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Battlestar Galactica : saison 3   (2006)

• Wayne Rose •

• Musique composée par Bear McCreary

Critique et analyse de la musique de la troisième saison de la série télé Battlestar Galactica.

[© Texte : Cinezik] •

Battlestar Galactica : saison 3

Sortie de la BO

La-La Land Records (23 octobre 2007) - 1:18:34

Tracklist (de la BO en CD ou Digital)

1. A Distant Sadness - From "Occupation" (2:50)
2. Precipice - From "Precipice" (4:52)
3. Admiral and Commander - From "Exodus, Parts I and II" (3:16)
4. Storming New Caprica - From "Exodus, Part II" (7:48)
5. Refugees Return - From "Exodus, Part II" (3:43)
6. Wayward Soldier - From "Hero" (4:17)
7. Violence and Variations - From "Unfinished Business" (7:42)
8. The Dance - From "Unfinished Business" (2:33)
9. Adama Falls - From "Unfinished Business" (1:43)
10. Under the Wing - From "Maelstrom" (1:16)
11. Battlestar Sonatica - From "Torn" (4:44)
12. Fight Night - From "Unfinished Business" (2:27)
13. Kat's Sacrifice - From "The Passage" (2:46)
14. Someone to Trust - From "Taking a Break From All Your Worries" (3:09)
15. The Temple of Five - From "The Eye of Jupiter" (2:44)
16. Dirty Hands - From "Dirty Hands" (3:32)
17. Gentle Execution - From "Exodus, Part II" (3:28)
18. Mandala in the Clouds - From "Maelstrom" (4:07)
19. Deathbed and Maelstrom - From "Maelstrom" (5:53)
20. Heeding the Call - From "Crossroads, Part II" (2:11)
21. All Along the Watchtower - From "Crossroads, Part II" (3:33)
Performed by BT4

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Autour de cette BO

Nos articles sur cette BO

Après le choc musical que constituait la musique de la saison 2 de la série, difficile pour McCreary d'aborder cette saison de manière totalement sereine. La série ayant trouvée son rythme de croisière et ne connaissant pas de basculement thématique aussi important que précédemment. Moins de surprise donc pour ce troisième CD signé par le toujours aussi jeune compositeur. Un manque largement compensé par une construction globale encore plus cohérente, pour la saison qui marquera la transition finale vers une musique totalement thématique, l'ensemble des thèmes et motifs étant définitivement présentés, que ce soit dans les CD ou lors de l'écoute de la série.

Le premier titre de l'album annonce la couleur : A Distant Sadness ne surprendra ainsi personne par sa tonalité désespérée. Nous avions laissé les humains prisonniers des Cylons, nous les retrouvons quelques mois plus tard, tandis que la résistance s'organise. C'est Raya Yarbrough qui ouvre magnifiquement l'album grâce à une nouvelle reprise réorchestrée du Thème de Kobol (ou Théme de Roslin) de Kobol Last Gleaming dans une version bien plus mélancolique, illustrant le montage parallèle qui ouvre la saison 3 et nous plongeant directement dans la situation désespérée des coloniaux. Chose amusante, un petit clin d'œil à été laissé au tout début de ce morceau grâce à la présentation du thème capital de la deuxième partie de la saison : le thème du réveil des Final Four, avec une mélodie très simple, boucle musicale qui peut être déclinée de multiples fois. Les cinq premiers morceaux marquent ainsi les premiers épisodes de la série se déroulant dans l'atmosphère étouffante de New Caprica, le refuge devenu cauchemar et prison. Ces cinq morceaux constitueront un panel résumant une grande partie de ce qui a pu déjà être fait musicalement dans l'univers de la série. L'action reprend ses droits dans l'un des morceaux les plus trépidants de toute son œuvre, à l'orchestration typique lorgnant vers les sonorités sombres et torturés de la saison 2. Ce morceau est surtout l'occasion de présenter un tout nouveau thème (encore), celui de la relation Kara (Starbuck)/Leoben, ajoutant une nouvelle corde à l'arc du personnage. Cette saison est en partie celle du personnage de Kara « Starbuck » Thrace, et de sa quête spirituelle sous forme de chemin de croix qui trouvera sa conclusion dans l'épisode 17.  McCreary illustre ce sentiment mystique par un thème au violon électrique (déjà présent pour le thème de Roslin et Adama ou bien pour Baltar), une lente plainte de six notes, nappe de calme au milieu du reste plus tonitruant. A la fois mystérieux et poignant, ce thème qui est probablement l'un des plus beaux de toute la série va permettre au compositeur de varier grâce à ses orchestrations l'émotion produite par celui-ci, sachant se faire inquiétant, mystérieux, ou touchant (Precipice). La mélancolie prégnante sur tout ce début de composition gagne peu à peu des motifs déjà très connus : nous est offert une reprise très réussie du thème de la famille Adama à la guitare sèche pour les adieux entre le père et le fils (Admiral and Commander).

