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Akira  (1988)

Milan Music (15 septembre 2017) - CD / Vinyle | Réédition


 

La musique très particulière de Shoji Yamashiro  (à la tête du légendaire collectif japonais Geinoh Yamashirogumi qui interprète cette partition) a sans aucun doute contribué à asseoir la réputation d'Akira de chef-d'oeuvre du manga. Effectivement, on aura rarement entendu une musique aussi bizarre, aussi étrange, aussi décalée et pourtant aussi réussie sur les images d'un film d'animation japonais de cette envergure.



[© Texte : Cinezik] •
Akira

Tracklist (de la BO en CD ou Digital)

1. Kaneda (03:10)
2. Battle against Clown (03:36)
3. Winds Over The Neo-Toky (02:45)
4. Tetsuo (10:16)
5. Doll's Polyphony (02:53)
6. Shohmyoh (10:10)
7. Mutation (04:49)
8. Exodus From The Underground (03:17)
9. Illusion (13:56)
10. Requiem (14:25)

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Concernant Shoji Yamashiro, 'Akira' constitue son unique participation musicale au cinéma japonais. Yamashiro fait partie d'un groupe de world music japonais intitulé 'Geinoh Yamashirogumi', le style du groupe ayant apparemment dicté le style de la musique que souhaitait entendre le réalisateur d'Akira dans son propre film. Pour composer la musique expérimentale de 'Akira', le mot d'ordre semble avoir été: ne rien faire de conventionnel! Exit ici l'approche orchestrale traditionnelle! La partition iconoclaste d'Akira mélange donc divers éléments tels que d'étranges voix solistes, des chants bouddhistes, des éléments de musique japonaise traditionnelle, des polyphonies pygmées, des éléments de musiques ethniques (utilisation de gamelans), des synthétiseurs bizarres new-age, des percussions diverses (souvent japonaises et indonésiennes), des pièces atonales bizarres, etc. Le score se paye même le luxe de nous offrir à entendre un 'Requiem' étrange de plus de 14 minutes pour le final apocalyptique. La musique a beau être utilisée avec une certaine parcimonie tout au long des quelques 2 heures 10 du film, le score n'en demeure pas moins assez présent et difficile à ne pas remarquer lors de ses différentes apparitions. Il faut tout de même rappeler qu'à l'origine, Yamashiro a composé la musique du film sans avoir vu une seule image d'Akira. Le réalisateur a donc fait totalement confiance au musicien et au final, le résultat est là: la musique d'Akira est étonnante et surprenante de bout en bout!

'Kaneda', premier morceau entendu dans le film (après que Kaneda allume le juke-box au tout début du film - une façon comme une autre de débuter la musique de manière 'diégetique' ici), impose d'emblée un style assez particulier avec des percussions indonésiennes (les 'jegogs') par-dessus lesquelles viennent se greffer des voix d'hommes en apparence assez désordonnée, mais qui finissent par former un rythme assez tribal (voire primitif) sur le mort 'rassera', une chose étonnante étant donné que l'histoire se déroule dans le futur et que la musique conserve malgré tout un côté primitif et traditionnel (mais sans vraiment l'être). La musique accompagne alors la scène où la bande à Kaneda affronte le gang des clowns au début du film, 'Kaneda' retranscrivant la violence de ces affrontements par un côté plutôt rythmique mais pas du tout massif ou chaotique. On remarquera ici un premier élément intéressant, le fait que les chanteurs prononcent chacun à leur tour le nom des différents protagonistes principaux du film ('Kaneda', 'Tetsuo', 'Kay', etc.), une idée intéressante qui prouve bien à quel point les personnages sont ici les éléments clés de l'histoire d'Akira (même par rapport à la musique de Yamashiro). Dans la première partie de leurs interventions, les voix d'hommes prononcent aussi des mots divers (en japonais) tels que 'feu', 'rue', tonnerre', 'force', etc. Des mot-clés qui illustrent de manière très originale les éléments principaux du film.

Une seconde confrontation contre la bande des clowns est décrite dans l'étrange 'Battle Against Clown' qui utilise des synthétiseurs bizarres (genre sons de souffle humain frénétique) et des rythmiques plus modernes pour retranscrire la brutalité de ces affrontements entre motards. 'Winds Over Neo-Tokyo' utilise des sons électroniques aigus dans un style nettement plus atmosphérique mais toujours aussi bizarre. Yamashiro a vraiment voulu plonger le spectateur dans une ambiance particulière, une atmosphère unique en son genre vraiment faite pour l'oeuvre colossale qu'est 'Akira'. On notera l'utilisation étonnante de sons d'orgue et de sonorités cristallines dans 'Tetsuo', autre pièce étonnante liée ici au jeune Tetsuo qui découvre progressivement ses nouveaux pouvoirs surhumains, pouvoirs qu'il ne peut s'expliquer. Une fois encore, la musique révèle ici une facette plutôt expérimentale, un style très particulier qui apporte beaucoup au film et qui nous prouve à quel point la musique fait bel et bien partie de la mise en scène d'un film. Plus surprenant encore, 'Doll's Polyphony' est un sommet de l'expérimentation et de la bizarrerie puisqu'on y retrouve cette étrange polyphonie vocale de voix d'enfants décalée sur des onomatopées et des syllabes difficiles à décrire (sur fond de nappes de synthé atmosphérique), le tout accompagnant intelligemment la séquence où Tetsuo est en proie à d'angoissantes hallucinations dans lesquelles des poupées bizarres tentent de l'agresser. Les voix d'enfants illustrent ici les étranges pouvoirs de ces gamins aux visages de vieux qui ont subi eux aussi les expériences de l'armée. En fait, l'analogie est simple: puisqu'il est question ici d'expérimentations scientifiques, pourquoi ne pas produire de véritables expérimentations musicales pour le film lui-même? C'est simple, et pourtant, il fallait y penser!

