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Captain America : first avenger  (2011)

EMI / Disney (19 juillet 2011) | Original Score [musique originale]


 

Le réalisateur américain Joe Johnston (qui a travaillé avec les plus grands, JUMANJI avec James Horner, HIDALGO avec James Newton Howard, WOLFMAN avec Danny Elfman) fait appel pour la première fois au compositeur Alan Silvestri (fidèle de Robert Zemeckis). Après avoir écrit une musique pour une adaptation cinématographique des jouets Hasbro (GI JOE), le compositeur signe sa première partition pour les productions Marvel. Par ailleurs, Alan Menken (fidèle des animations Disney) signe la chanson titre, “Star Spangled Man”, air militaire patriotique interprété par The Metro Voices.



[© Texte : Cinezik] • 5099908551450
Captain America : first avenger

Tracklist (de la BO en CD ou Digital)

1. Captain America Main Titles
2. Frozen Wasteland
3. Schmidt's Treasure
4. Farewell to Bucky
5. Hydra Lab
6. Training The Supersoldier
7. Schmidt's Story
8. VitaRays
9. Captain America "We Did It"
10. Kruger Chase
11. Hostage On The Pier
12. General's Resign
13. Unauthorized Night Flight
14. Troop Liberation
15. Factory Inferno
16. Triumphant Return
17. Invader's Montage
18. Hydra Train
19. "Rain Fire Upon Them"
20. Motorcycle Mayhem
21. Invasion
22. Fight On The Flight Deck
23. "This Is My Choice"
24. Passage Of Time
25. Captain America
26. Star Spangled Man (Music by Alan Menken and Lyrics by David Zippel)

Autour de cette BO

"The First Avenger" - Alan Silvestri :

"Star Spangled Man" - Alan Menken

Nos articles sur cette BO

Alan Silvestri marque un retour en force sur « Captain America », pour lequel il signe une nouvelle grande partition symphonique martiale, héroïque et musclée, dans la lignée de « Judge Dredd », « G.I. Joe » ou « Eraser ». Avec « Captain America », le réalisateur Joe Johnston offre l'opportunité rare à Alan Silvestri de renouer avec un style symphonique qu'il avait quelque peu délaissé ces derniers temps aux profits des loops électro à la mode dans « G.I. Joe » ou « The A-Team », des partitions plus fonctionnelles et décevantes qui ne rendaient guère hommage au talent du compositeur de « Back to the Future » et « Predator ». Pour « Captain America », Silvestri s'offre les services du Hollywood Studio Orchestra et apporte un mélange détonnant d'action, de suspense et d'héroïsme au film de Joe Johnston, avec ce langage orchestral « old school » qui rappelle parfois le travail de James Horner sur « The Rocketeer » ou celui de Silvestri sur « Judge Dredd ». Le score de « Captain America » vaut surtout par son excellent et mémorable thème principal, mélodie ample et héroïque dans la plus pure tradition hollywoodienne du genre, symbolisant le héros de l'Amérique et les valeurs qu'il défend avec acharnement tout le long du film. Martiale et cuivrée, la fanfare du capitaine America reste gravée dans l'esprit longtemps après une première vision - le réalisateur déclarait récemment qu'il souhaitait que chaque spectateur ressorte du film en fredonnant la mélodie principale du score d'Alan Silvestri - dès le début du film, Silvestri impose clairement son ambition d'écrire un thème fédérateur fort et puissant, une mélodie héroïque et populaire dans le sens « Williamsien » du terme, à la manière des grands thèmes d'aventure d'antan. Hélas, si le thème principal est l'attraction majeure de la partition de « Captain America », tout ce qui tourne autour du thème est un brin plus décevant, car étonnamment fonctionnel et alimentaire, efficace sur les images mais pas follement inspiré. La fanfare du héros est introduite brièvement dès le traditionnel « Captain America Main Titles », partagé entre les roulements de caisse claire et les cors solennels rappelant maintes fanfares américaines d'Aaron Copland (rappelons que le film se déroule aux USA dans les années 40). Le thème, très discret durant la première partie du film, sera très présent lors de la création du Captain America et de ses exploits héroïques contre les nazis du maléfique Red Skull.

