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300  (2007)

Warner (US : 6 mars 2007
FR : 16 mars 2007) - 0:59:43 | Original Score [musique originale]


 

Tyler Bates retrouve Zack Snyder après L'Armée des Morts (2004) pour ce nanar sidéral adapté de la bande dessinée de Frank Miller. Bates poursuit l'alliance entre le symphonique hérité de Zimmer et un certain rock adolescent aux grosses guitares.


 Interview B.O : Tyler Bates, 300 (2008)


[© Texte : Cinezik] • 0093624999447
300

Tracklist (de la BO en CD ou Digital)

1. To Victory (2:34)
2. The Agoge (2:24)
3. The Wolf (2:10)
4. Returns a King (2:24)
5. Submission (2:40)
6. The Ephors (1:59)
7. Cursed By Beauty (1:41)
8. What Must a King Do? (1:05)
9. Goodbye My Love (3:22)
10. No Sleep Tonight (2:33)
11. Tee of the Dead (2:25)
12. The Hot Gates (3:00)
13. Fight in the Shade (3:17)
14. Come and Get Them (2:05)
15. No Mercy (2:23)
16. Immortals Battle (1:53)
17. Fever Dream (2:33)
18. Xerxes' Tent (3:20)
19. Tonight We Dine in Hell (1:15)
20. The Council Chamber (2:34)
21. Xerxes' Final Offer (2:39)
22. A God King Bleeds (2:16)
23. Glory (1:44)
24. Message For the Queen (2:31)
25. Remember Us (2:56)

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"To Victory" est en fait le générique de fin (suivi dans le film d'une abominable chanson hip-hop qui n'a rien à faire là !). Grosses guitares électriques et choeurs se côtoient pour créer une ouverture grandiose et dynamique au disque : une voix orientalisante clôt ce premier morceau un peu fou, qui mêle foutraquement rock, choeurs épiques et teintes orientales. Tout y est, et en même temps, pas grand chose. "The Agoge" introduit ensuite des voix d'hommes sur fond de nappes électroniques. Tyler Bates mixe plusieurs voix féminines, comme des complaintes, évoquant le personnage de la reine de Sparte, présentée ici avec un choeur qui n'est pas sans rappeler Le Seigneur des Anneaux en moins bien. "The Wolf" est déjà beaucoup plus original : Bates utilise un motif progressif de guitares électriques pour la scène de l'apprentissage du jeune spartiate dans la neige de l'hiver, face à face à un loup aux allures de monstre. L'atmosphère est plus étrange, irréelle : on touche enfin là à quelque chose de plus personnel. C'est aussi l'une des plus belles scènes du film (si on oublie que le loup est fait de 3D plutôt moche).

Malheureusement, arrive ensuite un morceau sujet à contreverse : "Returns a King", dont les choeurs puis l'orchestration et les notes sont littéralements pompés sur "Victorius Titus" d'Elliot Goldenthal (ouverture du film Titus de Julie Taymor). La première minute est strictement identique ! Alors quand Tyler Bates nous raconte qu'il a réussi à supplanter 98 % du temp-track (voir notre interview) on rit jaune... à moins qu'il s'agisse ici des 2 % restants (qui ont donc été gardés tels quels dans la partition !). Honteux, simplement. Il n'en demeure pas moins que le morceau fonctionne dans le film (il s'agit de la scène où Leonidas revient parmi les siens après son apprentissage et devient roi, blabatant sur les devoirs du bon spartiate). S'ensuivent quelques morceaux fades et sans grand intérêt, où Bates crée des nappes orchestrales samplées et des riffs de guitares en sourdine pour remplir la bande sonore.

"Cursed by Beauty" se démarque dans le film par son côté ensorcelant (d'où le titre du morceau), pour la scène de l'oracle (plutôt belle même si on a l'impression de voir une pub pour parfum !), avec cette voix féminine lointaine et envoûtante, rythmée par des percussions enivrantes. Beau morceau. Comme "What Must a King Do?" et ses nappes atmosphériques qui sondent l'esprit de Leonidas, qui doit prendre une décision importante (dommage que le morceau fasse moins d'une minute). Le reste est encore d'un conventionnel à vomir ("Goodbye My Love" et ses cordes mielleuses mal orchestrées qui rappellent sans subtilité le Gladiator de Hans Zimmer, avec une jolie voix en plus - qu'on dirait évadée du Seigneur des Anneaux). D'ailleurs "No Sleep Tonight" repompe "The Black Gate is Closed" de The Two Towers (la montée de cordes stridentes). Sans surprise, le temp-track ressurgit et envahit la partition de Tyler Bates tout comme le film lui-même demeure sous influence (les mêmes films cités), le grotesque et le ridicule en plus.

