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Compositeurs

Interview B.O : Jean-Michel Bernard, LA SCIENCE DES RÊVES (2006)
#JeanMichelBernard

Entretien réalisé à Paris le 13 juillet par Benoit Basirico - Publié le 07-13-2006
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Jean-Michel Bernard, né en 1961, a joué du piano pour Ray Charles et a fait des arrangements de jazz pour Lalo Schifrin, Claude Bolling ou Ennio Morricone, avant que son ami Michel Gondry lui propose d’écrire les chansons de Human Nature. Il retrouve le cinéaste sur La Science des rêves (2006) pour une musique onirique, ludique et décalée, puis sur le plus funky Be Kind Rewind (2008). Il participe à de nombreuses comédies pour lesquelles il croise le chemin des maîtres du genre (Francis Veber sur L'Emmerdeur, Etienne Chatiliez sur L'Oncle Charles, ou encore Eric Lavaine sur Bienvenue à bord). Il poursuit une collaboration fidèle avec Anne Giafferi depuis Qui a envie d'être aimé ? (2011) puis Ange et Gabrielle et La Vie à l'envers. Fanny Ardant (Cadences obstinées, 2014) et Géla Babluani (Money, 2017) lui permettent de varier les registres.

 
Interview

Cinezik : Comment s'est produite la rencontre avec Michel Gondry ?

Jean-Michel Bernard : On avait un ami commun, Jean-Louis Bompoint, qui est d'ailleurs le chef opérateur de la SCIENCE DES REVES, un ami d'enfance qui rencontra Michel alors qu'il avait 25 ans. J'ai réellement commencé à travailler avec lui sur HUMAN NATURE, puisqu'on ne se côtoyait pas sur sa période où il faisait des clips vidéos.

Sur HUMAN NATURE, vous avez composé les chansons associées au Score composé par Graeme Revell, Y a t-il eu des interactions avec le compositeur américain ?

La seule interaction, c'est qu'il était furieux qu'il y ait mon nom en gros sur le générique et m'en avait fait part. Il m'a dit que c'était du jamais vu à Hollywood. Je devais au départ faire une chanson pour Patricia Arquette dans une séquence de comédie musicale du film, puis elle a plu à Charlie Kaufman, le scénariste, qui a écrit les paroles d'une deuxième chanson qui se retrouve au générique de fin. S'ajoute à cela une troisième chanson puis un enregistrement d'un trio de Beethoven que j'ai fait. Par contre, je n'avais rien à voir avec le Score de Graeme Revell. En plus, je n'avais aucune chance d'y être impliqué car c'était le premier film de Michel, aux Etats-Unis, et le compositeur a fait la musique gratuitement. J'aime beaucoup ce film mais il n'a pas eu la reconnaissance méritée.

Vous aviez déjà fait des arrangements de chansons ?

Je me suis toujours trouvé imbriqué dans le milieu de la chanson malgré moi, car il fallait avant tout que je mange. Je me suis occupé de chansons pour une émission de variété de TF1 mais ce n'est pas un travail qui m'attirait particulièrement. Je me suis retrouvé là de manière alimentaire. Puis j'ai travaillé avec Ray Charles avec qui j'ai fait des arrangements pour orchestre symphonique. Nous avions des projets avant qu'il ne disparaisse. J'ai fait par la suite un disque en son hommage « Message to Ray ».

Vous êtes pianiste de formation et nous ressentons dans vos musiques une affinité avec le jazz…

Le jazz fait partie de ma vie. Quand je suis rentré au conservatoire à 6 ans, je faisais déjà du jazz. Je jouais du jazz au lieu de répéter mes morceaux d'examen.

Vous avez collaboré avec Claude Bolling, Lalo Schifrin, Ennio Morricone…

J'ai travaillé avec Claude Bolling en tant que pianiste pour des films de Jacques Deray lors de grandes séances d'enregistrement. Avec Lalo Schifrin, ce fut une rencontre lors du MIDEM en 1990. Alain Lacombe, journaliste à France Musique malheureusement disparu, cherchait un arrangeur pour faire une version de MOULIN ROUGE de George Auric qui devait être interprété par l'Orchestre de Lyon lors d'une soirée hommage à Lalo Schifrin. Je me suis retrouvé à faire cet arrangement pour cette soirée-là et j'ai donc rencontré Lalo et on s'est bien entendu, et après il m'a demandé de participer à ses enregistrements. Quant à Ennio Morricone, ce fut une participation à ses musiques « de sources », des airs proche du jazz.

Pour revenir à Michel Gondry, quel a donc été votre travail sur LA SCIENCE DES RÊVES ?

Michel connaît et aime la musique, et a donc été à la fois très exigeant et dans l'attente que je le surprenne. Il était présent à chaque étape de mon travail, et a même souhaité jouer de la batterie lui-même sur ma musique. Ce film a un montage très délicat et je me suis adapté par rapport aux images, une fois montées.

