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L'Important c'est d'aimer  (1975)

Universal - Ecoutez le cinéma (4 mai 2004) - en digital | Réédition


La musique de Georges Delerue hante radicalement le film de Zulawski. Du début jusqu'à la fin, la musique traduit la passion destructrice et obsessionnelle entre Nadine et Servais, les tourments des différents protagonistes, le chaos, la folie, etc. En ce sens, Georges Delerue a probablement écrit l'une de ses musiques les plus sombres et les plus poignantes de ce milieu des années 70.

[© Texte : Cinezik]
L'Important c'est d'aimer

Tracklist

Police Python 357 (1977)

1-Police Python 357 3.16
2-Les Châteaux 1.36
3-Final 3.11

L'important c'est d'aimer (1975)

4-Ballade dérisoire (version 1) 1.40
5-Désespoir et violence 2.21
6-Largo 1.26
7-Le théâtre 2.09
8-Ballade dérisoire (version 2) 1.38

Paul Gauguin (1975)

9-D'où venons-nous? 5.07
10-Que sommes-nous? 2.28
11-Où allons-nous? 2.02

Quelque part, quelqu'un (1972)

12-Quelque part, quelqu'un 3.11
13-Carrefour 2.30
14-Apaisement 1.30

Jamais plus toujours (1976)

15-Jamais plus toujours 3.17
16-Cartes postales 2.24

Malpertuis (1971)

17-Malpertuis (suite) 12.59

Les aveux les plus doux (1971)

18-Les aveux les plus doux 3.42

Paul et Virginie (1974)

19-Adolescence (générique) 4.46
20-Paradisiaque 3.08
21-L'adieu 3.31

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Le score de 'L'important c'est d'aimer' est hanté par un thème principal écrit pour cordes, dans un style poignant, dramatique et envoûtant qui représente à merveille la relation tourmentée entre Nadine et Servais. Pour se faire, le compositeur et le réalisateur ont choisi d'utiliser ce thème de manière fréquente et hypnotisante tout au long du film, répété inlassablement comme pour mieux représenter cette folie obsessionnelle, un peu à la manière du célèbre thème de Camille du 'Mépris' de Godard. Dès la première apparition de ce thème de cordes poignant (qui ressemble beaucoup à ce qu'a justement écrit Delerue pour Godard ou d'autres drames de cette époque), on sait que l'on à faire ici à une oeuvre maîtresse du compositeur, visiblement très inspiré par son sujet. Il s'agit véritablement ici du thème incontournable de cette superbe partition symphonique, de même qu'il s'agit sans aucun doute de la pièce la plus tonale du score, avec la fameuse 'Ballade dérisoire' confié à une trompette et l'orchestre, dans un style non teinté d'une certaine ironie qui évoque la déchéhance des personnages (à noter la façon dont la musique est diffusé quelques fois sur un vieux tourne disque dans le film - la musique fait alors partie intégrante de la scène du film).

Effectivement, le reste du score fait la part belle à des pièces atonales souvent dissonantes, plus massives et véritablement terrifiantes. On pourrait presque considérer la partition de 'L'important c'est d'aimer' comme une sorte de musique de thriller avec son lot d'effets orchestraux hérités des grands compositeurs 'contemporains' de la fin des années 50 (Xenakis, Penderecki, Stockhausen, Boulez, Penderecki, Ligeti, Nono, etc.). Delerue utilise dans ces pièces atonales l'orchestre avec cordes dominantes, mais aussi des percussions, un clavecin, un vibraphone, un orgue, etc. Autant dire que le compositeur se montre ici inventif sur le plan instrumental, dans un style qui n'est pas sans rappeler le caractère suffocant et cauchemardesque du célèbre 'Locataire' de Philippe Sarde. Delerue insuffle au film de Zulawski un pessimisme aussi suffocant que l'est l'ambiance sordide et parfois malsaine de 'L'important c'est d'aimer'. Sa musique trahi les tourments et la psychologie torturée des divers protagonistes du film. Ainsi, dès la scène du début où l'on voit Servais travailler tandis qu'il se fait houspiller par deux ou trois personnes de son employeur permet à Delerue de nous dévoiler une superbe pièce pour cordes dans un style qui n'est pas sans rappeler les grandes partitions thriller de Bernard Herrmann (on pense à des scores tels que 'Vertigo', 'North By Northwest' et même 'Psycho' pour le travail des cordes torturées). On notera ici l'importance accordée au rythme saccadé et aux tambours qui rythment ce morceau avec une certaine frénésie violente, un reflet presque musicalement excessif du tourment du protagoniste principal. Cette musique de style thriller peut paraît parfaitement décalée avec les images presque anodines de cette séquence, elle n'en demeure pas moins très réussie et remarquablement intégrée dans la psychologie des personnages, dans leur moi intérieur.

Utilisée avec parcimonie tout au long du film, la musique de Georges Deleure n'en demeure pas moins bien présente, essentiellement représentée par cet obsédant thème de cordes à la dimension tragique chère à la période française années 70 du compositeur. On retrouve cette atmosphère macabre et tourmentée tout au long du film, qui permet au compositeur de nous donner à entendre quelques beaux moments d'atonalité glauque et parfois suffocante, comme c'est le cas pour la superbe séquence de la pièce de théâtre, où Delerue utilise de terrifiantes tenues d'orgue à l'ambiance quasi surréaliste avec son lot de tenues de cordes dissonantes jouant sur les quarts de ton, les clusters, les glissendi et les nuages de pizzicati désordonnés proche des grandes pièces orchestrales de Penderecki (on pense parfois à son 'De Natura Sonoris N°1 et 2'). Cette scène, dominée par le remarquable Klaus Kinski dans un numéro d'acteur halluciné, prend une tournure réellement cauchemardesque avec la musique de Delerue, ce qui est d'autant plus étonnant si l'on considère le fait que si l'on enlève la musique à cette scène, elle ne voudrait plus rien signifier. Une fois encore, Delerue évoque ici la folie vue sous un angle particulièrement inquiétante voire horrifique (ce qui est particulièrement intéressant étant donné que l'on connaît généralement moins le Delerue atonal de cette période). On pourra peut-être trouver exagéré le caractère parfois 'grand-guignolesque' de la musique de Delerue, mais qu'importe, le résultat à l'écran est particulièrement intense et saisissant, preuve que ce grand compositeur français possédait décidément plus d'un tour dans son sac. Terrifiante musique orchestrale à la fois poignante, pessimiste, glauque, obsédante, brutale et macabre, 'L'important c'est d'aimer' fait partie de ces chefs-d'oeuvre du compositeur qui méritent d'être redécouvert d'urgence. Foncez sur la récente édition Universal France de Stéphane Lerouge, qui, même si elle omet encore certains morceaux du score (couplé avec le non moins superbe 'Police Python 357' à l'ambiance toute aussi cauchemardesque), n'en demeure pas moins un disque essentiel pour tout bon béophile qui souhaiterait entendre deux des meilleures partitions écrites par Georges Deleure pour le cinéma français des années 70!

Quentin Billard

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