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Dark City  (1998)

TVT Records (24 février 1998)
Durée : 1:00:11 | Album


Trevor Jones a eu la chance de pouvoir participer à Dark City pour lequel il a écrit une superbe partition orchestrale/électronique massive, sombre et puissante.

[© Texte : Cinezik]
Dark City

Tracklist

1. Sway (3:44)
Performed by Anita Kelsey
2. The Information (4:27)
Performed by Course Of The Empire
3. Just A Touch Away (5:03)
Performed by Echo And The Bunnymen
4. Dark (4:29)
Performed by Gary Numan
5. Sleep Now (2:02)
Performed by Hughes Hall
6. The Night Has A Thousand Eyes (3:31)
Performed by Anita Kelsey
7. Into The City (4:48)
8. No More Mr. Quick (3:25)
9. Emma (3:40)
10. The Strangers Are Tuning (3:56)
11. Memories Of Shell Beach (4:38)
12. The Wall (1:17)
13. Living An Illusion (2:57)
14. You Have The Power (12:14)

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Le premier élément important à noter, c'est bien sûr la quantité impressionnante de musique qu'il y'a dans ce film. Sur les 100 minutes du film, il doit y avoir près de 98 minutes de musique. Presqu'aucun moment de respiration, presqu'aucune pause dans la musique de Jones. Le compositeur a crée ici une oeuvre impressionnante, de très loin l'une de ses partitions les plus colossales qu'il lui ait été donné de faire pour un film. Le score de Jones repose surtout sur différents thèmes qui parcourront l'ensemble de la partition du film. Après une introduction lente, sombre et mystérieuse, c'est le superbe thème principal qui apparaît, un thème furieux, très rythmé et syncopé associé à la menace des étrangers et que Jones utilisera surtout dans les passages d'action du score (et ce dès les premières minutes du film). A noter que ce fameux thème est similaire à un motif de cuivres entendu dans le morceau 'évocation des ancêtres' du 'Sacre du Printemps' de Stravinsky. (inspiration ou coïncidence?) L'autre thème est moins rythmé mais encore plus sombre: il est utilisé pour évoquer les pouvoirs des étrangers (la syntonisation ou 'tuning'). Pour finir, on trouvera aussi un troisième thème plus mystérieux et calme associé à Murdoch, un thème plus mélodique avec une certaine chaleur plus humaine renforcé par l'utilisation surprenante de l'EVI (Electronic Valve Instrument), fameux instrument mi-acoustique mi-électronique qui est capable d'apporter des modulations sonores impressionnantes sur un registre conséquent de huit octaves. L'EVI sert à renforcer ici l'ambiance mystérieuse et surnaturelle du score et reste clairement attaché au secret que renferme le héros au fond de lui, un héros torturé qui va tenter de reconstituer tous les différents éléments de sa vie pour comprendre qui il est réellement.

'Into The City' nous ouvre donc le film et après la première exposition de l'excellent thème principal, Jones installe un climat pesant et sombre au début du film. A l'aide de l'orchestre, d'un choeur d'hommes associé à la menace des étrangers et de l'EVI (qui nous fait entendre quelques notes du thème de Murdoch), Jones installe très vite une atmosphère lugubre et pesante qui va s'amplifier avec l'utilisation d'un petit ostinato rythmique léger et entêtant pour toute la longue première séquence où Murdoch se réveille dans une baignoire et découvre le cadavre d'une femme dans la chambre d'hôtel où il se trouve. Cet ostinato rythmique qui passe surtout par un excellent travail entre rythmiques de synthé et orchestre sombre permet au compositeur d'alourdir astucieusement l'ambiance. La musique résonne en continu tout le long de la séquence en apportant avec elle un flot incroyable de tension. Le mystère est total au début du film et la musique de Jones est là pour renforcer cette atmosphère incroyablement pesante (le compositeur procédera dans la sorte dans son superbe 'From Hell'). Mais pour Murdoch, le cauchemar ne fait que commencer. Le puissant 'No More Mr.Quick' nous fait entendre la terreur des premières attaques des étrangers qui tentent alors de supprimer Murdoch qui ne sait pas qui ils sont et ce qu'ils lui veulent. Pour son premier gros morceau d'action du score, Jones fait appel à un orchestre déchaîné et tendu, soutenu par un flot de percussions impressionnant (essentiellement électroniques) et une reprise du thème principal plus explosif que jamais (ce thème illustre bien le côté agressif et inquiétant des 'étrangers' tout en donnant une certaine 'identité' puissante au score du film, à tel point que la seule écoute de ce thème ne peut que nous évoquer la puissance visuelle des images du film d'Alex Proyas). 'No More Mr.Quick' illustre donc cette première séquence d'affrontement avec les étrangers avec un orchestre déchaîné, dissonant et chaotique, et une force incroyable se dégageant des percussions.

