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Cannes 2019 : Interview B.O avec Alexis Rault (LES HIRONDELLES DE KABOUL, Un Certain Regard)
#Cannes2019

Propos recueillis par Benoit Basirico - Publié le 19-05-2019
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Le compositeur Alexis Rault était l'invité de Benoit Basirico dans B.O Festival sur Radio Festival le 17 mai pour le film d'animation de Zabou Breitman et Eléa Gobbé Mévellec dont l'action est située à Kaboul.


Quel est votre regard sur l'importance d'un compositeur dans sa contribution au film ?

Alexis Rault : Je me rends compte qu'on peut beaucoup apporter, et qu'on peut aussi beaucoup desservir un film si on ne fait pas attention. Tout l'enjeu quand on commence à travailler sur un film est de saisir très rapidement l'âme du film et de comprendre ce qu'on peut lui apporter, comment on peut aider à rendre le film meilleur. Il faut toujours se mettre à la place d'un réalisateur pour essayer d'être juste, et de trouver sa place, car on peut vraiment nuire à un film, on a un poids qui est assez grand. Il ne faut pas oublier quand on intervient sur un film que le réalisateur travaille depuis 3 ou 4 ans et il y a un type qui arrive avec le pouvoir de bousiller son film, ou alors de le rendre meilleur, de le sublimer. C'est un rôle important. C'est en cela qu'on peut être considéré comme un troisième auteur. On est là pour autoriser le public à être ému ou à rire.

Pour LES HIRONDELLES DE KABOUL, comment s'est passée la rencontre avec Zabou Breitman ?

A.R : J'avais travaillé sur sa série "Paris etc", et pendant qu'on travaillait dessus elle me parlait déjà de ce film-là et elle m'a proposé de travailler avec elle.

C'est votre premier film d'animation, comment avez-vous approché ce genre?

A.R : J'appréhendais un petit peu parce que j'avais peur qu'il faille des codes que je ne maîtrise pas mais en fait ça n'a rien changé. Zabou et Léa ont une approche assez fictionnelle. Par exemple pour diriger les comédiens et comédiennes qui font les voix du film, elle les a fait jouer véritablement et filmé avec les vraies gestuelles pour ensuite dessiner les personnages et les animer. C'est pour ça qu'on en oublie très vite quand on voit le film qu'il s'agit d'un film d'animation. C'est assez bouleversant de réalisme. D'ailleurs, pour un film d'animation, il y a assez peu de musique par rapport à ce qui se fait traditionnellement, en s'autorisant beaucoup de silences. La seule chose que ça peut changer c'est la résonance que la musique a sur l'image, un côté plus intime qui joue beaucoup sur les contrastes. Visuellement c'est une aquarelle, très douce, avec des tons pastels qui viennent contraster avec la brutalité du sujet. C'est quand même un film dur. On ne pouvait pas mettre une musique trop chargée, trop grandiloquente sur ces tons pastels là.

C'est l'histoire d'un jeune couple à l'été 1998 à Kaboul alors que la ville est en ruines occupée par les talibans. Comment avez-vous convoqué cette géographie nouvelle ?

A.R : Le sujet est délicat donc il fallait quand même s'autoriser un petit peu de subtilité. Et parce que ça se passe donc à Kaboul à la fin des années 90 et qu'à cette époque la musique était interdite, on devait aussi tenter de faire une musique qui signifie le silence, qui traduise quelque part cette absence de musique, d'où une musique extrêmement épurée au début du film, et qui peu à peu se développe. La musique est là pour traduire l'émotion du film, elle prend un peu de hauteur et suit l'évolution émotionnelle des personnages, donc peu à peu la musique
s'intensifie. A la fin elle est quand même très présente parce qu'on a dépassé le cadre géographique et historique du début pour atteindre une universalité.

Quel a été le travail avec le son ?

A.R : J'ai travaillé avec le monteur son, le mixeur, et le bruiteur. La musique devait bien se mêler aux sons. Il fallait aussi faire attention aux entrées et sorties de musique pour qu'elles ne se remarquent pas trop. C'est une musique minimaliste, noire, avec un peu de lyrisme, avec des sons très organiques, pour un rapport charnel. Il y a un quatuor à cordes, une flûte alto, avec du souffle... et des choeurs, des murmures... C'est proche du corps. Et j'interprète moi-même la plupart des instruments, à part le quatuor, dont la voix masculine, d'un premier jet, sans le refaire ensuite, c'est joué véritablement.

Il y a aussi un chant local présent au sein de votre partition...

A.R : C'est un chant que Zabou et Léa ont trouvé sur Internet, a capella, j'en ai utilisé un bout en l'ajoutant à ma musique. C'est la voix des deux femmes enfermées dans leur condition.

 

Propos recueillis par Benoit Basirico - Publié le 19-05-2019

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