d'un jeune homme sourd, muet et aveugle qui devient un maître du flipper et une idole messianique pour des adeptes sous acide.
Les Bee Gees, quant à eux, pillent les Beatles et sortent "Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band" en 1978. Le film restera comme le plus grand flop du genre. Toujours influencé par les Beatles et toujours en 1978, Eric Idle des Monty Python forme les Rutles et propose le téléfilm "All You Need Is Cash", film parodique dans lequel George Harrison ou Mick Jagger font des apparitions. Ce film déplut aux Beatles qui intentèrent un procès au compositeur pillant leur musique. Allan Arkush met les Ramones à l'honneur dans "Rock'n'roll Highschool" qui raconte la rébellion de lycéens contre l'administration de leur lycée afin d'obtenir le droit d'écouter du Rock n' roll.
Plus tard, en 1982, les Pink Floyd tiennent l'affiche de "The Wall" d'Alan Parker, reprenant le titre d'un de leurs albums. Sans doute le plus abouti de tous les films musicaux, il conte la chute d'un musicien et illustre métaphoriquement les dangers du fascisme.

Non seulement l'univers rock irrigue le champ de la fiction mais il fournit aussi la matière de nombreux documentaires.

 Dans "Year of the Horse" (1997), Jim Jarmush a, par exemple, filmé Neil Young en tournée avec son groupe Crazy Horse. L'historique concert de David Bowie pour son album "Ziggy Stardust" a donné naissance à "Ziggy Stardust and the Spiders from Mars" (1973). Martin Scorsese, quant à lui, a filmé Neil Young, Ringo Starr, Van Morrison et Bob Dylan dans "Last waltz" (1978) pour le dernier concert d'un groupe de fiction, le réalisateur fera de même en 2008 avec "Shine a light" avec les Rolling Stones. Ces derniers font l'évènement à Cannes en 2010 avec le docu ""Stones in Exile" et le retour sur la croisette de Mick Jagger. 2010 est marqué également par le premier documentaire de Tom DiCillo (chef opérateur de Jarmush) sur les Doors (When you're strange). Fiction et documentaire s'entrecroisent dans "This is Spinal Tap", réalisé par Rob Reiner en 1984, un faux groupe (crée pour la circonstance) joue dans un vrai documentaire. En 2007, nous avons pu voir deux docs de Julien Temple, "Glastonbury" sur le célèbre festival rock londonien, et "Joe Strummer" une biographie du défunt chanteur des Clash.

Du documentaire à la biographie, il n'y a en effet qu'un pas.

"Sid and Nancy", réalisé par Alex Cox en 1986, est un portrait morbide de Sid Vicious, bassiste des Sex Pistols incarné par Gary Oldman, et "The Doors", dirigé en 1991 par Oliver Stone, est le biopic du groupe mythique mené par Jim Morrison, qu'incarne ici Val Kilmer dans une incroyable prestation. Les Beatles ont aussi leur film, "Quatre garçons dans le vent" ("Backbeat" dirigé par Iain Softley) tandis que le cinéaste anglais Michael Winterbottom s'intéresse en 2002 dans "24 Hour Party People" au label Factory Record dont faisait partie Joy Division. C'est d'ailleurs sur le chanteur de ce groupe de Cold Wave, Ian Curtis, que se concentre le photographe Anton Corbijn en 2007 avec "Control".

Des films proposent aussi des évocations du rock.

Le comédien Tom Hanks réalise en 1996 "That Thing You Do" sur un groupe de Pennsylvanie dans les années 60, Milos Forman traite du Vietman par la musique dans "Hair", "Hedwig and the Angry Inch" de John Cameron Mitchell relate le parcours d'un transsexuel dans la tournée berlinoise de son groupe, "Velvet Goldmine" (Todd Haynes, 1998) convoque le glam rock et les figures d'Iggy Pop (évoqué par Ewan McGregor) ou de David Bowie vécues du point de vue d'un journaliste anglais. Même Jean-Luc Godard s'essaie au genre avec "One+One" (1969), un documentaire sur la contre-culture des années 60 où l'on aperçoit Mick Jagger, Keith Richards, Brian Jones, Bill Wyman, Charlie Watts, Marianne Faithfull (le cinéaste français a fait jouer la rockeuse Patty Smith dans son dernier film "Film Socialisme" où on l'a voit sur un bateau avec sa guitare). Gus Van Sant livra en 2005 avec "Last Days" une évocation des derniers jours de Kurt Cobain. En 2010, "Bus Palladium" évoque en fiction l'existence et la vie agitée autour du célèbre club parisien.

Certains films n'ont de rock que leur interprète.

On peut ainsi croiser Iggy Pop ou Tom Waits chez Jim Jarmush ("Coffee and Cigarettes"), Chris Isaak ("Twin Peaks") ou Sting ("Dune") chez David Lynch. Si jamais on admet que Johnny Hallyday fait du rock, il est un exemple de chanteur reconverti en acteur (de "L'Homme du train" à "Vengeance"). De même, on croise aussi Alain Bashung et Arno dans "J'ai toujours rêvé d'être un gangster". Ce ne sont pas les exemples qui manquent.

Le genre cinématographique de la comédie musicale s'intéresse très vite au rock.

"Fame", "Grease", "Hairspray", "Cry-Baby", "Rocky horror picture show", "Jesus Christ Superstar"... D'un film à l'autre, les recettes varient peu, si ce n'est la bande-son.

Enfin, les artistes de rock composent pour le cinéma des bandes sons originales.

Ainsi, les Pink Floyd composent pour le cinéaste italien récemment disparu Michelangelo Antonioni pour "Zabriskie Point", Sonic Youth pour "Demonlover" de Olivier Assayas (et un premier film en 2010, "Simon Werner a disparu"), ou Bono des U2 pour "Clean" du même réalisateur. Peter Gabriel compose pour Martin Scorsese "La Dernière tentation du christ". John Cale du Velvet Underground a composé pour Philippe Garrel ("Le Vent de la nuit") ou Xavier Beauvois ("N'oublie pas que tu vas mourir"). Le cas exemplaire fut l'improvisation de Neil Young sur les images de "Dead Man" de Jim Jarmush. On peut également citer : "StoryTelling" (Belle & Sebastian), "CQ" (Mellow), "Trouble Everyday" (The Tindersticks), "Stigmata" (Billy Corgan), "The Proposition" ou encore "L'assassinat de Jesse James par la lâche Robert Ford" (Nick Cave), "Sombre" (Alan Vega). Les exemples se sont accrus ces dernières années, avec la partition remarquée de Jonny Greenwood (bassiste de Radiohead) sur "There Will be blood" ou celle de Arcade Fire sur "The Box" en 2009. En 2010, les Hey Hey My My, groupe français, composent "Huit fois de bout" et Olivier Dahan demande à Bob Dylan de composer son film "My own love song" (le songwriter avait pu s'exercer sur un western "Pat Garret et Billy the kid").

Benoit Basirico
- Publié le 16-06-2010

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