Michel Gondry, venant du clip, a t-il cédé à la tentation de monter ses images sur une musique préexistante ?

Il m'a fait écouter certaines musiques mais ne voulait pas forcément que je refasse la même chose, mais cela donne un état d'esprit. Michel déteste l'imitation, il aime le « vrai », les orgues qui ont un son d'orgues, les voix et les chœurs (ma femme a d'ailleurs chanté le générique de fin). Il préfère même écouter les maquettes jouées au piano. Il a aussi dirigé lui-même gestuellement les musiciens lorsqu'ils n'avaient pas encore de partitions, avec les mains vers le bas pour les graves, vers le haut pour les aigus. C'était intéressant. Michel a donc dirigé un orchestre symphonique et les images seront présentes en bonus du DVD.

Vous avez aussi collaboré sur des films de Claude Chabrol…

Je n'ai pas fait de Score entier avec lui mais de petits extraits comme sur MADAME BOVARY pour lequel j'ai fait les scènes de bal et les valses de Strauss.

Puis j'ai eu plus de travail sur JOURS TRANQUILLES A CLICHY avec des morceaux de jazz. Lorsqu'on débute, avant de se retrouver sur un Score complet, on fait ce genre de musique de sources et additionnelles. Il faut gagner la confiance des réalisateurs. On apprend pleins de chose ainsi, et cela sert à être prêt le moment venu…

Il y a quelques films en costume dans votre filmographie, comme VATEL (avec Morricone) ou LAUTREC…

Sur LAUTREC, je me suis occupé des chansons et des passages joués par Jean-Marie Bigard, ce qui d'ailleurs m'a valu de composer pour son film L'AME SŒUR.

J'aime beaucoup Jean-Marie, qui est un homme bon. Son film n'était pas une réussite, il faut bien le dire, mais cela valait le coup malgré tout.

Votre première BO était un film de Thomas Gilou, CHAMANE, puis vous étiez annoncé sur son dernier MICHOU D'AUBER, avant que Alexandre Desplat soit appelé pour la faire…

On a fait deux films ensemble et sur son dernier ça s'est mal passé. Je me suis fâché avec lui. Par contre, je me suis très bien entendu avec Europa Corp qui ont aimé la musique au point qu'ils veulent l'utiliser pour un autre film. J'avais travaillé avec lui il y a vingt ans, mais cette fois-ci, on ne s'est pas entendu. J'ai fait une musique avec une thématique et avec ma personnalité, et lui voulait pour ce film quelque chose d'« underscore », un tapis. J'estime que j'ai fait un bon travail mais Thomas Gilou est quelqu'un de compliqué. Je préfère avoir fait le film de Michel Gondry. Je préfère qu'on m'appelle pour des projets marginaux. Je n'aime pas faire des musiques « à la manière de ». Cet épisode m'a appris à ne pas accepter des choses trop traditionnelles, ce qui ne veut pas dire que je ne sais pas les faire, mais je pense qu'il faut aller dans une voie précise.

Des Projets ?

J'attends la sortie de SCIENCE OF SLEEP aux Etats-Unis, puis viendra le prochain film de Michel Gondry que je vais faire, BE KIND REWIND avec Kristen Dunst et Danny Glover qui se tourne en octobre.

J'ai aussi des projets hors cinéma comme un disque « Musique et golf », car je considère qu'une partie de golf, c'est comme une musique de film avec ses tragédies, ses joies… Un autre projet s'appelle « Jazz for dogs ». C'est un album de musiques faites pour les chiens, dans le genre du jazz. Lorsque vous quittez votre maison et que vous laissez votre chien, vous pouvez allumer la radio, mais s'il aime le jazz, vous pouvez mettre mon disque. Mes chiens aiment bien. Puis aussi un autre projet intitulé « Fats Waller electronique », c'est la musique de Fats Waller interprétée avec des synthés. Et sinon à côté de cela je fais toujours des musiques plus alimentaires pour la télévision.

Quelles sont vos affinités avec des compositeurs ?

J'aime beaucoup Thomas Newman et Carter Burwell. Dans les Français, j'aime François De Roubaix, Georges Delerue, Vladimir Cosma, qui ont crée un vrai style musical avec de vrais thèmes.

Comme De Roubaix, vous affectionnez le Home Studio…

Oui, j'ai commencé par un magnétophone quatre pistes avec un synthétiseur un peu archaïque. Aujourd'hui, j'ai depuis quinze ans mon propre studio (le studio Popion) qui est ma société et qui enregistre toutes mes musiques.

Entretien réalisé à Paris le 13 juillet par Benoit Basirico - Publié le 07-13-2006

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