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Battlestar Galactica : saison 2   (2005)

• Michael Rymer •

• Musique composée par Bear McCreary

Critique et analyse de la musique de la deuxième saison de la série télé Battlestar Galactica.

[© Texte : Cinezik] •

Battlestar Galactica : saison 2

Sortie de la BO

La-La Land Records (13 juin 2006) - 1:17:50

Tracklist (de la BO en CD ou Digital)

1. Colonial Anthem (4:02)
Battlestar Galactica theme from "Final Cut"
2. Baltar's Dream (2:45)
from "Valley of Darkness"
3. Escape from the Farm (3:09)
from "The Farm"
4. A Promise to Return (3:03)
from "The Farm" featuring Ludvig Girdland & The Supernova String Quartet
5. Allegro (4:59)
from "Home, Part I"
6. Martial Law (1:51)
from "Fragged"
7. Standing in the Mud (1:45)
from "Black Market"
8. Pegasus (2:46)
from "Pegasus"
9. Lords of Kobol (2:50)
from "Pegasus" featuring Raya Yarbrough
10. Somethign Dark is Coming (8:51)
from "Lay Down Your Burdens, Part I"
11. Scar (2:26)
from "Scar"
12. Epiphanies (2:43)
from "Epiphanies"
13. Roslin and Adama (2:49)
from "Resurrection Ship, Parts I & II"
14. Gina Escapes (2:00)
from "Ressurection Ship, Part II"
15. Dark Unions (2:53)
from "Lay Down Your Burdens, Part II"
16. The Cylon Prisoner (3:51)
from "Pegasus" featuring Bt4
17. Prelude to War (8:22)
from "Pegasus" and "Resurrection Ship, Parts I & II"
18. Reuniting the Fleet (2:45)
from "Home, Parts I & II"
19. Roslin Confesses (2:09)
from "Lay Down Your Burdens, Part II"
20. One Year Later (1:43)
from "Lay Down Your Burdens, Part II"
21. Worthy of Survival (3:35)
from "Lay Down Your Burdens, Part II"
22. Battlestar Galactica Main Title (0:45)
23. Black Market (5:48)
from "Black Market" featuring Steve Bartek

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Autour de cette BO

Nos articles sur cette BO

Bear McCreary poursuit son travail en perpétuant la thématique dessinée dans le premier opus. Nouveau défi : là où la première saison commençait à approfondir des thématiques plus large en seulement 13 épisodes, la deuxième de 20 épisodes se lance définitivement dans ce qui fait pour beaucoup le cœur principal de la série : nouvelles pistes thématiques des scripts, donc nouvelle donne au niveau de la musique. Si un fossé séparait déjà la musique du téléfilm de celle de la saison 1, un bond en avant énorme sépare aussi celle de la saison 1 avec la saison 2. Entre toutes les influences à l'origine du pot pourri des précédents CD, le compositeur choisit, tri, assemble les origines diverses afin de composer un environnement sonore global et d'une cohérence sans faille.

Et quelle plus belle manière de commencer l'écoute de cette composition que par la reprise du thème principal de la série d'origine composées par Stu Phillips, réarrangé par McCreary, créant un pont musical avec les racines de la série, auxquels Ronald D. Moore ne cesse de se référer avec le plus grand respect. Utilisé dans l'épisode où une équipe de reporter vient partager la vie de l'équipage du Galactica pendant quelque jours, ce vibrant hommage nous offre surtout un morceau passionnant, à la rencontre de styles musicaux différent parvenant à créer sa propre cohérence au sein de l'univers des Dieux de Kobol, McCreary insufflant au style délicieusement pompier de Philips une touche de romantisme et de mélancolie grâce à l'utilisation de son panel orchestral issu de la version de 2003 (Colonial Anthem). Seulement ces quelques secondes de triomphalisme s'estompent doucement pour faire place à une plongée profonde dans ce qui fait le bonheur de cette série : sa noirceur et son humanité. Et quel meilleur personnage que Baltar pouvait illustrer cette plongée à demi éveillé, dans des couleurs musicales très orientale nous rappelant le thème du personnage dans une version encore plus tortueuse. Il s'agit d'une évolution du thème de la saison 1 que nous ne retrouverons plus dans le reste de la composition. Le reste du morceau s'emballe peu à peu avec l'arrivée d'un accompagnement orchestral, nous plongeant en plein cauchemar éveillé grâce à une orchestration sans faille qui ne faiblit jamais grâce à son crescendo très réussi (Baltar's Dream). Avec ces deux morceaux, il apparaît immédiatement que nous sommes en terrain connu : taïko, duduk, orchestre et synthé. Tout sonne comme la musique de la première saison, mais en plus aboutit, en plus définitif et en plus risqué.

