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Interview B.O : Olivier Marguerit, GARÇON CHIFFON (de Nicolas Maury)

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Propos recueillis par Benoit Basirico - Publié le 17-01-2021




Olivier Marguerit ("Diamant noir") signe la musique de cette comédie, première réalisation de l'acteur Nicolas Maury qui fut à l'affiche 2 jours le 28 octobre 2020 avant la refermeture des salles. Cette partition (flûte, violoncelle) emprunte de fragilité et de mélancolie figure en 5e position dans notre TOP des BO de 2020, l'occasion d'y revenir avec son compositeur.

Cinezik : Comment êtes-vous intervenu sur ce premier film de Nicolas Maury ?

Olivier Marguerit : Au départ l'idée était de faire une chanson pour la fin du film. Nicolas voulait que j'en créé une pour lui. Il m'a contacté pour cela au début. On n'a pas du tout parlé à ce moment-là de la musique du film. C'était vraiment l'idée de la chanson. Étant fan de Jacques Demy, j'ai trouvé épatant qu'il veuille chanter à la fin du film. Pour cela j'ai lu le scénario, j'ai d'abord écrit un premier couplet pour valider avec lui une mélodie, et on a construit la chanson au fur et à mesure sur un mois. C'était 2-3 mois avant le tournage. Quand on a ensuite fini cette chanson, il m'a proposé de venir sur le tournage pour superviser sa performance. Dans la foulée, au début du montage, il m'a demandé si j'avais envie de travailler sur le film, puisque la chanson s'est très bien passée il était naturel de travailler ensemble sur le reste.

Est-ce le personnage de Jeremie que le réalisateur interprète qui a guidé la partition ?

O.M : C'est un personnage en quête de quelque chose. Il quitte Paris qui est trop violent avec lui, il n'y trouve pas son équilibre, il va alors en chercher un auprès de sa mère, dans sa terre natale, le Limousin. Il fallait incarner cette fragilité. Le film a un ton entre la comédie et le film mélancolique. Nicolas cherchait quelque chose de géométrique. Il me faisait des mouvements de bras pour me le montrer. Et des choses mélodiques, dans l'idée de trouver un thème ou plusieurs thèmes qui reviendraient comme les voix du personnage. Ce sont là les premières choses sur lesquelles j'ai travaillées.

Le film peut être burlesque et fantasque à l'égard du personnage, mais la musique ne s'en moque pas, elle reste au premier degré...

O.M : Il est dangereux de souligner ces traits comiques, on peut tomber dans la caricature. Il faut parfois jouer le contrepoint, que la musique raconte quelque chose en creux. Il ne fallait pas aller dans le sens du rigolo, il fallait accompagner le personnage dans sa construction, aller chercher des sentiments beaucoup plus profonds.

Quelles étaient les références ?

O.M : Nicolas Maury est très mélomane, il avait de très bons retours quand je lui faisais écouter les choses. Et par ailleurs des musiques avait été placées sur le montage, comme "La Pavane pour une infante défunte" de Maurice Ravel. Il fallait trouver quelque chose dans cette couleur. Mais sinon il n'y avait pas tant d'intentions formulées que cela. Avec Nicolas on s'est tellement bien entendu qu'on n'avait pas forcément besoin de se parler, on avait déjà des références communes.

On peut aussi penser à Georges Delerue...

O.M : Ah oui, je suis fan de cette période de la musique de film, avec Delerue, Legrand, Cosma... Je suis amoureux des mélodies et les années 60-70 étaient des moments où il y en avait beaucoup. Je m'y sens plus à l'aise que dans cette dernière période où nous sommes plus sur les climats et des ambiances. J'aime quand la musique raconte des choses, j'aime quand c'est une voix parmi les voix proposées par les personnages. La musique prend en charge le récit.

Au niveau de l'instrumentation, il y a des solistes, le piano, le violoncelle... il y a donc aussi un travail de couleur...

O.M : J'aurais aimé pouvoir travailler avec un orchestre, mais il y a aussi une limitation financière donc j'ai utilisé ce que je pouvais enregistrer dans mon studio. Et j'aime bien qu'il y ait des solistes qui puissent incarner la mélodie. Dans mon travail de composition, j'ai d'abord cherché mes thèmes au piano. C'est presque une musique de confinement avant le confinement. La plupart des maquettes ont été conçues avec mon piano enregistré dans mon salon. Certains de ces enregistrements sont restés tels quels dans la version définitive, et j'en ai refait certains, mais ça reste du bricolage. Les versions finales sont proches des maquettes. Ça donne un ton particulier car ce n'est pas fait dans un studio professionnel. Les imperfections font parties de l'empreinte musicale finale. J'ai fait aussi appel à une flûtiste, Sylvaine Hélary, avec qui je travaille régulièrement, très douée, et avec également un violoncelliste, qui m'ont aidé à parfaire la partition.