La première partie du film, qui va de « Captain America Main Titles » à « Captain America We Did It ! » est la plus décevante de la partition d'Alan Silvestri. Moins inspirée que la seconde partie, cette première section du score alterne entre suspense atmosphérique et morceaux fonctionnels qui ne laisseront pas un grand souvenir, la faute à une réelle ambition thématique - curieusement absente au début du film - et à un manque d'idée flagrant de la part du compositeur. Des ambiances sombres de « Frozen Wasteland » aux atmosphères mystérieuses de « Schmidt's Treasure » ou à la menace de « Hydra Lab », difficile de retenir grand chose de la musique en dehors des images. La musique remplit parfaitement le cahier des charges à l'écran, point barre. Le score apporte alors ce sentiment de danger et de mystère, tout en suggérant la menace grandissante de Red Skull à partir de « Schmidt's Treasure » et ses quelques cordes dissonantes sur fond de ponctuations de cuivres et de percussions. Red Skull a droit lui-même à son propre motif, qui s'avère être bien moins inspiré et pas aussi mémorable que celui de Captain America. Qu'à cela ne tienne, le motif est dévoilé pour la première fois dans « Frozen Wasteland » et sera associé tout au long du film aux méfaits du sinistre officier nazi, une sorte de pendant musical maléfique au thème héroïque principal. Le motif de Red Skull - qui passera totalement inaperçu lors d'une première vision du film - apporte une tension et un sentiment de danger omniprésent pour toutes les séquences avec le personnage d'Hugo Weaving. « Hydra Lab » reprend ainsi le thème aux cordes et aux cuivres, et rappelle, grâce à quelques notes similaires, le lien entre Schmidt et Steve Rogers (Red Skull aurait pu acquérir les pouvoirs de Rogers en d'autre circonstance). La musique n'a pas grand chose à raconter durant ces 20 premières minutes du film, hormis peut être un « Farewell to Bucky » plus intimiste et touchant (avec ses harmonies subtiles et apaisées) ou un « Training the Supersoldier » plus enthousiaste et déterminé, avec ses rythmes martiaux/cuivrés pour la scène de l'entraînement militaire de Steve Rogers. Le motif de Red Skull est assez présent pendant la première partie, mais peu mémorable et trop anecdotique pour susciter un réel intérêt : étant donné qu'il s'agit de l'alter ego maléfique de Rogers, on était en droit d'attendre un motif plus imposant et inspiré, un peu moins passe-partout. Les choses prennent une tournure plus satisfaisante dans « Kruger Chase », premier grand morceau d'action du score de « Captain America », et véritable défouloir orchestral dans la plus pure tradition des déchaînements orchestraux martiaux qu'Alan Silvestri affectionne tant. « Kruger Chase » accompagne intensément la séquence où Rogers pourchasse l'espion nazi dans les rues de la ville jusqu'au port.

