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Jean Charles Hue (réalisateur de MANGE TES MORTS)
Cannes

- Publié le 22-05-2014
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Le réalisateur Jean-Charles Hue indique les choix musicaux de MANGE TES MORTS (Quinzaine des réalisateurs, Cannes 2014), présente son compositeur Vincent-Marie Bouvot, et évoque Ennio Morricone.

Interview Jean Charles Hue
MANGE TES MORTS

Cinezik : De quelle manière avez-vous impliqué le compositeur Vincent Marie Bouvot sur MANGE TES MORTS ?

Jean Charles Hue : Je connais Vincent Marie Bouvot depuis deux ans. On parle du film depuis longtemps. J'ai pensé à lui, non pas parce que c'est un ami proche, mais parce qu'il a écrit pour la variété, au sens noble du terme, c'est la ritournelle. Il a une énorme culture musicale. Il peut me parler de tous les courants, qu'ils soient classiques ou non, et en même temps c'est un vrai amoureux de la variété. Il a tout un tas de vieux instruments que j'adore, qui viennent des années 60/70, avec des synthés, et les voyageurs jouaient là-dessus. Il me fallait quelqu'un qui ait un peu dans la peau la culture populaire, et qui n'ait pas tout le temps le besoin de trop bien faire. Je dirigeais mon film vers cette culture populaire, une culture populaire qui aurait tendance à disparaître, à être attaquée, rongée... cela touche entre autres le monde voyageur.

A quel moment est-il intervenu ?

J-C.H : Il a attendu d'avoir une bonne partie du montage pour commencer à travailler.

Il n'y a pas une musique de film dramatique au sens traditionnel...

J-C.H : On a essayé parfois, mais la greffe n'a pas pris. C'est moral ou esthétique, la musique ne devait pas être trop plaquée, il faut être juste, il y a une dimension réaliste. On ne peut pas dire n'importe quoi sur un monde qui existe. A chaque fois que l'on a gardé quelque chose au son, que l'on a gardé quelque chose à l'image, c‘était pour de très bonnes raisons.

Pourquoi le choix de cette musique élégiaque au moment de la traque policière ?

J-C.H : Il y a une percée dans le cinéma de genre à ce moment là. En même temps, ce n'était pas pour aller vers le cinéma de genre, c'était aussi pour raconter une histoire qu'on a vécue. Ce n'était pas qu'un désir de cinéma de genre, cette histoire fait vraiment partie de notre vie. Dans ce qu'on a vécu, on a eu des sensations qui n'étaient pas que la question du danger. Il y avait une forme d'épiphanie, même dans ce milieu dit de voyou. Toutes les vitres pétées après s'être fait tiré dessus, le vent qui s'engouffrait dans la voiture lancée à 300km/h, avec les policiers, les motards qui canardaient, là tu te dis "ok, je suis entre la vie et la mort". Et à ce moment-là, on a vu les étoiles dans le ciel et on s'est senti curieusement bien, quelque chose nous donnait la sensation de flotter, on était libéré d'avoir peur. Il fallait que le film relate ça. Ainsi, cette musique, qui joue d'ailleurs la carte du plan-séquence, s'élève.

Y avait-il comme référence une vraie musique religieuse pour que Vincent-Marie compose cette musique ou a-t-il eu carte blanche ?

J-C.H : Je lui ai donné des CD de musiques évangéliques, mais il m'a aussi beaucoup parlé de ses choix de musiques. Il voulait trouver le mi-chemin entre Ennio Morricone et quelque chose de planant, avec un instrument isolé qui donne un rythme et quelque chose de plus contemporain et synthétique. Il y a donc le western d'un côté avec Ennio Morricone, le polar, puis le côté synthétique plus contemporain, et l'élévation.

Enfin, il y a les chants religieux que vous avez vous-même écrits pour la scène finale du baptème...

J-C.H : C'est la partie qui m'intéresse le plus sur le sujet de la musique. Ces chants sont un peu grotesques, mais ils ont été écrits au premier degré. Une chose populaire frise parfois le grotesque. J'ai repris pour ces chants des paroles un peu transformées de chants évangéliques que j'aime bien, et Vincent Marie a re-composé dessus, aussi pour éviter que l'on ait des problèmes de droits.

En tant que spectateur, quelles sont les musiques de film qui vous intéressent ?

J-C.H : Je suis fan de certains Morricone. C'est incontournable. C'est comme Sergio Leone, aller aussi loin dans certains clichés que l'on pousse, que l'on tord, c'est énorme. Chez Morricone aussi il y a des moments populaires, il y a du peuple derrière, de la ritournelle. Dès qu'il y a de la ritournelle j'adore, cela peut être un petit air dansant dans un bar. J'aime le flamenco, j'aime le blues, j'aime les choses qui sont fabriquées par des gens qui ont commencé à 3 ou 5 ans. Ce n'est pas la meilleure musique du monde, mais c'était celle de ton père, de ta mère, tu ne rentres pas là-dedans, tu es dedans dès le début.

Propos recueillis à Cannes en mai 2014 par Benoit Basirico

 

- Publié le 22-05-2014

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