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Aniki, mon frère   (2000)

Brother • Takeshi Kitano •

• Musique composée par Joe Hisaishi

Pour Brother, on retrouve le style traditionnel de Hisaishi : partition symphonique privilégiant dans les orchestrations les cordes et les vents, avec un piano, quelques percussions (principalement tambours et percussions métalliques) et un flugel horn (autrement dit une trompette très utilisé par les musiciens de Jazz).

[© Texte : Cinezik] •

Aniki, mon frère

Sortie de la BO

Milan/Polydor (avril 2000)

Tracklist (de la BO en CD ou Digital)

1. Drifter...In LAX (4:22)
2. Solitude (3:34)
3. Tattoo (0:56)
4. Death Spiral (1:04)
5. Party ~ One Year Later ~ (4:26)
6. On The Shore (1:21)
7. Blood Brother (3:37)
8. Raging Men (1:19)
9. Beyond The Control (1:25)
10. Wipe Out (5:26)
11. Liberation From The Death (3:52)
12. I Love You... Aniki (7:37)
13. Ballade (1:54)
14. Brother (4:32)
15. Brother - Remix Version (4:15)

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Autour de cette BO

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Subtile, la musique de Hisaishi laisse un peu de côté l'aspect ultra violent du film pour se concentrer sur l'histoire d'amitié et l'isolement du personnage de Aniki qui se retrouve bafoué dans son honneur, trahi par un homme de son propre clan, contraint de quitter son pays natal vers une terre étrangère où il ne connaît que son demi-frère, Ken. La musique d'Hisaishi apporte une touche d'humanité indispensable au film, une humanité qui semble faire cruellement défaut à ce film radicalement très violent. L'émotion est pourtant présente lorsque l'on sent Aniki s'ouvrir à Denny avec qui il va petit à petit former une solide amitié (il lui parle de plus en plus et, chose incroyable, on le voit même sourire). Le thème principal exposé dans le générique de début évoque tout cela: la solitude de Aniki, son amitié naissante avec Denny, son lien familial l'unissant avec son demi-frère et le sous-fifre japonais d'Aniki venu le rejoindre à Los Angeles. En choisissant de confier ce très beau thème mélodique à un flugel horn très Jazzy avec des cordes et des vents chaleureux en accompagnement et un petit rythme de percussions de style exotique vaguement bossa, Hisaishi choisi de mélanger les genres tout en unifiant parfaitement le tout (aucun élément ne jure dans cet excellent morceau. Tout est très bien construit). Ce thème aux accents jazzy à l'ancienne représente très bien le personnage d'Aniki Yamamoto et de son déracinement forcé en faisant allusion à deux genres musicaux extra-japonais: le jazz et la bossa. Malgré ce mélange, le thème est parfaitement unifié. Cette astuce renvoie simplement au fait qu'Aniki saura très vite s'habituer à son arrivée dans un pays étranger, loin de sa terre natale, à tel point qu'il y créera un nouveau gang, maître de la ville. Les sonorités plutôt sombres qui ouvrent le film (on pense à des percussions) indiquent clairement une certaine gravité qui va très vite se faire ressentir dans le film, et ce bien avant qu'Hisaishi affiche son excellent thème principal, une mélodie jazzy un brin kitsch faisant allusion aux musiques pour les polars américains des années 50/60.

Mélancolique, la musique d'Hisaishi permet au spectateur de prendre un peu de recul par rapport à ce que le réalisateur lui 'inflige' en pleine figure tout au long du film. Sa musique nous rappelle alors que derrière cette sombre histoire brutale de yakuzas et de gangsters se cachent des hommes qui souffrent et qui sont pris entre deux eaux: se faire respecter et protéger leurs clans. Conservant un ton toujours lent et assez nostalgique, le score de Hisaishi est confié à un groupe piano/cordes (parfois avec une harpe, souvent suivie des vents) dans un registre plutôt tendre et mélancolique à la fois, quelque chose qui peut parfois paraître décaler par rapport à la grande violence du film mais qui agit pourtant clairement au niveau de l'inconscient du spectateur/auditeur. On raconte que pour ce film, Kitano a laissé la liberté totale à Hisaishi pour qu'il compose sa musique, ce qui explique le choix assez radical de sa mise en musique du film, plus quelques passages qui peuvent parfois paraître un peu trop décalé par rapport aux scènes, et notamment à une scène vers la fin où Aniki et Denny viennent enlever chez lui un gros caïd de la Mafia Italienne. Si la scène est très sérieuse et tendue à la fois, la musique plutôt mélancolique et harmonieuse d'Hisaishi peut paraître un brin déplacée avec la scène. C'est à mon avis le seul choix douteux d'Hisaishi par rapport à une séquence du film.