                     


Baltar's Theme

Les premiers morceaux à bénéficier de cette plus grande expérience et dextérité dans l'écriture sont les phases d'action. McCreary parvient ainsi à varier les ambiances et les environnements, créant des phases de calme au milieu des tambours tonitruant, changeant les climats grâce à des expérimentations et variations de l'orchestre, le tout marié à l'utilisation de synthétiseurs et de guitare électrique. En résulte un dynamisme et une rage supportant sans peine la comparaison avec les images parfois dantesque que la série nous offre (Escape From The Farm). La durée de ceux-ci s'élargit enfin à de longues minutes, permettant d'offrir à la musique tout le développement qu'elle mérite grâce à de lentes envolées et un crescendo parfaitement géré, que ce soit au niveau du dynamisme ou de la tension dramatique (Scar).

Plus baroque, plus folle, sa partition ose et réussit haut la main tout ces paris. Que ce soit grâce à l'insertion de nouveaux thèmes uniquement orchestraux et mélodiquement brillants, ou lors de la reprise d'ancien thème comme celui de The Shape Of Things to come dans une version plus noire et plus profonde, se permettant de faire apparaître au milieu d'une mélodie parfaitement construite le thème de Boomer (Allegro). Cette approche se concentre notamment sur les relations entre Sam et Kara, et au début de leur idylle pour le moins... compliquée, avec l'utilisation d'un nouveau thème voguant entre la légèreté et la tristesse, leur confiance reposant sur une promesse faite par l'un des personnages, qu'ils ne pensent pas pouvoir tenir (A Promise To Return).

Tout comme pour la série, l'arc du Pegasus correspond à l'un des points d'orgue de la composition, principalement grâce à trois morceaux se trouvant dans l'épisode d'une heure qui lui est consacrée : Pegasus, Lords Of Kobol et Prelude to War. La prise de confiance du jeune compositeur se retrouve dans ses expérimentations osées : pari tenu. Que ce soit lorsqu'une ballade blues accompagne très simplement le vol des Vipers venant de découvrir l'immense vaisseau de guerre, parvenant à créer ce décalage, cette suspension conférant à la scène toute sa douceur dans les rares moments de paix et de calme que contient la série, ou l'espoir reprend enfin ses droits (Pegasus). Ou lors d'un chant sénégalais de Raya Yarbrough (chanteuse Jazz) sur des paroles de McCreary citant les dieux de Kobol, où la musique se fait peu à peu presque opératique dans son lien aux images, la séquence qu'elle illustre se faisant muette. Mais le cœur des morceaux d'action du CD se trouve à la piste 17, long morceau d'action de 8 minutes 30 introduit par une rythmique martiale entraînante, vite amplifiée par l'orchestre avec ses notes presque battues par les cordes créant une boucle musicale très simple mais incroyablement réussie, et conférant au morceau ce surplus d'âme et de folie que demandait la scène (le plus grand moment de toute la saison 2), et qui envoie la musique de Battlestar Galactica vers les hautes sphères de la musique pour l'image.

Kara / Sam (A Promise to return)

Loin d'être toujours tonitruante, la composition sait se faire discrète dans des morceaux plus longs et doux, rappelant là encore certaines pistes du premier album ou même du téléfilm, mais dans une version plus aboutie (les longues nappes de cordes inquiétantes de Dark Unions), un long développement « blues » distillant sa noirceur sur de longues minutes, McCreary ne plongeant jamais trop directement dans une émotion, mais voguant entre différents sentiments : mélancolie, noirceur et inquiétudes (Something Dark Is Coming). La musique de la saison 2 se fait parfois plus sèche, directe, voir aride lorsqu'elle évoque le destin de Gina : Cylon prisonnière du Pegasus (Gina Escapes). Là encore, comme pour le premier opus, lorsque aucun thème n'est associé à un personnage, il s'agit d'environnement sonore : ici, basse et guitare électrique uniquement (The Cylon Prisonner).

