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Riz Ortolani, un succès encore actuel
Rencontre

- Publié le 03-11-2013
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Riz Ortolani est, après Morricone, le compositeur italien le plus prolifique des années 60/70, réputé pour la musique du film gore CANNIBAL HOLOCAUSTE, encore fidèle aujourd'hui à Pupi Avati. On a pu l'entendre recemment chez Tarantino et Refn. Il recevait en octobre 2013 un prix aux World Soundtrack Awards pour l'ensemble de sa carrière. C'est là, à Gand, que nous l'avons rencontré durant une vingtaine de minutes qui nous était accordée.

Interview Riz Ortolani

Cinezik : Préférez-vous écrire une musique à partir du scénario ou avec les images du film ?

Riz Ortolani : Chaque film est quelque chose de nouveau. Chaque film a son style. Pour chaque film on doit s'investir. On apporte ce qu'a voulu le réalisateur, je suis un collaborateur. Je travaille une fois le film terminé, quand le montage est fini. Je suis le dernier à intervenir avec la musique, parce que souvent des choses sont coupées au montage, ce qui perturberait le fil de la musique.

Pendant la seule année 1970, vous avez travaillé sur 12 films. Comment est-ce possible de composer des musiques pour autant de films ? 

R.O : C'est la routine. Je l’ai fait par habitude. Ce n’était pas facile, j’ai beaucoup travaillé,  mais j'y suis parvenu. 

Dans CANNIBAL HOLOCAUST, il y a un contraste entre le genre du film qui s’inscrit dans le gore, l’horreur, et votre musique plutôt apaisée. Etait-ce une intention de votre part ou était-ce celle du réalisateur ? 

R.O : Ce n'est pas léger, la musique a un aspect dramatique, avec plusieurs effets électroniques. J’ai aussi employé des cordes dissonantes pour instaurer une autre instrumentation qui participe à la puissance de cette bande originale.

Il y avait très peu de dialogues et beaucoup de musique. La musique est une part importante du film. C’était un vrai succès. On en parle encore aujourd'hui. En fait, tous les films pour lesquels j’ai travaillé dans les années 60/70 sont encore demandés, et les musiques que j’ai écrites n’ont pas vieilli.

Aujourd’hui, vous travaillez toujours avec Pupi Avati. Quelles sont les spécificités de cette collaboration ? 

R.O : Il a un style précis. Je sais quel type de musique il veut. C'est une musique qui ne met pas en oeuvre un grand orchestre, mais qui est principalement axée sur le thème du film. J’ai fait 25 ou 26 films avec lui, donc je connais son style, il aime le jazz, il a pratiqué en amateur la clarinette dans sa jeunesse. J’ai appris à connaître ce qu’il aimait, ses goûts musicaux. Il se limite à une structure thématique. C’est très différent de ce que voulait Damiano Damiani par exemple, qui aimait les grandes orchestrations avec une grande variété de couleurs de l'orchestre. Damiani abordait différents sujets, plus politiques. C'était autre chose. Quand j’ai travaillé sur MA QUANDO ARRIVANO LE RAGAZZE ?, Pupi Avati m’a demandé de faire une partition plus sophistiquée, plus américaine, alors j'ai choisi un thème "cool jazz" avec une trompette et des cordes pour un effet plus classique, plus transparent, ce qui a donné un fort effet à ce thème. 

Que pensez-vous de l’utilisation de vos musiques dans les films de Quentin Tarantino (Django Unchained, Inglorious Basterds) ? Avez-vous vu les films ? 

R.O : C’est un grand honneur pour moi. Quentin Tarantino a toujours utilisé mes musiques dans ses films, et parfois de films peu connus. Lorsque j’ai écrit la musique en 72/73, personne n’a vraiment porté attention à ce que je faisais. Mais Tarantino a compris que c'était très moderne et dissonant. J'ai écrit cette musique il y a plus de 20 ou 30 ans mais j'étais toujours à la recherche de nouveautés dans la construction, la couleur instrumentale, je changeais souvent de genre.  

Nicolas Winding Refn a aussi utilisé une de vos compositions pour DRIVE...

R.O : Dans le film DRIVE, il y a une chanson que j’ai écrite en 72, “Oh my love”, qui s’était vendu dans le monde entier à plus de 12 millions d’exemplaires. Le réalisateur adorait ce morceau avant même de faire le film. Il s'était dit : “Quand je ferais un film, j’utiliserai cette musique”. Il l’a donc placée au milieu du film, très sobrement, sans effet, sans dialogues. Aujourd’hui, la chanson que j’ai écrite est connue dans le monde entier, et chantée partout. Ce titre est d’ailleurs chanté par ma femme, Katina Ranieri, qui a chanté beaucoup de mes chansons. 

Interview réalisée à Gand le 19 octobre 2013 par Benoit Basirico
Dans le cadre des World Soundtrack Awards
Traduction : Sylvain Basirico et Floriane Jenard
- Publié le 03-11-2013

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