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Compositeurs

Eric Serra : Les 25 ans du GRAND BLEU à Cannes
Rencontre

- Publié le 24-05-2013
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Eric Serra est venu au Festival de Cannes pour un concert sur la plage avant la projection du GRAND BLEU. Il se souvient devant notre caméra de cette aventure auprès de Luc Besson.

 

Voir notre news :  23 mai 2013 / Cannes :Eric Serra en concert au cinéma de la plage

 

Interview Eric Serra

Cinezik : Quel est votre souvenir sur l'élaboration du GRAND BLEU aujourd'hui ?

Eric Serra : Je ne me pose jamais vraiment de questions conceptuelles. J'écris ce que je ressens et à l'époque de ce film, c'est ce que j'ai ressenti. Particulièrement pour le GRAND BLEU, on était tellement dedans, immergé, c'est le cas de le dire dans cette histoire. C'était trois ans de notre vie, réellement, incluant le fait d'aller plonger, de s'entraîner en apnée à rester le plus longtemps possible sous l'eau. C'était trois ans de notre vie consacrée au GRAND BLEU, donc je ne me suis pas vraiment posé la question. J'écrivais ce que je ressentais. Mais je travaille toujours comme ça de toute façon. J'écris à l'émotion, je ne sais pas écrire autrement. 

Il était question d'une partition symphonique au départ ? 

E.S : Oui, il était question à l'origine de faire un score symphonique. Quand Luc me parlait du film, avant de le faire, il pensait au cinéma de Spielberg et Lucas… tous les films que l'on adorait à l'époque. Il fallait donc de la musique symphonique. J'étais un peu terrorisé évidement car je n'avais jamais fait ça de ma vie, mais du coup je me suis plongé dans la musique symphonique. J'en écoutais trois heures par jour au casque, les yeux fermés, je faisais mon éducation symphonique en accéléré, intense et concentré. Je m'étais focalisé sur quatre morceaux principalement, il y avait "Daphnis et Chloé" de Ravel, "Petrouchka" de Stravinsky, "Musique pour cordes, percussions et célesta" de Bartok et "L'Après-midi d'un faune" de Debussy. Vraiment, j'écoutais trois heures par jour, au casque, les yeux fermés. Plus j'écoutais, plus j'entendais les moindres détails. C'était génial pour moi qui n'avais aucune culture classique. Au bout d'un moment, quand vraiment j'entendais absolument tout, j'ai acheté les partitions d'orchestre pour essayer de décrypter. Quand il y avait une couleur qui me plaisait particulièrement, j'essayais de retrouver le passage dans le score. Cela me prenait un temps fou parce que je lis extrêmement mal. Quand je retrouvais le passage, cela me permettait de comprendre comment cela était fait. Et finalement, au dernier moment, Luc a changé d'avis. Un jour, il est venu me voir en me disant qu'il avait réfléchi, que la musique symphonique, ce n'était pas pour nous, ce n'était pas notre culture. On écoutait la même musique tous les deux, on écoutait de la pop, du jazz rock, le groupe Weather Report, ou bien Sting, Police. Luc m'a donc dit qu'on allait faire ce genre de musique. J'étais un peu soulagé quelque part parce que je n'en menais pas large, et en même temps un peu frustré parce que je m'étais préparé. Mais ces trois ans d'immersion dans le classique et dans le symphonique a complètement changé ma façon d'écrire. Avant j'avais fait SUBWAY, dont la musique était très connotée "groupe de rock",  et à l'époque je ne savais pas écrire autrement. Pour moi, quand j'écrivais, c'était une partie de basse, une partie de batterie, une partie de clavier, ce que je connaissais. Là du coup, j'ai écrit totalement différemment, même ce qui est relatif aux percussions. Je ne le pensais plus comme un batteur en train de jouer, je le pensais comme différents éléments sonores, peut importe si c'était jouable ou pas. Et cela, c'est vraiment l'écriture symphonique qui me l'a amené, j'ai appris à ne plus penser à une personne en train de jouer. 

Quelle a été l'inspiration pour écrire la musique du GRAND BLEU ? 

E.S : Le premier contact que j'ai eu avec ce film a été un documentaire sur Jacques Mayol à propos de son record d'apnée à 505 mètres que Luc m'avait demandé de regarder. J'étais bouleversé de voir ce que cet homme faisait, Jacques Mayol, et les commentaires qu'il en faisait (il y a sa voix off sur les images). C'était magnifique parce que c'est à la fois beau, sportif évidement, mais aussi très spirituel, zen. Après, j'ai voulu faire l'entrainement d'apnée moi aussi, je voulais connaitre cette sensation. La préparation technique pour faire ce que faisait Jacques Mayol, c'est purement et simplement du yoga de respiration pour arriver à se détendre au maximum, à ralentir son coeur. C'est ce qui a déclenché cette musique. Parfois, on me dit que c'est ce que j'entendais sous l'eau mais c'est faux, je ne l'ai pas entendu sous l'eau mais c'est ce que cela a généré. Je compose émotionnellemment à 100%, ce sont forcément des choses que j'ai ressenties, qui après une curieuse alchimie à l'intérieur de mes neurones se transforment en musique. Quand on est au fond de l'eau pendant 2 minutes 30, c'est une sensation qu'on ne connait pas ailleurs. C'est à la fois très zen, mystérieux, et un petit peu angoissant. En tout cas, c'est une sensation forte. Je me suis posé la question de quelle musique j'allais faire pour ça. Je n'ai jamais trouvé la réponse sur le moment, je n'ai eu aucune idée sur le moment. Mais par contre je sais qu'après quand j'ai écris, cela est venu tout seul.

Jouer en concert LE GRAND BLEU (comme vous l'avez fait le 23 mai sur la plage du Festival de Cannes) demande un travail d'adaptation ?

E.S : Je joue avec mon groupe en concert toutes mes musiques de films. On a tout adapté effectivement pour le groupe totalement librement. Pour LE GRAND BLEU, les morceaux que l'on joue sont assez proches des originaux. Par contre à l'inverse, je prends l'exemple le plus extrême, celui d' ARTHUR ET LES MINIMOYS. L'original est purement symphonique, on l'a donc adapté pour le groupe. Pour LEON, on joue un medley de plusieurs thèmes du film dont on a fait un morceau de scène, ce qui n'a donc plus vraiment de rapport avec l'original, si ce n'est les thèmes que l'on reconnait très clairement. Cela dépend des morceaux. On a adapte avec mon super groupe de tueurs à gages. (rires)

Ce groupe, RXRA, a un album en prévision ?

E.S : Oui, il y a un album qui est en préparation. J'ai en ce moment quelques vacances côté cinéma, ce qui ne m'était pas arrivé depuis pas mal de temps. J'en profite pour essayer de faire un album pour ce groupe, pour justement essayer de déclencher un peu des concerts, et puis pour avoir des nouvelles choses à jouer. Mine de rien, ça fait quand même un petit moment que le groupe existe, et que l'on joue un peu toujours la même chose. On a envie de nouveautés. On pourrait évidement encore adapter de la musique de films, parce qu'il y en a quelques-unes, mais j'ai aussi envie qu'il y ait de nouvelles choses un peu différentes. 

Interview réalisée à Cannes le 22 mai 2013 par Benoit Basirico

 

 

- Publié le 24-05-2013

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