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Interview B.O : Tyler Bates, 300 (2008)
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Entretien réalisé le 12 mars 2007 par Xavier Ducamp. - Publié le 01-01-2007
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A l'occasion de la sortie en salles du film "300" de Zack Snyder, le compositeur américain Tyler Bates, de plus en plus demandé pour les plus gros projets de films de genre à Hollywood, a accepté de répondre à nos questions.

Cinezik : Lorsqu'on regarde votre filmographie, on remarque chez vous comme une certaine attirance pour les films deviants, dérangeants, hors normes (THE DEVIL'S REJECTS, SEE NO EVIL, DAWN OF THE DEAD, RATED-X, SLITHER… 300)…Est-ce pour la raison que ce genre de films vous permet de jouer les chimistes musicaux, et de développer ainsi de nouvelles sonorités ?

Tyler Bates : Oui, pour moi il n'y a aucun doute que c'est un aspect très attrayant de créer de la musique pour les films de genre. Franchement, je n'avais jamais écrit pour un véritable film d'horreur avant DAWN OF THE DEAD. Je n'ai pas vraiment cherché à faire des films d'horreur, mais l'opportunité de travailler avec Zack Snyder s'est présentée d'elle-même, ce en quoi je lui suis reconnaissant. DAWN OF THE DEAD a été une grande rupture pour moi. Mais maintenant que mes sensibilités musicales se penchent vers les aspects les plus sombres de la nature humaine, j'accueillerais volontiers un film où il n'y a pas des tas de cadavres ! (rires)

300 a un traitement graphique nouveau, tout comme SIN CITY (tous deux, des comics de Franck Miller), est-ce que vous vous êtes appuyés sur les comics pour composer, ou avez-vous travaillé à partir de rushs ou de scènes complètes ?

Je n'ai pas de connaissances très pointues en comic books, mais j'ai grandement apprécié l'oeuvre de Frank Miller et de plusieurs autres artistes que j'ai découvert tout au long du processus de création sur 300. Les « rushes » dont vous parlez étaient d'abord des scènes-test du film sur lesquelles j'ai pu travailler avant le tournage principal, et j'en suis content. C'est une manière intéressante de travailler. J'ai pu réaliser quelques expérimentations sur ce film-test initial de Zack pour la Warner Bros, qui était déjà une sorte de gigantesque pub pour mon travail avant même d'avoir écrit la majorité du score.

Vous entretenez des relations plutôt fructueuses avec certains réalisateurs (Zack Snyder – avec le remake de DAWN OF THE DEAD, puis 300, ou encore Rob Zombie – avec THE DEVIL'S REJECTS et prochainement le remake d'HALLOWEEN, puis celui de DAY OF THE DEAD) : est-ce davantage pour le fun ou plutôt pour le défi à relever, que vous vous attaquez à des films d'horreur mythiques ?

J'ai de la chance d'avoir forgé de bonnes relations avec Zack et Rob. L'un des nombreux intérêts à travailler avec eux est qu'ils ont tous les deux cette envie de faire des films vraiment personnels, de créer un style. Ceci présente un grand défi pour le compositeur parce qu'ils attendent de moi d'être constamment inventif à chaque étape du processus, ce que je trouve stimulant. J'apprécie toujours l'opportunité d'approfondir la portée musicale d'un genre particulier, d'essayer d'aller plus loin. Bien sûr ça ne se produit pas toujours, mais j'essaye de faire en sorte que ces musiques soient aussi uniques que la vision de ces films. Je serai toujours heureux de travailler sur n'importe quel projet de Zack ou de Rob parce qu'ils ont choisi de faire de l'art leur métier.

Dans 300, certains chants plaintifs font penser à des voix Bulgares, Orientales ou à des chœurs Russes, tandis que d'autres chants se rapprochent des complaintes Irlandaises : pourquoi ces choix musicaux, quand il s'agit de figurer la Grèce antique ? On ne peut s'empêcher de prendre pour référence des films comme GLADIATOR, TROIE ou KINGDOM OF HEAVEN …Quelle a été votre approche pour essayer de vous en démarquer musicalement ?

Mon approche musicale peut être considérée comme « différente » par défaut ! (rires). Je dois le dire, je ne suis pas terriblement excité à l'idée d'utiliser des instruments typiques définis par la culture et la géographie d'une région du globe. Pourquoi dire ce qui a déjà été dit ? 300 n'est PAS une interprétation littérale de la Grèce antique 480 avant J-C. C'est une bande dessinée. Mon but a été de créer un sentiment qui évoque et symbolise le lieu où se déroule l'histoire sans stéréotyper les personnages. La musique a été prévue pour être simple dans la forme, même si après une écoute plus attentive on peut y déceler des textures plus complexes. En revanche, mon emploi des percussions et des voix comme éléments musicaux de base correspond, je pense, à un aspect plus historique. Le parti pris mélodique peu raffiné est quant à lui intentionnel parce que l'aspect visuel du film, malgré toute sa beauté, illustre la cruauté de cette époque. Le récit de Dilios fournit également des éléments mélodiques au score qui semblent se diluer et se perdre une fois accompagné d'une mélodie plus évidente. L'utilisation d'instruments très mélodiques (comme les « French horns ») font du film quelque chose d'unique et de plus intemporel. J'ai senti que je pouvais me le permettre parce que c'est un roman graphique.