Tigh's Theme

Il est bien sur toujours question de thématique, le compositeur élargissant encore un canevas déjà bien large. Par exemple, lors d'une reprise par quatuor à cordes du chant de Kobol de la saison 1, suivit d'un long développement de ce même motif mélodiquement brillant (Epiphanies). Ou bien encore une version plus minimaliste avec cornemuse, voix et flûte du thème de la famille Adama pour célébrer leurs retrouvailles, cette version s'accordant au ton résolument sombre de l'ensemble des morceaux. Notons aussi la présence d'un motif pour la loi martiale, qui deviendra celui de Tigh pour le reste de la saison. Lente marche militaire funèbre, à la fois décidée et ténébreuse à la portée émotionnelle très forte bien que courte, la mélodie se dégageant du rythme ténébreux des tambours de guerre (Martial Law). Ou bien sur le morceau entièrement consacré à la relation amoureuse et platonique entre l'Amiral Adama et la présidente Roslin. Référence ouverte à James Horner, lent mouvement de corde d'un quatuor de corde romantique aux influences celtique, tout bonnement magnifique et qui deviendra le leitmotiv musical de leurs relations (Roslin and Adama), ce même thème sera repris en conclusion d'une autre piste dans une nouvelle orchestration très fine (Roslin Confesses). Là encore toutes ses influences parfaitement digérées coexistent dans un même univers de façon renversante. Cette même douceur orchestrale se trouvera dans les deux morceaux suivant, concluant le dernier épisode de la saison qui fit rentrer la série dans l'histoire, comme les deux facettes d'une même pièce. La première partie (One Year Later) se montrant plus lumineuse tandis que les réfugiés pensent enfin avoir trouvé un refuge, utilisant pour la première fois un piano cristallin, tandis que la deuxième (Worthy Of Survival) se montre bien plus sombre finissant en un crescendo classique.

Thème de Roslin et Adama

Deux petits cadeau bonus ont été laissé par le compositeur pour conclure cet album de la meilleure des manières : le traditionnel générique de début et un morceau clairement à part, car totalement rock, issus directement d'un épisode (Black Market). Cette piste de source musicale totalement hallucinée de six minutes se trouve placée à la fin de l'album tant il dénote avec le reste de la composition. Il n'en reste pas moins très jouissif et réussi ! Petite frustration : l'absence de deux morceaux non originaux présents dans la série mais absent du CD, le magnifique piano de Philip Glass du morceau Metamorphosis Five, et la reprise du thème principal de The Deer Hunter pour le final de l'épisode Scar. On notera le manque aussi d'un très beau passage lors de la découverte sur Kobol des différentes constellations. C'est à la suite de ces manques que vient la promesse du compositeur d'éditer un jour un CD regroupant les morceaux disparus des différentes parutions de La-La Land.

La musique de la saison 2 de la série repousse ainsi beaucoup plus loin les limites du téléfilm et de la saison 1, offrant un album sans temps mort, remplit de morceaux passionnants à l'écoute, dépassant le simple cadre de la musique fonctionnelle télévisée mais prenant peu à peu son envol pour atteindre les sommets de la composition pour une série télévisée.

Adrien Pauchet

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Bear McCreary a signé la musique d'autres films de Michael Rymer : Battlestar Galactica : saison 1 (2004) •

Bear McCreary a également écrit la musique de : Into The Dark (série) (2019) • Child's Play : La poupée du mal (2019) • The Professor And The Madman (2020) • Terminator : The Sarah Connor Chronicles (2008) • Battlestar Galactica : saison 3 (2006) • Battlestar Galactica : saison 4 (2005) • Caprica (2009) • Human Target : la cible (2010) • Europa Report (2014) • The Cape (2011) • Defiance (2014) • Black Sails (2014) • Knights of Badassdom (2015) • Everly (2016) • Agents of S.H.I.E.L.D (2017) •

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