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Interview ROB (de BELLE EPINE à EPERDUMENT, en passant par MANIAC et MADE IN FRANCE).
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- Publié le 08-03-2016
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Le compositeur ROB évoque son parcours de BELLE EPINE (sa première BO et le début d'une collaboration avec Rebecca Zlotowski) à EPERDUMENT et MADE IN FRANCE, deux films sortis en ce début 2016. Il revient sur ses comédies et films d'horreur, et témoigne de son désir de cinéma. Rencontre dans le cadre de la participation mensuelle de Cinezik à l'émission "Vive le cinéma" de Aligre FM.

 Ecoutez l'interview au sein de l'émission de radio :

Cinezik : Vous avez joué dans un groupe de heavy metal à 14 ans, un groupe de funk à 16 ans, vous avez ensuite étudié aux Beaux-Arts de Paris (le visuel est entré dans votre vie)... Finalement la musique de film et son caractère éclectique est pour vous une manière de convoquer tous ces aspects de votre parcours ?

Rob : J'ai en effet un attrait pour la diversité, et l'expression sous toutes ses formes, et le cinéma s'y prête très bien. Que ce soit avec les films d'horreur d'Alexandre Aja ou le cinéma d'auteur de Rebecca Zlotowski, le grand écart entre les deux me fait énormément de bien. J'aime autant travailler sur une texture très sale et synthétique qu'avec un grand orchestre plus doux et grandiose. J'aime explorer toutes les directions possibles. La peinture et la gravure que j'ai pratiquées allaient dans ce sens là aussi.

A ce propos, vos partitions savent trouver le juste équilibre entre la texture et la mélodie... Que pensez-vous de la prédominance actuelle des atmosphères ?

R. : Avec les outils modernes, on est tellement capable de créer des textures nouvelles que c'est une grande tentation pour les réalisateurs de les utiliser dans les films. Ils peuvent faire appel non plus seulement au bruiteur pour créer des textures mais aussi au compositeur, c'est très tentant. Par exemple, Paul Thomas Anderson le fait avec Jonny Greenwood. J'aime être dans l'utilisation de la musique comme son et comme mélodie, être à cheval entre les deux. C'est comme si on ajoute une dimension à la musique. C'est très à la mode en ce moment en effet. Mais il est important de ne pas oublier la puissance mélodique dans un film, c'est ce qui assure la pérennité d'une musique de film.

Vous êtes aussi clavieriste pour le groupe Phoenix. Comment êtes-vous passé de la scène à l'écran ?

R. : Je ne viens pas vraiment de la scène, je dirais plutôt que je viens du studio. Pour la scène, Phœnix m'a embarqué pour quelques tours du monde par amitié, mais la place où je me sens bien est en studio avec les synthétiseurs, mon micro et mes enceintes. C'est là où j'ai l'impression de toucher au cœur de ce que j'ai à faire en musique. Mais c'est une telle joie de parcourir le monde avec ses meilleurs amis. Je profite du fait que ma musique personnelle ne me permettrait pas de jouer dans des stades remplis de fans. Profiter de cela avec mes amis de Phœnix est une joie et une opportunité que je ne manquerais pour rien au monde. Il se trouve juste que ma musique se vit plutôt dans l'intimité et se partage peu dans un espace public. Chacun son style.

Ensuite, je me suis rendu compte que pour vivre d'un travail musical discographique, il faut vendre la musique, c'est-à-dire avoir des contraintes de promo, avoir un single, devoir chanter, faire un show-case... Ma musique est introspective, très personnelle, sensible, et peut difficilement subir ce formatage, être dans les 3min30 réglementaires. Elle aime bien être soit très brève, soit au contraire s'étendre sur plusieurs dizaines de minutes. Donc rapidement, le cinéma a ouvert ses portes. C'est dans ce cadre-là, même sous la contrainte, que j'arrive le mieux à m'exprimer. Tout d'un coup, la collaboration avec un réalisateur, qui est donc un autre artiste qui me fait face, est fertile. En plus, j'ai un champ d'expression et de création encore plus large, car au lieu d'avoir un couplet et un refrain pour vendre la musique, il faut au contraire explorer de nouveaux sentiments, de nouveaux espaces, de nouvelles époques, de nouveaux personnages... C'est beaucoup plus vaste qu'une vie discographique.

Depuis toujours il y a un pont entre les artistes et le cinéma. Popol Vuh ou Tangerine Dream ont toujours trouvé face à eux des réalisateurs aussi inspirés qu'eux et qui étaient dans l'idée de l'expérimentation et de la recherche. Avec les réalisateurs avec lesquels j'ai travaillés, il s'agissait toujours d'une vraie collaboration entre artistes, c'est ce qui est précieux, ce que l'on trouve moins dans la pop music, à moins de faire un duo avec un autre chanteur ce qui est assez rare.

Vous venez de signer avec ÉPERDUMENT (sorti le 2 mars 2016) la musique d'une histoire d'amour en prison entre Adèle Exarchopoulos et Guillaume Gallienne...