La saison 3 est aussi l'occasion pour le compositeur d'utiliser un orchestre bien plus massif que pour ses précédents travaux. En résulte une puissance décuplée pour certains morceaux d'action pure, notamment pour ce grand morceau d'héroïsme que constitue le quatrième morceau du CD : Storming New Caprica, et ce même si les éléments habituels sont bel et bien présents, notamment les percussions grâce au bon vieux taïko, qui obtient le soutient d'un instrument rarement entendu, le uilleann pipes. Classique et réussi dans sa première partie, le morceau s'envole totalement par la suite avec l'arrivé d'un orchestre à corde massif, apportant une portée dramatique doublée, n'offrant cependant pas un morceau à la hauteur de Prelude To War. Reste l'un des meilleurs morceaux dynamique du score de la série, prouvant une nouvelle fois le talent de composition et de construction dramatique de McCreary. L'apport émotionnel de l'orchestre se fait totalement dans l'ultime morceau consacré à la boucle scénaristique consacrée  à New Capricca : Refugees Return conclue dans un lent mouvement Adagio de corde tragique, lorgnant vers Barber. La force baroque du morceau détonne comme avait pu le faire A promise To Return pour la saison 2, apportant une dernière touche délicate, se concluant sur une reprise inédite à corde du thème de Kobol (Roslin), ouvrant le CD. Nous pouvons immédiatement rapprocher de cette approche le morceau Gentle execution, autre facette des conséquences de la fuite de New Caprica que le même mode d'orchestration, le tout étant tout aussi déchirant.

Le cœur de l'album, loin d'être un ventre mou, propose plusieurs variations de thèmes présentés dans les deux autres compositions. Ainsi Violence And Variations offre un troisième mouvement à la symphonie débutée par The Shape Of Things To Come du premier album et Allegro du deuxième. Ce troisième mouvement apporte une continuité grâce à l'introduction du thème entourant la relation entre Kara et Anders, musique une nouvelle fois opératique offrant une introduction monumentale de huit minutes à l'épisode Unfinished Business. D'autres reprises réorchestrées sont présentes : le thème de Roslin et Adama dans un tempo plus lent (Adama Falls), ou celui de la relation entre Lee et Kara (Under The Wing) à la flûte.

Thème Kara / Lee

Le lien entre la musique et les images se faisant au fil des épisodes de plus en plus organique, la composition se fait parfois avant les prises de vues. Autre résultat de ce lien, la présence une nouvelle fois de source music : The Dance est ainsi une danse celtique aux sonorités traditionnelles entièrement composée par McCreary. Une multitude de source music se retrouve aussi dans des morceaux d'apparence plus bénigne, le compositeur ne se relâchant jamais : un sitar électrique, un duduk et un quartet de cordes pour un morceau à la fois dynamique et intriguant pour un épisode  « Stand alone » de moins bonne facture (Wayward Soldier), qui aura au moins sa musique pour seule qualité !

Arrive alors une suite de morceaux totalement originaux, ne puisant pas leurs origines dans les racines de la série, bien que restant bien entendu totalement dans la logique orchestrale et l'ambiance sonore du reste des épisodes. Et si le début de l'album se faisait classique, une mélopée d'une douceur incroyable jouée entièrement au piano vient nous rappeler la rigueur mélodique qui caractérise le jeune auteur. Long morceau de cinq minutes totalement envoûtant, accompagnant la solitude de Baltar sur le croiseur Cylon, construit encore une fois comme une boucle où vient poindre de temps à autre le thème des Cylons, il symbolise l'étau qui se referme peu à peu sur le personnage, s'enfonçant chaque jour un peu plus sous ses mensonges  (Battlestar Sonatica). Chacun des épisodes sont ainsi construit comme des univers à part entière, la douceur de Unfinished Business faisant ainsi place à la fureur de Fight Night, conservant son rythme de taïko mais imprimant par-dessus une mélodie simple qui fonctionne parfaitement pour illustrer cette scène de combat de boxe. Bien plus qu'un simple morceau d'action, la mélodie évoque les différentes psychés des personnages se retrouvant sur le ring où se confrontent les hommes, leurs souhaits et leurs déceptions. Ou bien encore lorsqu'un épisode s'attarde sur les conditions de travail des ouvriers d'une centrale de raffinement, auxquels McCreary apporte la dureté nécessaire grâce à l'utilisation « aride » d'une simple guitare et d'une basse électrique lâchant les notes avec parcimonie (Dirty Hands). La proposition mélodique se fait ainsi dense, même pour des moments anodins, comme le magnifique début de Someone To Trust avec son violon.

