Quebec - Belgique - Suisse - Afrique 

EN

VOIR

PLUS

L'impasse  (1994)

Carlito's Way

Varèse Sarabande (28 juillet 2017) | Réédition


Pour Carlito's Way, De Palma a fait appel à Patrick Doyle, un compositeur totalement inattendu sur ce genre de projet, mais qui s'est néanmoins totalement dépassé et nous a offert une excellente partition orchestrale à la fois dramatique et sombre.

[© Texte : Cinezik]
L'impasse

Tracklist

1. Carlito's Way (5:17)
2. Carlito And Gail (4:05)
3. The Cafe (1:59)
4. Laline (2:36)
5. You're Over, Man (2:09)
6. Where's My Cheesecake? (2:12)
7. The Buoy (4:04)
8. The Elevator (1:45)
9. There's An Angle Here (2:18)
10. Grand Central (10:08)
11. Remember Me (4:52)

Lien d'achat :

Nos articles sur cette BO

Dans une interview, Patrick Doyle avait confié avoir adoré collaborer avec Brian De Palma sur Carlito's Way, précisant au passage que le réalisateur est un véritable mélomane qui sait toujours ce qu'il veut pour la musique de ses films. Visiblement, étant donné la qualité du résultat final, le réalisateur semble avoir particulièrement inspiré Patrick Doyle.

Fidèle à son style empreint d'un classicisme à la fois raffiné, académique et personnel à la fois, Doyle a construit une partition qui s'axe autour du caractère tragique de l'histoire et du côté plus thriller/suspense du film. L'ouverture du score met ainsi en place le thème principal confié à des cordes plaintives, dont le caractère élégiaque et les harmonies tourmentées évoquent irrémédiablement les grands adagios postromantiques allemands du 19ème siècle (la ressemblance avec l'adagio de Samuel Barber est aussi assez évidente). Ce grand classicisme d'écriture apporte une émotion particulière au film, dont seul Doyle possède le secret. L'ouverture du score annonce déjà d'entrée le final tragique de l'histoire avec une tristesse profonde et poignante. Le second thème du score est introduit dans 'Carlito and Gail', 'Love Theme' confié à un piano solitaire et des cordes et qui évite le sempiternel caractère niais et sirupeux en misant sur une écriture de cordes toujours aussi raffinée et proche de certaines partitions romantiques du 'Golden Age' hollywoodien. 'Carlito and Gail' évoque la romance entre les deux protagonistes principaux, tout en annonçant par son caractère légèrement mélancolique que cet amour est voué à l'échec avec la mort 'programmée' de Carlito. 'The Cafe' décrit la scène des retrouvailles entre Carlito et Gail dans le café, le morceau étant toujours dominé par ce piano raffiné et ces cordes romantiques dans un style plus apaisé, plus rêveur, plus romantique. Doyle s'offre même une petite incursion dans le jazz avec 'Laline' et son saxophone sensuel.