R. : Ce qui est intéressant dans ce film, c'est qu'il y a un point d'interrogation derrière cette histoire amour. C'est beaucoup plus complexe et ambigu. S'agit-il vraiment d'une histoire d'amour ou d'une fourberie ? Est-ce une manipulation, Est-ce un amour réel ou empoisonné ? Il y a quelque chose d'extrêmement vicieux dans le film, d'assez dérangeant. Je pense que le casting dans ce qu'il a de spectaculaire a quelque chose d'intéressant dans cette confrontation un peu contre nature.

C'est la première fois que le réalisateur Pierre Godeau travaille avec un compositeur... Comment a t-il accueilli votre travail ?

R. : Il a été très accueillant, très doux, les premières musiques que j'ai composées lui ont plu instantanément. Tout ce que j'ai donné, toutes les premières inspirations, sont la musique du film. C'est idéal quand ça se passe comme ça. Mon intuition a été tout de suite bien reçue.

Vous appartenez à une génération de cinéastes qui aiment impliquer la musique dans leur film, c'est le cas de Rebecca Zlotowski...

R. : Il est très agréable de sentir qu'on grandit en même temps qu'un autre artiste. Le fait de se suivre et de se soutenir mutuellement, de vivre une expérience commune, c'est ce qui rend notre collaboration très forte avec Rebecca. Elle était à la Femis, il se trouve que ma femme aussi, c'est là-bas qu'on s'est rencontré. C'est là-bas que j'ai aussi rencontré Teddy Lussi-Modeste, un autre réalisateur avec lequel j'ai fait JIMMY RIVIÈRE (2011).

C'est une génération décomplexée. On est dans une ère de la jouissance, on n'hésite pas à utiliser les effets. On n'a pas honte de l'efficacité. Avoir des violons pour pleurer, ce n'est pas du tout désagréable finalement. Mais je suis par ailleurs un grand fan de Eric Rohmer, j'adore aussi l'absence de musique. Tout est intéressant, il faut juste savoir utiliser à bonne escient tous les effets.

Quelle a été la nature de cette collaboration avec Rebecca Zlotowski (BELLE EPINE, GRAND CENTRAL) ?

R. : On a travaillé ensemble à l'écriture du script. Dés la lecture on a commencé à parler de musique. Pour BELLE EPINE, je me souviens de longues conversations pour parler des sentiments, de ce que l'on ressent quand on est adolescent, ce que c'est d'être une jeune fille. Elle m'avait fait beaucoup écouter le groupe Suicide. On avait aussi évoqué le travail de Tangerine Dream pour "Risky Business". Pour GRAND CENTRAL, j'ai songé à cette centrale comme un décor près d'une rivière avec une grande falaise grise. Cela m'évoquait des temps anciens, quelque chose de très archaïque. Cela me faisait penser au fait de taper sur des bouts de bois ou de souffler dans un bambou, d'où le choix des percussions et de la flûte.

Etes-vous de la partie pour le nouveau film de Rebecca Zlotowski, PLANÉTARIUM, avec Nathalie Portman et Lily-Rose Deep ?

R. : Oui, je suis en effet sur ce film, j'y travaille même très activement ces jours-ci puisque je pars enregistrer l'orchestre à Abbey Road. Je suis très heureux de cette nouvelle collaboration avec Rebecca. Le film commence comme un film de fantômes avec des séances de spiritisme, puis plonge petit à petit dans une introspection, dans la découverte du cinéma, puis dans l'horreur de l'antisémitisme qui précède la seconde guerre mondiale.
Le film couvre donc des sentiments très vastes, très larges, avec un thème très actuel : comment savoir qu'on est à la veille d'une guerre.

La diversité de votre travail vous a mené vers la comédie (TRISTESSE CLUB, JE SUIS SUPPORTER DU STANDARD), comment avez-vous approché ce genre ?

R. : C'est très difficile une comédie. Quand on a la tristesse, on peut déverser un torrent d'émotion, mais quand on est dans le rire, c'est une mécanique très subtile qui est de l'ordre de l'horlogerie, à une seconde près on ne rit plus. C'est vraiment très délicat avec la musique. On a souvent à faire à des réalisateurs et des producteurs très angoissés, car une comédie qui ne fait pas rire est un échec. On a une équipe sous tension dés le tournage. C'est pour moi un exercice très pointu.

Pour les films cités, il s'agit à chaque fois de premiers long-métrages...

R. : C'est une joie de travailler sur un premier long, spécialement quand on a envie d'expérimenter des choses étranges. Je pense qu'on peut se permettre avec un premier long d'aller chercher des choses extrêmement originales. C'est ce que cherchent très souvent les jeunes réalisateurs de marquer quelque chose, d'avoir une empreinte forte. Mais ça n'a pas été si facile pour autant à faire accepter, il y a une sorte d'appréhension car un premier long représente beaucoup, des années d'espérance, donc chaque élément dans la création du film est source d'angoisse pour ces réalisateurs. Il a fallu être très psychologue, c'est une grande part du travail d'un compositeur de musique de film de rentrer dans les méandres du cerveau de ces réalisateurs.