"The Hot Gates" réveille un peu l'auditeur de la torpeur ambiante avec un morceau de bruit et de fureur shooté aux amphètes, plein de guitares et de batteries, illustrant les premiers combats chorégraphiés des vaillants guerriers spartiates. Rien d'original, mais au moins l'effet "fun" est assumé et le film prend un peu de personnalité (qu'on aime ou pas), car c'est bien la première fois au cinéma qu'on voit des guerriers grecs décapiter des perses sur un fond de guitare électrique (peut-être est-ce là la seule bonne idée de 300 ?). La trève est de courte durée car rapidement Tyles Bates régurgite des sonorités électro-atmosphériques sorties de Black Hawk Down avant de reprendre l'ouverture de Titus une seconde fois dans "Come and Get Them", sans honte ! Et de deux, en plus ! Il serait impensable que Goldenthal laisse passer l'affaire sans un procès même si lui aussi, dans le passé, a pompé sur un autre (le thème d'Amityville de Lalo Schifrin pour son Pet Sematary !)... Et même punition avec "The Council Chamber" qui repompe "The Might of Rome" (Gladiator)... On pourrait refaire le temp-track rien qu'à l'écoute du CD ! Navrant.

S'ensuivent de nouveaux morceaux sans intérêt ("No Mercy" qui ressemble davantage à du bruit qu'à de la musique - sans même réelle recherche sonore, contrairement aux dires du compositeur - ou "Immortal Battle" et ses rythmes trépidants illustrant les scènes de batailles sans idée musicale particulière). Ici, le score est rythmé (donc efficace à l'écran et entraînant à l'écoute sur le CD) mais n'est rien d'autre qu'un fade fond sonore, sans substance ni la moindre idée musicale.

"A God King Bleeds" réhausse le niveau avec une belle pièce mélodique qui illustre la scène où Leonidas parvient à blesser Xerxès à la lance, le détrônant ainsi de son statut de "dieu" auto-proclamé pour n'en faire qu'un mortel. Le meilleur morceau est cependant à venir : "Message for the Queen" avec la voix langoureuse et mélancolique de la chanteuse Azam Ali pour la poignante scène où le dernier des "300" remet à la reine le message du roi déchu au combat. Sublime. Hélas, l'idée passe vite et il n'en reste rapidement plus rien. Voilà en quoi se résume 300 (le film mais aussi la musique) : de furtifs moments de génie et de gloire, où le temps semble suspendu, où une idée (ou un ange ?) passe et retient notre attention, faisant l'espace d'un instant de cette oeuvre quelque chose d'unique, avant de retomber malheureusement dans le grotesque et le conventionnel le plus absolu une seconde après. Film maudit !

Pour finir, rebelote le plagiat de Titus avec "Remember Us" où le thème final, grandiose et prenant des airs d'hymne funèbre, reprend note pour note la "Finale" de Goldenthal. De qui se moque-t-on ?

Bref, un score raté sur toute presque la ligne, même si quelques secondes sont à retenir : d'abord Tyler Bates pompe sans vergogne l'oeuvre des autres (Goldenthal littéralement mais aussi Zimmer et Shore, pour ne citer que ceux-là), la musique en question fonctionnant néanmoins très efficacement à l'image (encore heureux !). Mais pour ce qui est du reste, c'est zéro pointé : la guitare est sous-exploitée et réduite à du remplissage branchouille sur les images boursoufflées de Snyder, alors qu'il y avait sûrement un concept à mieux exploiter ici. On se demande donc où est passée l'inspiration (qui se fait de plus en plus rare)... Un score contrasté, alternant séquences de bravoure (très rares mais sublimes) et morceaux lamentables. Dommage. En attendant, passez-vous de ce CD inutile et procurez-vous d'urgence les originaux, notamment Titus d'Elliot Goldenthal, dont on ne dira jamais assez de bien, mais aussi les classiques de Zimmer ou de Shore cités plus haut. Alors certes, le film comme la musique assument ce côté "fun" et "nanar volontaire" tout comme les idées radicales exposées, mais il y a une limite au foutage de gueule : et quand on sert au spectateur une musique soit-disante "originale" du début à la fin qui n'est en fait qu'un temp-track déguisé, c'est la goutte qui fait déborder le vase. Il serait temps d'engager de vrais compositeurs même si les films eux-même subissent le même sort d'uniformisation. 300 aurait pu être un vrai terrain d'expérimentation fun : hélas ce n'est rien.

Sylvain Rivaud

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