On passe alors assez rapidement à un côté suspense que l'on connaissait moins chez Patrick Doyle dans l'excellent 'You're over, man'. Le morceau rompt alors brutalement avec le début plus mélancolique et dramatique du début en affirmant une atmosphère de suspense et d'action assez inventive pour la scène de la fusillade dans le bar où se fait tuer le cousin de Carlito au début du film. Doyle utilise alors le piano et les percussions avec des orchestrations plus inventives et plus éloignées des partitions d'action conventionnelle d'Hollywood, et ce même si le compositeur fait ici quelques concessions à ce style orchestral plus rythmé et massif. En tout cas, Doyle accentue à merveille la violence de la scène et ce même si ce morceau inattendu paraît quelque peu redondant avec la scène (mais cela reste un choix esthétique tout à fait acceptable). Dès alors, Doyle installe une ambiance de suspense cohabitant avec des moments plus dramatiques. 'The Buoy' est orienté quant à lui vers cette ambiance plus sombre avec cordes, cuivres, vents et percussions évoquant les péripéties de Kleinfeld qui se met dans les ennuis jusqu'au cou, entraînant avec lui son meilleur ami, Carlito. Dans 'The Elevator', De Palma évoque la scène où Kleinfeld se fait poignarder près d'un ascenseur. Le compositeur fait alors brillamment monter la tension en ayant recours à des formules rythmiques de piano/marimba/pizzicato, un peu comme dans 'You're over, man' mais plus centré ici sur le suspense. La tension ne se relâche pas comme pour suggérer le fait que les deux protagonistes se retrouvent piégés dans cette 'impasse' sans issue. 'There's an angle here' prolonge le travail de suspense de 'The Elevator' avec ses formules d'ostinatos rythmiques de piano/cordes dans un style un peu rétro, évoquant parfois les musiques de suspense des films noirs du 'Golden Age' hollywoodien. 'There's an angle here' se veut déjà plus excitant, Doyle créant une ambiance plus urgente, plus agitée, alors que Kleinfeld est sur le point de se faire assassiner dans l'hôpital où il se trouve.

La qualité de ces morceaux de suspense nous renvoie clairement à la brillance de la mise en scène de De Palma, l'un épousant habilement l'autre dans le film. La tension atteint son apogée avec l'anthologique et incontournable 'Grand Central', superbe pièce d'action/suspense de 10 minutes illustrant le climax final dans la séquence de la gare, dans une atmosphère de course poursuite intense et de jeu du chat et de la souris. Doyle, qui développait pendant près de 3 morceaux l'ostinato rythmique de piano, lui fait atteindre ici son apogée d'une manière plus violente et explosive. La formule rythmique synonyme de tension et de danger devient brutale et frénétique une fois confiée aux cordes, cuivres, vents et percussions. Pour Doyle, la séquence du 'Grand Central' a été très complexe à mettre en musique. A ce sujet, le compositeur expliquait que la scène était tellement longue et intense qu'il fallait trouver le moyen de conserver cette tension tout au long des 10 minutes sans jamais se relâcher une seule fois. En ce sens, 'Grand Central' reste un vrai tour de force orchestral de la part du compositeur qui n'avait encore jamais vraiment écrit ce genre de musique d'action/suspense pour un film. Mais son inexpérience dans ce genre cinématographique n'a jamais influé une seule fois sur la qualité de sa musique, bien au contraire. Le compositeur maîtrise pleinement son sujet et nous offre un pur moment d'action de 10 minutes inoubliables, un grand moment de musique de film tout court et de mariage entre musique et image, débouchant sur le tragique 'Remember Me' qui rejoint l'ouverture avec son adagio poignant pour cordes élégiaques et funèbres illustrant la mort annoncée de Carlito Brigante.

Sans être l'une des oeuvres majeures de Patrick Doyle, Carlito's Way dévoilait dès 1993 une facette méconnue du compositeur, celle des musiques d'action et de suspense que le compositeur développera pleinement plus tard dans des scores tels que Frankenstein ou Donnie Brasco. La musique épouse à merveille l'atmosphère tragique et sombre du film, baignant dans un classicisme d'écriture typique du compositeur écossais. Sans être d'une folle originalité, le score de Carlito's Way dévoile néanmoins un certain talent du compositeur dans l'écriture des musiques d'action dans un style à la fois rétro et très personnel. En ce sens, la musique rejoint les meilleures collaborations de Pino Donaggio à des films de Brian De Palma sans pour autant réussir à les égaler. Un score recommandé, à découvrir pour tout ceux qui s'intéressent aux travaux de Patrick Doyle et son unique collaboration à un film de De Palma !

 

 

Quentin Billard

Boutique


En achetant cette BO sur Amazon par ce lien, vous apportez un soutien à notre site.

Voir toutes les dernières ventes

Autres BO du compositeur

Vos avis