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BARBARA (Cannes 2017, Un Certain Regard) / Mathieu Amalric : 'Improviser autour de Barbara un paysage musical'
#Cannes2017,

Texte et Propos recueillis par Benoit Basirico - Publié le 27-05-2017
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Mathieu Amalric a fait l'ouverture de Un Certain Regard avec son film sur la chanteuse Barbara. On la voit depuis les coulisses (en répétition, en confessions), dans un mélange entre les images d'archives et l'incarnation de Jeanne Balibar dans un va et vient entre Balibar et Barbara. Nous avons pu recueillir le témoignage du réalisateur par téléphone.

Un meta-biopic

Dans la lignée des films "biopics" présentés à Cannes (dont nous avions évoqué les différentes formes), celui-ci se démarque fortement par sa grande sincérité. A mi-chemin entre documentaire et fiction, le film est un puzzle avec l'agencement de différents points de vue : la chanteuse au travail, un cinéaste prépare un documentaire sur Barbara, sa comédienne se mettant dans la peau de la chanteuse... on assiste à la construction d'une incarnation, quasiment à une réflexion sur ce qu'est un biopic.

Les chansons racontent la vie de Barbara

Le film se construit à partir des chansons de Barbara pour ne jamais s'écarter de la poésie, c'est sa beauté, et ne pas être dans l'approche intellectuelle, car comme nous l'affirme Amalric, "Barbara n'était pas une intellectuelle, elle aimait la chanson populaire". Et c'est par ces chansons que des anecdotes sur sa vie émergent, dans une relation entre les paroles et la vie.

Mathieu Amalric : "Le cœur du récit, c'est la musique, la naissance des chansons. Elles racontent quelque chose de cette personne par sa musique et ses mots. L'idée était de trouver des dispositifs de fiction qui à chaque fois permettaient d'intégrer la musique sans que l'on soit dans une situation simplement d'un spectateur de concert. C'était très difficile. Par exemple, comment intégrer "Göttingen" alors que je voulais absolument qu'à un moment on apprenne que Barbara chantait cette chanson en allemand, et cela libérait Jeanne Balibar parce qu'en allemand elle pouvait avoir une écoute fraîche et non pas reprendre la chanson telle qu'on a l'habitude de l'entendre. Barbara a chanté une chanson "Les amours incestueuses" que personne ne connait. C'est une chanson qui raconte son thème de prédilection et dire que les amours incestueuses sont les plus belles, c'est choquant. On n'a pas besoin de faire une reconstitution où elle est violée par son père, comme dans tout biopic, c'est pris en charge par les paroles qui sont comme des dialogues. Les chansons sont un accélérateur de récit."

Jeanne Balibar joue une actrice qui joue Barbara

Les chansons sont interprétées tantôt dans leur version originelle par Barbara, tantôt par l'actrice. Ce travail vocal est impressionnant tellement parfois on ne sait plus qui chante.

Mathieu Amalric : "C'était un gros travail en amont. J'ai donné une vingtaine de chansons à Jeanne, c'était un choix très large, elle a travaillé beaucoup plus de chansons qu'elle n'en chante au final effectivement dans le film. Et pour le spectateur, il y a aussi le plaisir d'avoir la vraie voix de Barbara dans le film et non pas que celle de Jeanne. Comment faire pour qu'elle ne soit jamais en comparaison et en compétition, qu'elle ne soit jamais en situation déceptive, ce qui est forcément le cas dans un biopic normal où une actrice interprète une chanteuse, car on veut la vraie voix. Du coup, dans mon film, j'ai décalé la chose, je filme le personnage de Brigitte qui travaille à incarner Barbara. On accepte donc que le personnage essaie des choses, tourne autour, cherche, les gens n'ont pas pitié d'elle.

L'unité musicale

Au-delà des chansons, le cinéaste s'est entouré d'une équipe pour la direction musicale, pour donner une cohérence à l'ensemble. Non seulement Elise Luguern a supervisé les titres existants (parmi lesquels, en plus des titres de Barbara, nous trouvons Wagner, Dvorak, Couperin...), mais il y a aussi des improvisations musicales à l'accordéon de Vincent Peirani. Aussi, la mélodie d'un morceau de Barbara, "Je ne sais pas dire", s'inspire de "Humoresque" de Dvorak, et revient à plusieurs reprises dans le film, comme un thème, ce qui contribue à harmoniser un "récit".

Mathieu Amalric : "On entre dans le personnage à travers les harmonies musicales, grâce au travail avec Françoise Rondeleux avec qui Jeanne a travaillé le chant, mais ce travail va au-delà du chant. Elle a travaillé autour de Fauré, Schumann, avec le pianiste Vincent Leterme, sous la direction de David Neerman. C'est pour cela qu'au générique on a mis 'Druide vocal' et 'Recherches pianistiques', parce que l'idée du projet était d'improviser autour de Barbara un paysage musical".

 

Texte et Propos recueillis par Benoit Basirico - Publié le 27-05-2017

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