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The Fly (La Mouche)  (1987)

Varèse Sarabande (1986) | Original Score [musique originale]



On connaît bien la fameuse collaboration Cronenberg/Shore, avec de sombres exemples tels que Vidéodrome, Scanners, ExistenZ ou bien encore Crash. The Fly fait partie de l'un de ses BO les plus sombres, pas forcément l'une de ses plus originales voire expérimentale, mais une musique ténèbreuse et envoûtante, en plein dans le style si fort du compositeur canadien.

[© Texte : Cinezik] •

The Fly (La Mouche)

Tracklist (de la BO en CD ou Digital)

1. Main Title (1:54)
2. Plasma Pool (1:54)
3. The Last Visit (2:25)
4. Stathis Enters (2:19)
5. The Phone Call (2:07)
6. Seth Goes Trough (2:03)
7. Ronnie Comes Back (0:54)
8. The Jump (1:20)
9. Seth And The Fly (2:20)
10. Particle Magazine (1:01)
11. The Armwrestle (0:50)
12. Brundlefly (1:43)
13. Ronnie's Visit (0:35)
14. The Street (0:43)
15. The Stairs (1:25)
16. The Fingernails (2:35)
17. Baboon Teleportation (0:57)
18. The Creature (2:08)
19. Steak Montage (0:59)
20. The Maggot / Fly Graphic (1:37)
21. Success With Baboon (0:58)
22. The Ultimate Family (1:59)
23. The Finale (2:48)

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The Fly se décompose, comme le film, en plusieurs parties. L'inévitable Main Title annonce la couleur: le thème principal est exposé, envoûtant, une mélodie de notes descendantes, possédant un côté mystérieux sans être vraiment sombre. Shore a recourt à l'orchestre, à savoir le mythique London Symphony Orchestra, et utilise une superbe écriture mettant en avant l'envoûtement et le mystère, alors qu'à l'image nous voyons défiler des choses floues et indescriptibles, ce qui rend la musique encore plus mystérieuse, renforcé par un balancement sur deux notes des instruments à vents, ce qui rend la pièce encore plus hypnotisante, avant que la musique devienne un peu plus inquiétante, plus enlevée, avec quelques accoups de l'orchestre qui suggère que quelque chose de terrible va arriver, quelque chose de tragique et de terrifiant à la fois. Ce Main Title reste probablement l'un des plus réussi dans la carrière de Shore.

Shore caratérise dans une première partie deux choses: un, il décrit l'amour naissant entre Veronica et Brundle. Pour cela, il utilise un saxophone très romantique dans sa musique en guise d'un très beau "Love Theme". Ensuite, il décrit l'expérience des télépods avec un motif qui caractérise l'excitement de participer à une expérience révolutionnaire. Ceci constitue ainsi toute la majeure partie du début de la musique de Shore.

Une seconde partie est inévitablement plus sombre, ténèbreuse, et Shore plonge l'auditeur/spectateur dans le cauchemar crée par Cronenberg: la dégradation de Brundle qui va petit à petit se transformer en un horrible monstre-mouche. Difficile alors de décrire en détail la musique de Shore à ce moment là: le compositeur a recours à une musique atmosphérique terrifiante, dans lequel le thème principal, évoquant le mystère de l'expérience réapparaît peu de fois, étant donné que tout a été dévoilé sur l'expérience et que le spectateur sait déjà ce qui va arriver au personnage principal. La musique est aussi plus dramatique, alors que le couple se détruit petit à petit à cause de la dégradation et la descente aux enfers de Brundle. Un motif de 4 notes évoque la terrible chose qui s'est passé à la suite de l'expérience. Ce motif possède quelque chose de dramatique et de sombre à la fois, possédant aussi un côté déséspéré qui montre que quoiqu'il puisse se passer, personne ne pourra arrêter la dégradation de Brundle qui sera alors condamné à mourir.

C'est le côté glacial et atmosphérique de la musique de Shore qui fait souvent la réussite de ses excellentes musiques pour les films de Cronenberg, même si celle ci est beaucoup moins expérimental que certaines de ses oeuvres futures avec Cronenberg (rappellons que nous sommes alors en 1986, et que la collaboration entre Shore et Cronenberg vient à peine de commencer depuis 2 ou 3 ans). Notons que pour renforcer le côté glacial de sa musique, Shore n'hésite pas à réutiliser parfois ce fameux balancement sur 2 notes du Main Title, qui possède un côté hypnotisant mais aussi froid, mystérieux, et quelque part, inquiétant.

Mais la partie la plus intéressante dans toute cette seconde partie est probablement la dernière vingtaine de minutes de la fin, là où le cauchemar atteint son paroxysme. C'est là d'ailleurs que le film se dévoile complètement: c'est un film d'horreur 100%. J'aime beaucoup la musique typiquement horrifiante qu'utilise Shore pour la scène où Brundle ouvre le poignet d'un homme après avoir fait avec lui un bras de faire. Shore utilise comme Jerry Goldsmith dans Alien un echo de cordes des plus saisissants, évoquant l'horreur de la scène, un procédé qui fait toujours son petit effet! Mais c'est bele et bien la scène finale qui contient la musique la plus horrifiante du film. C'est le chaos total dans la musique de Shore. Certains pourront bien sûr trouver que cela fait cliché de musique de film d'horreur, je trouve que cela est beaucoup mieux fait que la moyenne. Probablement est ce le talent d'Howard Shore a créer de telles ambiances dans sa musique. Alors que Brundle-Mouche attrape Stathis, l'ami de Veronica venu le protéger, et qu'il lui broie le bras et le pied en lui crachant dessus un liquide gastrique acide qui fait fondre la matière, Shore utilise une écriture orchestrale déchaînée qui rend la scène chaotique quasi-insoutenable. En tout cas, il s'agit ici d'un bel exemple d'impact de la musique dans un film, d'autant que The Fly démontre une fois de plus les atouts de la collaboration Cronenberg/Shore.

Autant de musique cauchemardesque pour la scène finale: la transformation de Brundle en monstre-mouche, puis la mutilation de Stathis, et la mort de Brundle. La musique atteint alors une grande intensité dans le final du film, non seulement sur un point de vue frisson, mais aussi sur le plan dramatique, puisque Veronica doit tuer Brundle qui n'est plus qu'un bout de matière dégoûlinant et déformé, rien à voir en tout cas avec les happy-ends traditionnels de maintenant. La fin est résoluement tragique: Shore donne le ton avec sa pièce "The Ultimate Family" alors qu'il veut utiliser Veronica pour ne faire qu'un corps, puis "The Finale" qui conclut de manière tragique le film, avec le retour du thème dramatique de quatre notes exposé de manière puissante et inexorablement dramatique. Mais ce qui fait la force de ce final c'est véritablement toute la puissance et l'intensité de la musique dans la scène. La fin n'aurait pas été aussi bonne si la musique de Shore n'avait pas été là pour la renforcer. Tout cela pour dire que The Fly, sans être un chef d'oeuvre dans le genre, reste très convaincant et contient de grands moments de frisson. Une BO très sombre, une plongée progressive dans le cauchemar. Seul reproche: les plages de l'album publié par Varèse ne sont pas dans l'ordre chronologique du film. Dommage. A part ce détail, The Fly est bien l'un des classiques de Howard Shore. A découvrir!

Quentin Billard

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