Avec un morceau plus calme comme 'Emma', le compositeur apporte une petite touche d'humanité au sein de ce sombre score massif et parfois chaotique. On retrouve ici les sonorités à la fois troublantes et envoûtantes de l'EWI (instrument de prédilection du compositeur) dans un thème apparemment associé à la mystérieuse Emma (interprétée par une Jennifer Connelly magnifique de beauté), un thème vaguement plus mélancolique mais toujours aussi sombre, Jones ne relâchant que très peu de fois son atmosphère extrêmement pesante et tendue. Mais Jones conserve encore le mystère entourant cette femme censé être la femme de Murdoch qui n'a pourtant plus aucun souvenir d'elle. Le morceau évoque aussi l'amour difficile qui relie Emma à Murdoch, la jeune femme ne cessant de prouver son amour pour cet homme qu'elle a trompé et qui ne s'en souvient pas non plus; il a complètement perdu la mémoire - mais a t'il déjà eu une mémoire de son passé? Et qu'est réellement son passé ? Est-ce bien le sien ou est-ce une invention diabolique orchestré de la part des 'étrangers'? Ces questions vont prendre tout leur sens au fur et à mesure que l'histoire va progresser. Jones en reste donc là pour l'instant en renforçant le mystère véhiculé par des harmonies de cordes souvent fort sombres et un climat sonore étrange qui se dégage des sonorités envoûtantes de l'EWI.

Jones atteint un sommet dans le superbe 'The Strangers Are Tuning' pour la première séquence de la syntonisation collective des étrangers qui modulent alors la ville à leur façon. On retrouve ici le sombre thème ascendant des étrangers entendu sur des cuivres sombres au sein d'un orchestre massif et puissant. Très vite, Jones transforme cette séquence incroyable en scène surpuissante où l'on voit des bâtiments sortir du sol et s'élever dans les airs comme des baudruches que l'on gonflerait avec de l'air. Pour ce faire, le compositeur a recours à un puissant ostinato rythmique de l'orchestre qui est en fait très clairement calqué sur le fameux mouvement de 'Mars' de la suite symphonique des 'Planètes' de Gustav Holst. A l'aide de cet impressionnant ostinato rythmique qui renforce le sombre thème des étrangers, Jones rend la séquence grandiose à souhait avec une puissance orchestrale rarement atteinte dans ses précédentes compositions pour le cinéma. On retrouve toujours ces ambiances plus calmes et plus intimes comme c'est le cas dans 'Memories of Shell Beach', Murdoch songeant à Shell Beach, un lieu censé se trouver à l'extérieur où il aurait soi-disant passé son enfance. C'est en tentant de se souvenir de son enfance que Murdoch va se mettre en quête de ce lieu 'paradisiaque' qui lui permettra de trouver 'une porte de sortie' loin de ce cauchemar, mais pour pouvoir sortir de cette immense cité obscure, Murdoch doit d'abord savoir s'il existe un moyen de s'y rendre et si oui lequel. Et sur ce plan là, rien n'est moins sûr, la ville agissant comme une gigantesque prison sans issue possible pour tous les homme qui l'habitent (métaphore de la vie urbaine de tous les jours qui asphyxie la vie de certaines personnes?). Une fois encore, on retrouve ici une ambiance plus mystérieuse et vaguement mélancolique véhiculé comme toujours par l'EWI et des cordes toujours assez pesantes. On retrouve ici l'ambiance de 'Emma', le thème étant alors associé ici aux souvenirs de Murdoch, à cette quête de sa mémoire, à la 'reconstitution' de sa vie.

Quand à 'The Wall', il s'agit d'un autre morceau sombre et excitant, associé aux 'méfaits' des étrangers avec ce climat toujours très pesant alors que Murdoch aperçoit une porte apparaître et disparaître dans un mur de la ville. 'Living An Illusion' nous enfonce encore plus dans l'univers cauchemardesque du film avec des sonorités électroniques de plus en plus inquiétantes et des cordes sinistres évoquant une fois encore le trouble et l'inquiétude suscités par les étrangers et leurs incroyables pouvoirs. Le score et le film trouveront leur conclusion sur un magnifique 'You Have The Power', final gigantesque de plus de 12 minutes dans lequel le compositeur laisse se déchaîner son orchestre avec un flot de percussions impressionnants (rythmiques de synthé, timbales, tambours, etc...) pour la reprise du superbe thème principal évoquant la confrontation finale entre Murdoch et le chef des étrangers, le héros ayant finalement réussi à maîtriser pleinement ses pouvoirs psychiques. Dans un combat apocalyptique, Jones atteint le point culminant de sa partition avec un final grandiose tout à l'image de la dernière quinzaine de minutes du film. Le score se terminera de manière plus 'paisible' avec un final plus triomphant exprimant une sensation de 'libération', d'aboutissement, de paix retrouvée (on retrouvera le thème d'Emma/Murdoch exposé aux cordes sous une forme plus lyrique et paisible), le final nous permettant alors enfin de respirer.

'Dark City' est de loin l'un des meilleurs scores du compositeur qui nous montre ici toute l'étendue de son talent. Visiblement très inspiré par le sujet, Trevor Jones n'oublie pas d'évoquer les différents aspects de l'histoire: la recherche d'une identité (fictive?), la vie dans un monde cauchemardesque et suffoquant, les pouvoirs surnaturels des mystérieux étrangers et l'aspect chaotique et oppressant de cet univers de l'ombre (comparable aux enfers). Avec une thématique forte et une qualité d'écriture indéniable, la partition massive de 'Dark City' aurait mérité un 'traitement' discographique un peu plus approprié. Effectivement, le CD ne retient qu'une trentaine de minutes du score de Trevor Jones et sur les 98 minutes de musique du film, cela reste très léger, étant donné le fait qu'il manque de nombreux morceaux sur cet album encore une fois envahi par des chansons inutiles (dont plusieurs ne sont même pas entendues dans le film, comme d'habitude...). Bilan plus que positif donc pour ce score qui est considéré à juste titre comme l'un des 'hits' du compositeur dans les années 90, un score incontournable à découvrir si ce n'est pas déjà fait!

Quentin Billard

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