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Bons Baisers de Bruges  (2008)

Lakeshore Records (12 février 2008) | Import


 

C'est Carter Burwell, le compositeur atitré des frères Coen, qui signe la musique de ce film policier britannique se déroulant dans la ville de Bruges, en Belgique.



[© Texte : Cinezik] •
Bons Baisers de Bruges

Tracklist (de la BO en CD ou Digital)

1. Prologue (1:17)
2. Medieval Waters (1:40)
3. The Little Dead Boy (1:46)
4. Townes Van Zandt : St. John The Gambler (3:03)
5. The Last Judgement (1:52)
6. View From The Tower (1:04)
7. My Suicide Your Homicide (1:38)
8. The Walkmen : Brandy Alexander (2:30)
9. Save The Next Boy (1:19)
10. Ray At The Mirror (1:19)
11. Walking Bruges (0:36)
12. The Magic Frog (0:50)
13. Schubert 24. Der Leiermann (3:40)
14. Harry Walks (1:22)
15. Dressing For Death (1:11)
16. The Kiss Walk Past (1:04)
17. The Dubliners : On Raglan Road (4:15)
18. Thugs Passing In The Night (1:13)
19. Shootout Part 1 (2:10)
20. When He's Dead (1:08)
21. Shootout Part 2 (2:44)
22. Principles (1:25)
23. I Didn't Want To Die (1:35)
24. Pretenders : 2000 Miles (3:38)

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Comment mettre en musique un film au ton aussi insaisissable qu’In Bruges (on préférera le titre original à la traduction française hors de propos), tout à la fois polar désenchanté, comédie drolatique et émouvante, récit d’une errance, ode à une ville… ? Là où le film de Martin McDonagh semble échapper à toute forme de classification, s’en tenant au fil fragile de son propre genre, la bande originale réalisée par Carter Burwell se caractérise par la grande unicité de son angle d’approche, celui de la mélancolie. Doucereuse et létale, cette dernière prend corps dans la légèreté de l’orchestre de chambre convoqué par le compositeur et enveloppe le film dans un fin brouillard semblant se confondre avec celui de « fucking Bruges »…

Le "Prologue" introduit d’entrée de jeu le thème principal du film, un joli motif au piano, un simple motif au piano, porteur d’une langueur dont on ne perçoit pas le bout, et dont la BO ne se départira plus. Nulle niaiserie cependant avec ce thème qui comporte aussi, au gré de ses modulations harmoniques, quelques traits d’une émouvante positivité, témoin de la contradiction ressentie par ces deux personnages principaux en perpétuelle oscillation mentale entre le poids du passé (le dramatique contrat foiré) et le vivre de l’instant présent (la découverte de la ville). Cette contradiction, cette manière de ne voir la ville qu’à travers le prisme de la culpabilité, entraîne le thème dans un redéploiement constant, qui s’étend de la version orchestrée de "Medieval Waters" (piste 2) à sa reprise éthérée dans "I didn’t want to die" (piste 23), en passant par plusieurs pistes intermédiaires – voire bouchent-trous - dont les modifications nous sont parfois quasiment imperceptibles.

Ce jeu de répétition, hypnotique dans le film, mais proche d’une répétitivité lassante dans la BO, est ponctué par la présence de deux autres thèmes notables. Le premier consiste en un crescendo atonal aux cordes, raisonnable et efficace, qui annonce la mort dans ses deux occurrences ("My suicide your homicide" - piste 7, "Principles" - piste 22). Le second est le thème associé personnage d’Harry arrivant dans Bruges pour régler leur compte aux deux héros : une marche péremptoire et menaçante, constituée de quintes parallèles retranscrivant sa folle psychorigidité, qui produit un effet extraordinaire à l’image. Apparaissant sous une forme orchestrale dans "Harry Walks" (piste 14) et "Thugs pasing in the Night" (piste 16), ce thème est ensuite repris dans un arrangement rock aussi démentiel qu’inattendu dans "Shootout, Pt. 1" (piste 19), pour ce qui constitue le paroxysme émotionnel du film. Les accords majeurs présents dans la deuxième partie du thème d’Harry révèlent alors de manière éclatante le caractère libérateur de ce personnage et de son action : par sa volonté de tuer, il réveille l’instinct de survie du suicidaire Raymond ; il ressuscite en fin de compte son envie de vivre. L’on peut dès lors saluer la pertinence de Carter Burwell qui, à travers les deux parties du thème d’Harry (la première sombre, la seconde tendant vers la lumière) est parvenu à saisir – et transcender – musicalement l’un des paradoxes majeurs du récit.

Alors, BO indispensable à l’auditeur, In Bruges ? Son petit format et son manque d’envergure, masqués tant bien que mal sur la tracklist par quelques ajouts (du Schubert, des morceaux pop), nous empêchent malheureusement de répondre à l’affirmative. Elle n’en demeure pas moins remarquable par sa couleur froide, sa grâce létale et la pertinence de sa signification. BO indispensable au film ? Assurément !

Cyril Bonnet

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