L'ensemble reste toujours très touchant, la musique apportant donc la part d'émotion et d'humanité qui fait cruellement défaut au film et fait plutôt ressortir la psychologie des personnages. 'Brother' est ce style de score absolument indissociable du film et qui monte à quel point une musique peut être étroitement liée à son film, puisqu'ici, le film ne peut pas fonctionner sans la musique et vice versa, les deux parties montrant chacune à leur tour une facette différente et pourtant complémentaire de l'histoire, une histoire de violence brutale et sanguinaire, mais aussi une histoire d'hommes, d'amis, de famille, de fraternité (d'où le titre du film, 'Brother' et 'Aniki, mon frère' en français). Dramatique, la musique d'Hisaishi s'affiche toute en retenue dans le film, n'en faisant jamais de trop par rapport aux images. La violence du film n'apparaît que dans un seul morceau, pour la séquence où le gang d'Aniki et de Shirase se sont associés et commettent leurs premiers méfaits ensemble. Là, le compositeur rompt brutalement avec le reste du score en lâchant ses tambours et ses percussions sauvages incroyablement brutales, le tout suivi par une touche rythmique de synthétiseur. Très sombre, ce morceau annonce la descente aux enfers inexorable pour Aniki et toute sa bande ('Raging Men').

Par moment plus agitée et dramatique, notamment avec des cordes plus sombres, la musique conserve toujours ce climat lent et dramatique tout au long du film, avec un certain minimalisme assez rare de nos jours. Le thème principal jazzy reste toujours présent tout au long du film pour évoquer le personnage d'Aniki, Hisaishi en proposant plusieurs versions au piano, l'instrument que le compositeur nippon semble avoir particulièrement prisé tout au long de sa musique, favorisant le timbre chaleureux et unique de l'instrument de l'émotion par excellence. (faut il rappeler que le piano fut l'instrument privilégié des compositeurs Romantiques du 19ème siècle? Et quel fut le meilleur siècle pour l'exaltation de l'émotion et du sentiment à part le 19ème?) Utilisant assez souvent un rythme léger de percussions (petits tambours à vase ouvert principalement), Hisaishi crée dans la dernière partie du film une petite rythmique jamais brutale (à part dans le morceau 'Raging Men').

C'est finalement le thème principal du générique de début qui conclut cette sombre histoire lorsque Denny s'en va avec le sac d'Aniki et un petit mot lui expliquant tout. Hisaishi nous propose alors pour le générique de fin une sorte de petit remix de son thème principal de flugel horn cette fois ci accompagné par une rythmique de percussions plus moderne dans le style hip-hop. L'idée est simple: c'est Denny, le copain noir d'Aniki qui prendra le relais de ce dernier et continuera à vivre, loin des ennuis qu'il lui a causé depuis le début de cette histoire (et en particulier avec l'assassinat de ses parents par la Mafia Italienne). Cette reprise avec une rythmique moderne permet aussi à Hisaishi de rappeler l'idée du mélange de cultures évoqué déjà au début du film puisqu'on a cette fois ci l'allusion au Jazz mélangé avec un élément de hip-hop (on pourrait presque considérer cela comme du 'Jazz-Fusion').

'Brother' est une BO très réussie, assez radicale de par son approche toute en retenue en en finesse par rapport à la brutalité horrifiante de réalisme du film. Le thème principal fait déjà partie des grands thèmes d'Hisaishi, tandis que l'aspect mélancolique et subtil de ce score nous pourra que plaire aux fans du film et aux autres, désireux d'entendre un compositeur pour une fois libre d'écrire ce qu'il veut sur un film, loin de tout système de temp-track et autres condition musicale contraignante. 'Brother' nous rappelle aussi que le compositeur nippon est toujours aussi inspiré lorsqu'il s'agit d'écrire une partition pour un film de Kitano. Une vraie réussite!

Quentin Billard

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Joe Hisaishi a signé la musique d'autres films de Takeshi Kitano : A Scene at the Sea (1991) • Sonatine (1993) • Kids Return (1996) • Hana-Bi (1998) • L'été de Kikujiro (1999) • Dolls (2003) •

Joe Hisaishi a également écrit la musique de : Le Voyage de Chihiro (2002) • Princesse Mononoké (2000) • Mon Voisin Totoro (1988) • Ponyo sur la falaise (2009) • Le Mecano de la General (1927) • Le Château dans le ciel (1986) • Porco Rosso (1995) • Les Enfants de la mer (2019) • Sunny et l'éléphant (2008) • Le Château Ambulant (2005) • Departures (2009) • Villain (2011) • Nausicaä de la vallée du vent (1984) • Kiki la petite sorcière (1989) • Tenchi meisatsu (2013) •

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