Avez-vous eu des contraintes imposées par Zack Snyder, ou vous a t-il laissé libre ?

Le fait d'être impliqué très tôt dans le développement du film m'a permis d'écrire pas mal de choses en amont du tournage, qui ont été utilisées pour le tournage. Zack est vraiment génial de me donner la liberté d'explorer mon imagination tout au long du processus. Dans le cas d'un film comme celui-ci, il commence par monter les images qui contiennent des plans avec fond bleu. Et bien que les effets visuels prennent une quantité de temps considérable à finaliser, le réalisateur est tenu de superviser le film pendant tout le processus. Ainsi, en plus de me donner une base avec la « musique temporaire » pour m'aider à cerner le développement dramatique, il me raconte les moments du film qui manquent à l'image alors que les effets visuels ne sont pas finalisés. Parfois, avec le temps, on s'habitue à la musique temporaire, on peut avoir une sorte d'affinité avec elle. Mais je dirais qu'à 98 % dans ce film, je suis parvenu à la supplanter entièrement. Cela prend un peu de temps de sevrer un réalisateur et tous ceux impliqués dans la création du film des quelques morceaux de la musique temporaire. Mais parfois vous manquez de temps. C'est une question à laquelle tous les compositeurs de cinéma font face de temps en temps. Le plus important est de cerner chaque détail du projet avec un vrai sens artisitique et un vrai respect pour la vision du réalisateur.

Dans 300, on ressent plus des thématiques d'atmosphère ou de situation plutôt que des thématiques attachées à des personnages comme c'est souvent le cas dans les films « Hollywoodiens » : pourquoi ce choix ?

A-t-on réellement besoin d'un « thème des Spartiates » versus le « thème de Xerxes » ? Personnellement, je trouve que cela minerait le film. Le film ne joue pas sur le même terrain que les autres productions aux concepts plus conventionnels. Néanmoins, j'ai développé un « thème » pour Léonidas, par exemple, qui permet de l'isoler du reste des « 300 ». C'est le roi de Sparte, mais j'ai senti que j'aurais diminué l'importance des « 300 » en tant que groupe si j'avais fait en sorte qu'il ne soit qu'un de ceux qui donnent leur vie. Ce film demande aussi aux spectateurs de s'interroger sur des idées plus introspectives. De mon côté, j'ai beaucoup pensé à tout ce que je serais capable de faire pour ceux que j'aime. Et à la reflexion je dois dire que je ne serais honnêtement pas aussi radical que les Spartiates ou les Perses dans le film ! Mais ce qui était vraiment important pour moi était de ne PAS évoquer une confrontation évidente entre l'est et l'ouest au sein de la musique. Je n'ai aucun intérêt à perpétuer des idées qui peuvent être interprétées comme culturellement séparatives.

Je suis réalisateur d'une comédie pour enfant, je vous appelle pour en composer la musique… vous répondez présent ou vous êtes déjà bouclé pour l'année ?

J'ai des enfants, et je ne me rappelle pas un seul des films que j'ai faits qui soit regardable pour eux ! Donc bien sûr je suis intéressé si le film est intéressant et si mon planning me le permet. Tout est une question de « timing ».

Un réalisateur vous impose de travailler en collaboration avec un autre compositeur que vous pouvez choisir… Qui est l'heureux élu et pourquoi ?

Un autre compositeur de film ne serait pas d'un grand intérêt bien qu'il y ait beaucoup de compositeurs fantastiques actuellement avec lesquels j'apprends énormément de choses. J'aimerais bien faire une musique avec Brian Eno, Trent Reznor ou avec un groupe comme Radiohead. La raison étant qu'ils explorent les limites de leur imagination et les traduisent dans leur musique. C'est une démarche passionnante pour moi.

Qu'est-ce que vous écoutez comme style de musique ? Et est-ce que vous vous en inspirez parfois pour trouver certaines tessitures ?

Ces derniers temps, j'ai beaucoup écouté de musiques d'ambiance. J'adore le dernier album de Scott Walker. Popol Vuh est extraordinaire. Je ne me lasserai jamais de Georgy Ligeti ! (ndlr : compositeur Hongrois mort en 2006). J'adore tous les styles de musique. Mon passif musical est imprégné de musique rock aux styles variés.

Pouvez-vous nous parler un peu du remake d'HALLOWEEN ? Avez-vous été en contact avec John Carpenter ?

Je n'ai pas officiellement commencé à travailler sur ce score. En fait je débute ce lundi (12 mars). J'ai déjà vu un certain nombre de séquences filmées par Rob, et ce que je peux vous dire, c'est que c'est dérangeant et fantastique. Je ne peux pas en dire plus sur l'utilisation du thème principal. Mais l'idée de retravailler le thème original de John Carpenter m'excite beaucoup, cependant, je ne l'ai pas encore rencontré.

Entretien réalisé le 12 mars 2007 par Xavier Ducamp. - Publié le 01-01-2007

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