 Temple Of Five's Theme

L'univers militaire et mystique se trouve dignement représenté par deux morceaux très différents. Tout d'abord Kat's Sacrifice et sa rythmique martiale sur laquelle est imprimé un court motif de cuivres rappelant les sonorités de Martial Law (Thème de Tigh). Et enfin Temple Of Five introduit par un nouvel instrument, de la désormais énorme collection de McCreary, le marimba. Connaissant un long développement pour une douce montée en puissance aboutissant à une reprise orchestrale du thème de Kobol (thème de Roslin). Deux morceaux très réussis dans des genres tout à fait éloignés. On peut regretter que l'un des plus beau passages de l'épisode ne se trouve pas sur le CD, nous l'évoquons cependant ici : il s'agit  d'une reprise chorale du thème de Roslin avec de nouvelles paroles évoquant le mantra de toute la série :

Omnia illa et ante fiebant, Omnia illa et rursus fient
Vis ingenii
/ Mens ignifera urens  / Manus in tenebris lucis  / In mariti oculo  / Oculi vaccae
All of this has happened before, And all of this will happen again
Intelligence
/ A mind that burns like a fire / The hand that lies in the shadows of the light / In the eye of the husband / Of the eye of the cow

Arrive déjà la longue conclusion de l'album. Tout d'abord la fin de la trajectoire de l'un des personnages principaux : Starbuck. La conclusion apportée au personnage se fait en deux parties, tout d'abord au travers d'une véritable pièce d'action « old school » typique de ce qui a fait le style Battlestar, avec en rajout un léger motif de cordes frottées frénétiquement pour cette ultime « dog fight » à la portée aussi spectaculaire que spirituelle (Mandala In The Clouds). Bine plus passionnant, le morceau suivant reste probablement l'un des plus grands tour de force de toute la composition de ce score. Marquant une nouvelle et dernière fois l'utilisation de l'orchestre à cordes, ce morceau est une lente progression à l'intérieur de l'esprit de Kara, tandis que celle-ci plonge de plus en plus profondément dans le maelström et ses propres souvenirs. Rassemblant différents instruments dans un même morceau en plus de l'orchestre : Marimba, voix, flûte et violon électrique. Le thème de Starbuck se trouve esquissé de manière terriblement nostalgique, tandis que la pression monte peu à peu conférant à la scène un impact juste énorme. Une ultime reprise du thème de Kobol d'une pureté incroyable vient amorcer la chute inexorable de l'un des plus grands personnages de la série. Une reprise du thème de Leoben se fait alors entendre, d'une tristesse infinie. Et enfin vient la grande conclusion ou se confronte les sentiments de Mort/Révélation dans le sacrifice de Kara, avec une ultime reprise orchestral du thème, méconnaissable de puissance.



Leoben's Theme

Arrive alors la folle conclusion musicale qui va pousser encore plus loin la relation image/musique. Là encore en deux parties, le thème des Final Four est d'abord esquissé au sitar, prenant peu a peu de l'ampleur avant que les motifs ne s'emmêlent pour arriver à un quasi brouhaha retranscrivant la folie qui gagne peu à peu les personnages à qui leur véritable nature est révélé (Heeding The Call). Enfin la grande conclusion musicale se trouve dans la reprise inattendue du morceau rock All Along The Watchtower, totalement réorchestré par McCreary dans une version totalement baroque accompagnant la révélation finale de la saison 3, et surtout la sortie dans l'espace d'Apollo, près d'une nébuleuse à la luminosité surréaliste conférant à la scène une dose de beauté, de rêve éveillé inattendu. La version est chanté par le frère même du compositeur, et interprété à l'aide d'élément tout droit sortis de la série, permettant au morceau de ne pas connoter avec le reste de la partition, mais de s'y insérer en parfaite conclusion. Ainsi nous pouvons entendre le tambour Yialli, la flûte Zurna ou le duduk.

On regrette encore une fois l'absence de certains morceaux, comme la comptine ouvrant l'un des épisodes de la deuxième partie de la saison 3 (parole de Michael Rymer et mélodie de Edward James Olmos lui-même !), et de certaines variations entendues dans la série mais absente des albums (comme certaines parties chanté par Raya Yarbrough pour des raisons de droits). Reste cependant un album d'une maturité ahurissante pour un compositeur qui reste encore jeune et qui a encore beaucoup à faire, mais déjà plus grand-chose à prouver ! Assurément l'une des plus grandes musique de l'année 2007, cinéma et télévision confondus...

Adrien Pauchet

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Bear McCreary a également écrit la musique de : Into The Dark (série) (2019) • Child's Play : La poupée du mal (2019) • The Professor And The Madman (2020) • Battlestar Galactica : saison 1 (2004) • Terminator : The Sarah Connor Chronicles (2008) • Battlestar Galactica : saison 2 (2005) • Battlestar Galactica : saison 4 (2005) • Caprica (2009) • Human Target : la cible (2010) • Europa Report (2014) • The Cape (2011) • Defiance (2014) • Black Sails (2014) • Knights of Badassdom (2015) • Everly (2016) •

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