Dès lors, le ton est donné : priorité à l'action et aux grands déchaînements orchestraux d'antan, avec des orchestrations solides et soignées, et - comble de chance - une quasi absence des traditionnels synthétiseurs et autre rythmique électro moderne à la « Remote Control », si ce n'est en dehors de quelques touches orchestrales dans « Troop Liberation » ou au début de « Fight on the Flight Deck ». Silvestri alterne alors habilement durant ces morceaux d'action martiaux et guerriers entre les envolées héroïques du thème principal et des allusions (souvent peu évidentes) au motif et sonorités plus menaçantes de Red Skull. On appréciera ainsi l'intensité dramatique de « Factory Inferno », l'héroïsme optimiste de « Triumphant Return », le caractère martial et déterminé du superbe « Howling Commando's Montage », évoquant brillamment les exploits du commando du Captain et de ses compagnons d'arme contre les troupes nazies - à noter l'utilisation d'un motif guerrier héroïque associé au commando dans le film, brillamment repris au début de « Hydra Train » et repris en partie des notes de la fanfare du Captain America. Le thème du commando revient dans le solide « Hydra Train » pour l'affrontement musclé dans le train nazi (on peut l'entendre entre 0:38 et 1:09), le tout sur fond de percussions martiales, de cuivres guerriers et de rythmes complexes et élaborés - à noter l'utilisation d'un ostinato de cordes/piano rythmique typique d'Alan Silvestri, dans la lignée de « Van Helsing » ou même « Predator ». L'action passe un cap avec l'excitant « Motorcycle Mayhem », qui reprend l'ostinato rythmique de « Hydra Train » et évoque furieusement la bataille en moto pour ce qui reste probablement l'un des meilleurs morceaux d'action du score de « Captain America », sur fond de reprises du thème héroïque et du thème du commando de héros américains - à noter ici l'utilisation du xylophone et des percussions, typiques du compositeur. Vous serez comblé dans le film par la puissance orchestrale de « Invasion » (dont la fureur rythmique et symphonique rappelle beaucoup « Van Helsing » et « G.I. Joe »), qui mélange des allusions au thème principal et au motif de Red Skull. Enfin, on ne pourra pas finir sans évoquer le somptueux « Captain America March », accompagnant fièrement le générique de fin du film avec une superbe reprise de la fanfare de Captain America dans toute sa splendeur, à la manière de la célèbre « Raiders March » de John Williams pour « Raiders of the Lost Ark », morceau honteusement absent de l'album CD et uniquement disponible en téléchargement bonus sur I-Tunes (chose curieuse, qui risque fort de pousser les acheteurs à la version téléchargeable au détriment de l'album CD !). A noter aussi la fameuse chanson originale d'Alan Menken - compositeur de chez Disney - pour le kitchissime « Star Spangled Man », accompagnant la séquence du numéro de music hall 40's vers le milieu du film, caricature joyeuse des musiques de propagande militaire américaine de la Seconde Guerre Mondiale, chanson sympathique mais pas indispensable, hormis pour ceux qui affectionnent les travaux vocaux/instrumentaux d'Alan Menken et son style musical cheap hérité de Broadway.

« Captain America » reste au final une partition assez rafraîchissante dans sa façon de vouloir renouer avec force et volonté à un style orchestral old school rappelant le grand Alan Silvestri des années 80/90. Ici, point de rythmes à la « Remote Control » et de synthétiseurs impersonnels comme dans les récents « Iron Man 2 », « Thor » ou bien encore « The Incredible Hulk », place à une déferlante symphonique d'héroïsme, d'action et de grands moments de bravoure, dans la plus pure tradition du genre. Si le score n'a rien de follement original et reste assez ordinaire de la part d'Alan Silvestri, on ne pourra que saluer ce bien bel effort de vouloir ressusciter un style orchestral devenu moribond à Hollywood, et qui semble encore avoir son mot à dire, tant que des réalisateurs « old school » comme Joe Johnston ou JJ Abrams (cf. le récent « Super 8 » de Michael Giacchino) continueront de travailler pour le cinéma américain. La musique, parfois très fonctionnelle et sans grand éclat, ne laissera pas un souvenir impérissable dans le film mais ravira malgré tous les auditeurs les plus exigeants, grâce à la présence d'un thème fédérateur ample, noble et mémorable, et par une multitude de morceaux d'action virtuoses et maîtrisés de bout en bout (bien que le motif associé à Red Skull soit quasi inexistant tant il paraît impossible à discerner clairement !). Alan Silvestri le sait bien, et ce plus que n'importe qui à Hollywood : c'est définitivement dans les vieux pots qu'on fait les meilleures soupes, et c'est donc en suivant ce bon vieil adage que le compositeur nous livre l'un de ses meilleurs scores d'action/aventure de ces cinq dernières années. Certes, malgré toutes ses promesses et ses ambitions, le score de « Captain America » risque d'en décevoir plus d'un à cause de son manque de thématique secondaire et son absence d'originalité et de prise de risque - sans oublier un caractère fonctionnel assez monotone dans le film - mais il serait injuste de bouder notre plaisir tant la musique semble habitée, sur les images, par une véritable volonté d'exacerber un style symphonique 'old school' salvateur pour un film de super-héros de 2011, une grande musique orchestrale à l'ancienne comme on en attendait plus aujourd'hui, à Hollywood ! Et pour Alan Silvestri, c'est l'occasion d'effacer les déceptions successives de « G.I. Joe » et « The A-Team », en attendant ses prochaines retrouvailles avec Robert Zemeckis et Stephen Sommers, que l'on espère autrement plus riches et encore plus inspirées !

Quentin Billard

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