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Interview B.O : Bruno Coulais et James Huth, LUCKY LUKE (2009)

Interview réalisée à Paris le 16 octobre 2009 par Benoit Basirico - Publié le 21-10-2009
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Bruno Coulais retrouve pour LUCKY LUKE son fidèle réalisateur James Huth pour lequel il avait composé SERIAL LOVER, BRICE DE NICE et HELLPHONE. Rencontre.

Cinezik : James, que représente pour vous LUCKY LUKE, le film et son personnage ?

James Huth : C'est la première fois que je réalise un film qui ne m'appartient pas avant même d'en avoir écrit la première ligne. A partir du moment où tu appelles ton film "Lucky Luke", tu te dois de donner au gens les même émotions quand ils sortent de la salle que quand ils ferment un album. C'est la BD avec laquelle j'ai grandi, quand je sortais de l'école je courais acheter les autocollants Panini pour les albums. Il y a quelque chose de romantique chez Lucky Luke, c'est un personnage condamné à avancer vers le soleil couchant, qui a perdu d'avance, car il se bat contre l'injustice. Le romantisme est beaucoup revenu dans nos questions musicales avec Bruno.

Quel regard portez-vous sur votre collaboration avec Bruno Coulais  ?

J.H : C'est vraiment une chance de rencontrer la personne qui va traduire ton univers. C'est un moment magique pour un réalisateur qui travaille méthodiquement de se confronter à l'impalpable de la musique, immatérielle. Je me demande toujours comment quelqu'un va traduire en musique mon cinéma. Je me souviendrais toujours quand pour SERIAL LOVER, Bruno s'est assis au piano et m'a dit, "c'est le thème de ton film". J'en pleure encore aujourd'hui. C'est vrai que quand c'était très dur pour moi, j'avais des doutes, je me rassurais en pensant au compositeur que j'avais trouvé, ça m'a aidé à tenir d'avoir rencontré Bruno, car tous les compositeurs que j'admire ont trouvé leur compositeur. D'autant que sur ce projet difficile, tout le monde me dissuadait de le faire, alors c'était inconcevable de le faire sans Bruno. 

Bruno, de votre côté, comment appréhendez-vous chaque projet de James Huth ?

Bruno Coulais : Je suis très sensible à la lumière, donc il faut que je vois les premières images pour commencer à penser à la musique. Avec James, c'est toujours particulier depuis SERIAL LOVER, je suis fan de ce qu'il fait, ça échappe à la comédie française habituelle, il joue sur plusieurs niveaux, avec une insolence. Il y a la comédie biensûr, et quelque chose de plus sombre et secret. Il y a cela dans LUCKY LUKE, dans le rapport ambigu au héros. Donc musicalement, il faut réussir à combiner tout cela. Ce n'est pas évident de travailler avec James, car ce n'est pas un style unique. J'ai compris en tout cas une chose avec James, au bout de quatre films, c'est que la musique est une chose qui se prend très au sérieux. 

Et quel fut le cheminement pour élaborer la musique de LUCKY LUKE ?

J.H : Je pense les scènes en sachant qu'elles n'existeront que quand il y aura la musique de Bruno, c'est le dernier étage de la maison. La narration, l'émotion, la comédie, prennent place quand la musique est là. C'est d'ailleurs un moment incroyable pour moi, car si la musique n'est pas au rendez-vous, le film n'est pas là. Il faut un sacré thème pour Lucky Luke, et Bruno l'a fait. Encore une fois, il est au rendez-vous. 

B.C : Je me suis amusé de faire des choses quasi-contemporaines avec des cordes, des glissés, des quarts de tons, mélangé des sons synthétiques, des boites à musique, des cuivres, des percussions. C'est un bric à brac qui correspond à l'univers de James. 

J.H : Et même avant ce travail musical, dans le processus de création avec Bruno, on pense au western, aux influences marquées par ce dernier, John Ford, Howard Hawks, puis Morricone qui vient nous dire que le western, c'est ça. Alors on a décidé de s'en démarquer, d'être dans la comédie, l'aventure, un univers qui n'appartient qu'à nous, à notre patrimoine, un genre de western frites (Jean Dujardin dit western camembert). Il faut se libérer de toutes les références qu'on peut avoir pour se sentir libre et être au service du personnage romantique, et Bruno décrit parfaitement les instruments qu'il a mélangé pour créer cet univers. 

Au bout de quatre films ensemble, peut-on dire que chacun est différent musicalement?

B.C : Nous n'avons jamais travaillé sur le même mode. Pour SERIAL LOVER, c'était une sorte de groupe psychédélique, on faisait des percussions dans le studio avec de la vaisselle. 

J.H : Il y a un rock qui s'appelle "Casserock'n roll" fait avec des cuillères et de vieilles casseroles, c'était magique.

B.C : Sur BRICE DE NICE, on a fait de la chanson et un peu d'orchestre, puis sur HELLPHONE, c'était un clin d'oeil à Herrmann. Et là on change encore avec LUCKY LUKE.

B.C : Sur les films de James, on a besoin du montage définitif pour commencer à envisager la musique, toutes nos bonnes idées d'avant ne fonctionnent pas. 

J.H : C'est une question de dosage. Je me sers d'ailleurs de Bruno comme une machine miracle qui va me dire quand c'est cuit, et que je peux le sortir du four. Quand Bruno sent la musique, c'est que le film est prêt. Avant il vient et il hésite, et on n'a pas besoin de parler pour comprendre, c'est dans les ondes. 

Aujourd'hui je sais que le son sur mes films c'est 70%, et dieu sait que je suis un homme d'image. Ca prend une grande part puisque le cinéma est le moyen le plus abouti aujourd'hui pour faire ressentir des émotions aux gens, et la musique y contribue. J'en met d'ailleurs tellement, que le silence devient une musique, il n'est jamais anodin.

Interview réalisée à Paris le 16 octobre 2009 par Benoit Basirico - Publié le 21-10-2009

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