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Interview B.O : Olivier Arson (AS BESTAS de Rodrigo Sorogoyen)

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Propos recueillis à Cannes par Benoit Basirico - Publié le 29-05-2022




Sur le thriller franco-espagnol AS BESTAS (présenté à Cannes Première, au cinéma le 20 juillet 2022), Olivier Arson retrouve Rodrigo Sorogoyen après "Que Dios nos perdone" (2017), "El Reino" (2019) et "Madre" (2020). Pour faire exister les intimidations de voisins malveillants à l'égard d'un couple français (Marina Fois, Denis Ménochet) installé en Galice au milieu de la forêt, le compositeur convoque des percussions qui interviennent subitement au milieu d'une scène comme pour destabiliser une serenité, et entreprennent une progression de plus en plus angoissante. S'invite aussi le violoncelle.

Cinezik : Vous retrouvez Rodrigo Sorogoyen après “El Reino” et “Madre”, avec à chaque fois une couleur musicale singulière. Comment l'échange se produit entre vous ?

Olivier Arson : On est assez proche, donc je suis toujours un peu au courant des projets qu’il est en train d’écrire, ce qui me permet de lire les scénarios en avance. Et on a toujours des idées très claires avant de commencer chaque film. Et puis on aime bien les défis tous les deux. On aime bien ne pas trop se reposer sur nos lauriers. On essaie de pousser la machine un peu plus loin à chaque fois. Et puis Rodrigo est très clair dans ses indications, très précis sur ce qu'il veut. Il est très exigeant, mais après il laisse aussi une liberté énorme. Il est vraiment très bon pour trouver l'équilibre entre sa vision et un espace créatif pour ses collaborateurs. Je n’hésite pas avec lui à expérimenter de nouvelles palettes, de nouvelles techniques.

Chacun de ses films est dans le registre du thriller. Dans “El Reino”, il y avait le choix d'une partition techno, dans “El madre”, des cordes. Dans “As Bestas”, les percussions sont centrales. Elles interviennent subitement pour marquer un trouble. Ce n’est pas une musique évidente à faire accepter à un réalisateur ? 

O.A : C'est plutôt lui qui a insisté là-dessus. La percussion est effectivement très centrale. J'avais envie au-delà de la percussion de ne pas mettre beaucoup de musique. Je n'avais pas envie qu’elle soit très tonale. J'avais envie d’une musique très précaire. Le choix de la percussion nous a permis d'avoir quelque chose de brut. Après, dans la deuxième partie du film, ça évolue avec des choses un peu plus mélodiques quand même.

Comment était déterminé le placement de la musique ?

O.A : On travaille toujours ensemble, je lui fais des propositions, lui en fait d'autres. Et puis on évolue comme ça. On a beaucoup cherché le rythme de la musique. J'avais envie de mettre très peu de musique. Finalement, on en a un petit peu plus que ce qu'on avait pensé. Mais il y a quand même beaucoup de silences. C’est lié à l'ambiance de l’endroit du récit que j'ai eu la chance de connaître. J’ai passé une semaine à composer là-bas pendant qu’il tournait son film. J'avais vraiment envie de respecter le lieu. Pour la scène du bois, on avait envie de la laisser en silence. 

C’est intéressant, votre proximité avec le réalisateur va jusqu’à vous faire travailler sur le lieu du tournage...

O.A : C'était aussi une insistance de sa part. il me disait de venir parce que le lieu est vraiment spécial, dans la boue, le froid. C'était un peu une expérience. Et le QG du tournage était dans un petit village. C'était super de pouvoir passer une semaine ensemble, de prendre un peu la température du lieu. Au départ j'étais parti sur une proposition plus romantique. Et donc d’être sur place m'a bien influencé sur le fait d'aller vers quelque chose de beaucoup plus brut. On cherchait quelque chose de sauvage. Quand j'ai le temps pour pouvoir faire des recherches, j'en profite. 

Considérez-vous les musiques de film comme vos musiques personnelles ? 

O.A : Dans mes disques personnels, je viens de l'ambient, de la musique électronique et de la musique électroacoustique. Avec mon projet TERRITOIRE c'est plus varié, j'aime expérimenter, même sur un travail personnel, mais c'est toujours orienté vers la musique expérimentale, pas trop rythmée, dans un travail de textures. Dans ce sens, la techno de “El Reino” était loin de ma musique. Il y avait quelque chose de proche dans les sonorités synthétiques, mais le rythme un peu disco était loin de moi. Le réalisateur voulait pour ce film uniquement des machines. Et pour “As Bestas”, je voulais faire quelque chose qui se joue avec les mains, j’avais envie d'une musique totalement acoustique pour coller à l'ambiance du monde rural. Je ne voulais donc pas de sonorités électroniques. 

Le réalisateur est directif mais pousse le compositeur à aller loin...

O.A : Il a toujours une grosse vision, il a les idées claires, ce qui est très convaincant, mais il aime aussi prendre des risques. C'est ce que j'adore. Il pousse vraiment à se surpasser, à trouver des solutions que tu n'avais pas pensé. Ce que j'apprécie le plus chez lui c’est qu’il te challenge en permanence, il permet d'aller dans des directions où tu ne te sentais pas capable d’aller.

Vous êtes un peu comme les personnages du film, vous êtes un français installé depuis très longtemps en Espagne. 

O.A : Oui, mais j'aimerais bien quand même travailler en France. C'est vrai que ça fait longtemps que je vis en Espagne. J'ai quand même parfois un peu la nostalgie du pays. J'aime bien revenir en France de temps en temps. J'aimerais beaucoup travailler sur un projet français. 


Propos recueillis à Cannes par Benoit Basirico

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