Vous affectionnez l'utilisation de la voix dans vos partitions...

R. : C'est souvent l'instrument le plus chaud, le plus proche des émotions que l'on ressent tous. Mais c'est aussi une empreinte très très forte sur une image. C'est un personnage que l'on ne voit pas et qu'on ajoute, donc il faut vraiment y aller avec parcimonie. Une voix est très difficile à faire rentrer dans un film.

Et quelle est votre approche concernant les films d'horreur (MANIAC, HORNS...) ?

R. : Le film d'horreur est pour moi encore plus de liberté. Dans une comédie le réalisateur va avoir peur d'être trop sombre, ou trop fun si on est dans un drame. C'est la peur de trop ou pas assez. Alors que dans un film d'horreur, on peut y aller à fond ! C'est très agréable à produire. Et j'ai cet attrait pour les ombres, ce qui est sale, ce qui est mystérieux, ce qui rend mal à l'aise. C'est l'occasion de me laisser aller à mes penchants les plus immondes.

MANIAC (2012) était mon premier film d'horreur et très vite on s'est mis d'accord avec Alexandre Aja (producteur / scénariste) et Franck Khalfoun (le réalisateur) d'aller explorer l'intimité du héros qui est un assassin morbide, se mettre dans la peau de ce que peut ressentir un fou quand il décapite une jeune femme. C'était une expérience inoubliable.
Vous savez que cette BO est mon "hit", ma meilleure vente !

Avez-vous une référence en matière de musique de film ?

R. : La musique de "Carrie" (Pino Donaggio) est une musique que j'écoute quasiment tous les jours. Elle est pour moi le parfait équilibre entre effroi et sentiments romantiques.
Tangerine Dream ou Ennio Morricone sont des artistes qui me donnent toute leur saveur dans la collaboration avec un cinéaste mais qui en solo perdent la foi. Je suis un très grand fan de toutes les BO de Tangerine Dream, mais je n'arrive pas à écouter leurs albums personnels. Et je me demande si je ne suis pas un peu dans ce cas-là aussi.

Pour DANZA DE LA REALIDAD, vous avez apporté votre soutien à Adan Jodorowski...

R. : Adan est un ami. Il fait la musique des films de son père. C'était une grande joie de l'aider à trouver ses marques dans ce travail. On a donc travaillé ensemble dans mon studio. Mon rôle était un peu celui de "Producer" comme disent les américains, le prendre sous mon aile, lui dire où aller l'enregistrer, lui mettre les moyens techniques à disposition, mais pour la composition il n'a besoin de personne.

Enfin, terminons avec le film choc MADE IN FRANCE de Nicolas Boukhrief sorti uniquement en VOD en février 2016...

R. : Le film a de toute évidence un sujet fort. On était tous choqués non seulement par les événements de janvier et novembre 2015, mais aussi des évènements d'il y a cinq ans. La capacité d'oubli d'une société et d'un peuple est tellement rapide que quand on a travaillé pour ce film on était loin d'imaginer que la violence allait frapper de nouveau. C'est une intuition très juste que le réalisateur a eu de parler de ce phénomène, sans pour autant faire un film scandaleux, ce n'était pas sa volonté. Le film ne revendique aucun point de vue spécial, l'idée était juste d'en parler. Après les attentats, il fallait évidemment décaler la sortie, la promo était déjà lancée. Au moment des attentats, il y avait des affiches partout. La première campagne de promo était assez choc, avec la Tour Eiffel qui avait un de ses pieds remplacé par une Kalashnikov. La première volonté du distributeur était de jeter un pavé dans la mare. Pour des raisons évidentes, il fallait décaler la sortie, il était ridicule de jeter de l'huile sur le feu. Il fallait éviter tout malentendu sur le propos du film. Il aurait été immonde d'exploiter tout le bruit et toute l'émotion suscitée par les attentats pour faire de la promo.

En tant que compositeur, comment on se positionne face à un tel sujet ?

R. : Ce qui m'a séduit, c'est que le réalisateur a eu comme projet de faire un film de cinéma, qui se dégage d'une responsabilité de jugement et qui décide de faire un cinéma de genre. C'est sur ce terrain que nous nous sommes tout de suite entendus. On a donc joué la carte du film qui puisse être visible par tous les amateurs de cinéma de genre, tel un film d'action, un film noir. Après, il a fallu trouver la juste distance. On a juste affaire à des pauvres types qui sombrent, qui n'attendent qu'un gourou pour leur demander de faire n'importe quoi. Le film ne traite pas directement du djihadisme mais il traite d'un malaise de la jeunesse.

Propos recueillis à Paris le 7 mars 2016 par Benoit Basirico
Dans le cadre de l'émission "Vive le cinéma" sur Aligre FM. 

 

- Publié le 08-03-2016

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