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Interview B.O : Mathieu Lamboley sur MINUSCULE 2, grand orchestre pour petits insectes
#Minuscule2

Propos recueillis par Benoit Basirico - Publié le 07-02-2019
minuscule2,lamboley, - Interview B.O : Mathieu Lamboley sur MINUSCULE 2, grand orchestre pour petits insectes


Pour MINUSCULE - LES MANDIBULES DU BOUT DU MONDE de Thomas Szabo et Hélène Giraud, Mathieu Lamboley livre une partition lyrique et aérienne, inspirée de Ravel, de Prokofiev, où chaque insecte est doté de son propre thème musical.  Il était au micro de notre émission mensuelle sur Aligre FM. 

INTERVIEW EN ÉCOUTE DANS L'ÉMISSION (À 23:50)


Cinezik : S'agit-il de votre premier film d'animation ?

Mathieu Lamboley : C'est mon premier long-métrage d'animation car j'avais déjà commencé ma carrière de musique de film avec un court-métrage d'animation "Les oreilles n'ont pas de paupières" réalisé par Étienne Chaillou (2004). C'est un peu ce qui m'a donné envie de composer de la musique de film. MINUSCULE est aujourd'hui un aboutissement, par le fait de se retrouver sur un film sans dialogue, avec une musique si omniprésente, c'est une chance pour un compositeur !

Ce film vous a permis de vous amuser avec l'orchestre...

M.L : Peut-être qu'à la différence d'autres films pour lesquels j'ai travaillés, MINUSCULE est un film basé sur des images magnifiques avec une bande-son et des effets sonores travaillés. N'ayant pas de dialogue, la musique a une place importante. J'ai saisi cette chance pour m'exprimer au maximum de ce que je voulais faire, aller chercher un style musical un peu plus riche harmoniquement et dans l'orchestration.

On a déjà pu découvrir en 2018 votre travail sur l'orchestre avec LE RETOUR DU HÉROS (de Laurent Tirard), qu'est-ce qui change avec un film d'animation ?

M.L : C'est vrai que sur LE RETOUR DU HÉROS, il y avait une envie très forte du réalisateur d'avoir une musique avec des codes du western et mon idée était de mélanger les styles, d'apporter une touche baroque. Là sur MINUSCULE, c'est différent, les références étaient plus classiques, dans un répertoire qui me correspond puisque j'étais au conservatoire en classe d'écriture. Il s'agissait d'écrire une musique très orchestrale, lyrique, avec des inspirations de Ravel, Debussy, Stravinsky, Bartok, tout ce mélange a été ma base de réflexion. Ensuite, l'idée était de trouver des thèmes qui correspondent à chaque insecte. J'avais différents thèmes pour la Coccinelle, pour la Mante religieuse, pour l'Araignée. Une telle place de la musique me permettait de développer mes thèmes, de faire comme des poèmes symphoniques avec des thèmes qui s'entremêlent. Cela se rapproche de l'écriture de la composition de musique symphonique classique.

Et même de l'opéra puisqu'il y a aussi une présence vocale...

M.L : Oui effectivement, il y a des chœurs d'enfants. Il s'agissait de partir vers d'autres couleurs. On a également de la guitare flamenco, du thérémine, plein d'autres instruments.

Nous pouvons entendre aussi dans la partition des références de musique de film... notamment Joe Hisaishi pour Miyazaki...

M.L : Ah oui, je n'étais pas du tout conscient de cela. Parfois le réalisateur me donne des références. Mais là (je pense que vous parlez du thème que j'ai appelé "La petite coccinelle"), la référence des réalisateurs Thomas et Hélène était différente, et je n'ai pas suivi leurs indications. Au final, ce qui donne cette couleur est le système modal. Avec le recul, c'est vrai que ça fait très Miyazaki.

On y pense aussi au regard du piano solo utilisé... Il n'y a pas qu'un orchestre dans cette partition mais aussi des instruments solistes..

M.L : Tout à fait, c'est le piano qui reprend le thème... L'idée était d'avoir un sentiment triste et nostalgique, de reprendre chaque thème et de les décliner. Je le reprend aussi sous une forme Habanera, avec un cor.

Est-ce que vous avez écrit votre musique en écoutant les sons du film ?

M.L : Effectivement, et je dois féliciter Côme Jalibert, le monteur son et mixeur du film, avec lequel on s'est mis en contact très tôt. Il a pu m'envoyer son travail, ce qui m'a permis de voir les endroits où j'avais une place, et sur lesquels je pouvais laisser les bruitages et l'habillage sonore. On a travaillé main dans la main, je lui envoyais des maquettes, il me renvoyait sa partition sonore. J'étais présent ensuite au mixage, j'ai trouvé que son travail était fabuleux, il a su laisser une belle place à la musique, ce qui n'est pas fréquent dans les films. Ici l'envie des réalisateurs était de laisser une belle place à la musique sans oublier les bruitages. Il y a un enchevêtrement et un très beau travail de mix sur ce film.

Enfin, comment était le travail d'enregistrement auprès de l'Orchestre National l'Île-de-France ?

M.L : Je connaissais déjà les musiciens de l'orchestre car le monde classique est un petit milieu. J'avais donc entendu dire qu'ils ouvraient leur studio pour enregistrer des musiques de films. Je me suis rapproché d'eux et on a travaillé ensemble. Ils ont ouvert leur studio avec la musique de MINUSCULE. Quand on les a rencontrés, le studio était en travaux. C'était de plus un orchestre qui n'avait pas l'habitude d'enregistrer des musiques de films. Il y avait un pari à prendre, mais qui en valait la peine, car je connaissais le niveau des musiciens et je savais que mon écriture sur ce film allait leur parler. Et au final le résultat est parfait, c'est un moment formidable à tous les niveaux.

 

 

Propos recueillis par Benoit Basirico - Publié le 07-02-2019

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