Plus atonal, 'Shohmyoh' utilise un choeur d'une manière plus proche des techniques contemporaines du 20ème siècle, mélangées à des percussions japonaises qui semblent issues du théâtre Noh et de quelques chants issus à leur tour de la musique vocale traditionnelle japonaise. C'est ce mélange étonnant entre expérimentation et 'tradition' (dans le sens ethnomusicologique du terme) qui fait d'Akira un score unique en son genre et réellement particulier en soi. Le compositeur poursuit ses expériences dans l'excellent 'Mutation' où le choeur d'hommes se mélange à des solistes aux voix frénétiques et désordonnées, le tout étant soutenu par des percussions utilisées de manière continue. Le caractère assez confus du morceau évoque à son tour la séquence des horrifiantes mutations de Tetsuo à la fin du film, les voix étant là pour évoquer les différents protagonistes principaux du film, Tetsuo étant le personnage central du score et de l'histoire du film. Une fois encore, un compositeur occidental pour un film hollywoodien (par exemple) n'aurait certainement jamais eu l'idée de mettre en musique cette scène d'une manière aussi étonnante.

Moins intéressant, 'Exodus From The Underground Fortress' amène une rythmique plus pop/rock conventionnelle pour la séquence de la poursuite hors de la forteresse souterraine pour les expériences de l'armée. Les synthés années 80 se retrouvent mélangés ici avec quelques guitares électriques et des rythmiques entraînantes, mais qui jurent un peu avec le côté expérimental du reste du score et qui pourrait presque être considéré ici comme une certaine faute de goût par rapport à l'unité globale du score d'Akira. Finalement, Shoji Yamashiro nous garde le meilleur pour la fin avec, d'une part, un très atmosphérique et étrange 'Illusion' avec un intéressant travail de sonorités électroniques new-age et vocales, et l'incontournable 'Requiem' avoisinant les 15 minutes pour le final, mélangeant percussions traditionnelles, choeur d'hommes et solistes. C'est dans cette pièce que la musique semble s'élever et se rapprocher un peu plus du caractère métaphysique/mystique du final apocalyptique du film. Le choix même d'écrire un 'Requiem' pour ce final n'est pas anodin, si l'on considère le fait qu'un Requiem n'est rien d'autre qu'une messe des morts. Dès lors, on pourrait faire le rapprochement avec les idées métaphysiques de cette fin, de l'idée d'une force psychique/physique supra humaine, au-delà du monde humain (peut-être même divin, mais sans vraiment l'être?), et donc, au-delà de la mort terrestre en tout cas.

Le score d'Akira fait partie de ce genre d'oeuvres déconcertante que l'on ne pourra certainement pas apprécier à la première écoute. Très difficile d'accès, la musique d'Akira est ce genre de partition que l'on découvre et redécouvre sans cesse, tant l'écoute peut s'avérer riche en découvertes et en surprise. Visiblement, Yamashiro a des idées et il a tenu à explorer jusqu'au bout, quitte à décevoir un public qui pouvait s'attendre à une musique plus massive, plus grandiose ou plus épique. On se rapproche par moment des expérimentations de Takemitsu, mais en nettement plus original que certaines des oeuvres du grand compositeur japonais qui flirtaient parfois avec le style d'un Ligeti, d'un Boulez ou d'un Stockhausen. Expérimentale, la musique d'Akira l'est assurément, et pour cause: Shoji Yamashiro a cherché à nous plonger dans une ambiance certes déconcertante, mais assez unique en son genre (sans pour autant proprement révolutionnaire en soi), le tout apportant un 'plus' indéniable au film de Katsuhiro Otomo. Difficile à digérer, difficile à apprécier, la musique d'Akira (qui manque un peu de la richesse des partitions du même genre comme celles de Kenji Kawai pour 'Ghost In The Shell' par exemple) n'en demeure pas moins un score incontournable -sans être un pur chef-d'oeuvre comme le film lui-même- dans l'univers des musiques de films d'animation japonais. Voilà donc un score difficile d'accès à recommander essentiellement à tous ceux qui apprécient les expérimentations musicales (vocal/musique traditionnelle new-age, fusion, etc.) qui sortent de l'ordinaire. A noter qu'il existe aussi plusieurs albums issus de la musique d'Akira, comme par exemple un excellent 'Symphonic Suite' incontournable pour tous les fans de l'univers musical du film ou un album légèrement différent pour la version japonaise.

Quentin Billard

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