Il y a aussi certains moments rythmiques pour accompagner le personnage déprimé qui doit se relever...

O.M : Oui, il avait besoin de moments d'urgence. Tout le début du film est sur cette tension avec le piano qui fait des croches rapides, avec des percussions.

Avez-vous contribué au choix des placements de musique ?

O.M : On en discute avec le réalisateur et la monteuse. Ce sont des échanges. Nicolas avait globalement des idées arrêtées sur son film. Il savait où il y avait besoin de musique, avec parfois des propositions de ma part, ou de la monteuse qui avait besoin de musique sur certains endroits. C'est sur le film de Nobuhiro Suwa ("Le Lion est mort ce soir") où le réalisateur ne savait pas où mettre de la musique et me faisait confiance sur ce choix. Mais c'est quand même assez rare. C'est toujours de l'ordre du dialogue en général.

Vous qui avez une carrière d'albums, sous l'initial "O", comment gérez-vous les deux parcours, sachant que pour le cinéma vous êtes davantage au service de la vision d'un réalisateur ?

O.M : En effet, c'est se mettre au service du réalisateur, il faut accepter d'avoir très peu d'ego, d'être au service d'une action collective. Il faut se soumettre à une vision globale portée par une personne, mais avec plein de regards différents qui sont intéressants à écouter, comme celui de la monteuse, du producteur, et mon regard aussi. Mais je sacralises la parole du réalisateur, c'est lui qui a le sens de son film. Quand je fais la musique d'un film j'essaie d'accepter qu'on me dise que ça ne va pas, et me remettre au travail, je me laisse un peu porter, tout en étant source de propositions.

Parfois le rôle du compositeur est de convaincre le réalisateur du besoin de musique...

O.M : Chaque film est une rencontre différente. Il y a des réalisateurs qui savent parler de musique (comme Nicolas) et d'autres pas du tout. Certains qui ont peur du compositeur, sur des premiers films surtout, car ils sont moins formés au sujet du dialogue avec un compositeur. Celui-ci a un rôle d'auteur, qui va arriver avec une invention, alors qu'avant le réalisateur se retrouvait avec des gens qui était considérés comme des techniciens. Quelque chose échappe au réalisateur au moment de la musique du film. Ça donne un dialogue qui est assez particulier. Avec Nicolas, ça s'est très bien passé car il écoute beaucoup de musique, il a beaucoup de références, et il peut très bien en parler, donc il peut très bien réagir à ce que je lui envoyais.

Le cinéma de Nicolas Maury est un cinéma de dialogues, où les mots sont comme des actions. Très souvent un certain cinéma français bavard se prive de musique. Dans Garçon Chiffon, il a pu l'accueillir.

O.M : Effectivement, il y a une tendance à mettre de la musique qu'on n'entend pas vraiment, sous l'action. Là il y avait des choix plus tranchés, c'est vraiment musical parfois. Et les thèmes que j'ai faits sont parfois longs autorisant une émotion portée par la musique. La musique prend sa place. C'est aussi un besoin de rythme assez naturel. On a parfois besoin de sortir du dialogue pour arriver à quelque chose de plus mental.

Nicolas Maury a un tempérament plutôt exacerbé, il est "trop" comme le dit un personnage dans le film. En revanche votre musique ne l'est pas, elle apporte une mesure, une délicatesse qui contrebalance.

O.M : C'est vrai qu'il est dans une sorte d'outrance, et moi je suis plutôt d'un naturel réservé, ce qui a fait que ça marche bien entre nous, les contraires qui s'attirent. On s'est complétés.

Et enfin terminons par la chanson. Elle termine le film, mais elle était le point de départ de votre collaboration...

O.M : C'est en effet le point de départ, en me disant qu'on allait faire une chanson pop, j'ai écrit à partir du scénario, j'ai retenu le thème de la jalousie, le cadre de la terre natale dans le Limousin. Ça a nourrit l'écriture de cette chanson. Il fallait une chanson qui représente le film et les personnages. Il fallait que ça soit comme un bilan, un retour sur l'heure et demie qu'on a passée.

 

Propos recueillis par Benoit Basirico

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