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Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal  (2008)

Concord Records (26 mai 2008) - 1:17:28 | Original Score [musique originale]


John Williams retrouve Steven Spielberg et Harrisson Ford sur le quatrième volet de la saga culte "Indiana Jones", 19 ans après Indiana Jones et la Dernière Croisade. C'est également le retour du compositeur à l'écran après deux ans et demi d'absence : sa dernière musique remonte au dernier film de Spielberg sorti en salles : Munich (janvier 2006). Sans aucun doute la musique de film la plus attendue de 2008 !

[© Texte : Cinezik]
Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal

Tracklist

1. Raiders March (5:06)
2. Call of the Crystal (3:49)
3. The Adventures of Mutt (3:12)
4. Irina's Theme (2:26)
5. The Snake Pit (3:15)
6. The Spell of the Skull (4:24)
7. The Journey to Akator (3:07)
8. A Whirl Through Academe (3:34)
9. "Return" (3:12)
10. The Jungle Chase (4:23)
11. Orellana's Cradle (4:22)
12. Grave Robbers (2:29)
13. Hidden Treasure and the City of Gold (5:14)
14. Secret Doors and Scorpions (2:17)
15. Oxley's Dilemma (4:46)
16. Ants! (4:14)
17. Temple Ruins and the Secret Revealed (5:51)
18. The Departure (2:27)
19. Finale (9:20)

Autour de cette BO

Le label Concord Record a annoncé une réédition courant 2008 des trois premières musiques d'Indiana Jones, sous la forme d'un coffret de 4 Cds incluant Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal. S'agit-il de rééditions à l'identique des Cds existants ou de versions plus complète ? Nous n'avons pas plus d'infos pour le moment.

Nos articles sur cette BO

 Spielberg, Ford, Williams : trio de choc pour trilogie culte
[par Sylvain Rivaud]

A l'occasion de la sortie en salles d'Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal, impossible de passer outre une petit rétrospective musicale des films précédents, tous évidemments mis en musique par John Williams et réalisés par Steven Spielberg. Ces trois films sont un peu à part dans leur filmographie, car lorgnant constamment sur le registre de l'aventure pure et dure, du divertissement, voire même vers le film de genre (les autres oeuvres de Spielberg se voulant plus engagées ou nostalgiques).

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Avis à chaud :

John Williams compose un score beaucoup moins facile d'accès que les premiers : Indiana Jones a mûri, le style de Williams aussi. C'est certainement le score le plus sombre de la saga, le plus complexe aussi, raison pour laquelle nous y reviendrons plus longuement ultérieurement !
Mais on peut dire dans un premier temps que Williams fait preuve d'une réelle inventivité dans sa façon de jouer avec le thème mythique, qu'il n'a pas perdu la main pour écrire des scènes d'action dantesques, et qu'à l'instar de Spielberg faisant une compilation de son œuvre dans le film, on retrouve dans la musique de nombreuses évocations à des partitions comme « A.I. » (et ses nappes synthétiques énigmatiques), « Le Monde Perdu » (‘Grave Robbers' et ses percussions tribales) ou encore l'atonalité façon « Guerre des Mondes » (‘Hidden Treasure and the City of Gold')... Une grande musique-somme, comme un regard sur son travail passé avec son oreille d'aujourd'hui, ce qui rend la musique d'autant plus passionnante. Il n'oublie pas non plus les thèmes des précédents film d'Indiana Jones en reprenant le thème de l'Arche d'Alliance et le thème de Marion ("Les Aventuriers de l'Arche Perdue"), ou celui du Graal ("La Dernière Croisade").

Certains pourront trouver ces références paresseuses : on peut y voir aussi un clin d'œil inconscient au spectateur auditeur qui retrouve ici motifs et couleurs des œuvres précédentes du cinéaste. Comme si Spielberg et Williams avaient joué au jeu des retrouvailles avec complicité et amusement, portant un regard nostalgique sur leur propre carrière commune. Faut-il y voir comme une œuvre testament ? Oui et non. Ce sera sûrement l'un des derniers grands films d'aventures des deux compères, mais cette musique reflète aussi leur envie commune d'aller plus loin dans la subtilité et la complexité. Si finalement le film reste fidèle à la saga, avec peu de renouvellement, la musique suggère ce bond en avant de vingt ans qui sont passés. Et c'est la grande classe. Encore une fois, respect monsieur Williams...

A noter que le séquençage du disque est très différent de l'apparition des morceaux dans le film, mais c'était déjà le cas pour les précédents (notamment « la Dernière Croisade »).

David Reyes & Sylvain Rivaud

Avis détaillé piste par piste : (attention : quelques éléments de l'histoire - peu importants - sont dévoilés, à lire de préférence après avoir vu le film)

Cet avis suit l'ordre chronologique d'apparition des morceaux tels que présentés sur le CD. Voici l'ordre de chacun tels qu'ils apparaissent dans le film :

1 - 2 - 3 - 4 - 6 - 8 - 7 - 15 - 12 - 14 - 11 - 9 - 5 - 10 - 16 - 13 - 17 - 18 - 19

Pour information, la durée de la musique dans le film avoisine 113 min. Le disque dure 77 min : 36 min sont donc totalement absentes du CD, soit approximativement un tiers de ce qu'à enregistré John Williams pour cette partition.

1. Raiders March

Il s'agit d'une version enregistrée spécifiquement pour l'album (elle n'apparaît pas telle quelle dans le film). On y retrouve le célèbre thème de l'aventurier, et le thème de Marion (Karen Allen), tous deux issus du premier film de 1980.

2. Call Of The Crystal

C'est aussi une version "concert", qui introduit le thème du Crâne de Cristal. La musique de John Williams se fait progressive, mystérieuse. Ce thème de sept notes est développé sur un ton modal typique de Williams pour évoquer un objet magique (le thème de Harry Potter ou des Sorcières d'Eastwick est construit de la même manière).

3. The Adventures Of Mutt

Le compositeur signe ici un morceau plein de malice, utilisant les quatre premières notes montantes de la Raiders March comme pour évoquer les prémices d'un grand aventurier (le digne fils à son papa !). Cordes sautillantes et cuivres rythmés suggèrent la jeunesse, la fougue. Cette version CD est aussi inédite (le thème est développé autrement dans le film).

4. Irina's Theme

John Williams continue la présentation des personnages avec ici le thème d'Irina (Cate Blanchett), un motif sinistre mais qui suggère toute la dualité du personnage : son côté féminin, sa délicatesse cachée, mais aussi son ambition et ses sombres objectifs. C'est le dernier morceau spécifiquement enregistré pour le CD. Les pistes suivantes apparaissent telles quelles dans le film.

5. The Snake Pit

Morceau malicieux, entraînant, presque mickey-mousing, avec pizzicato de cordes et motifs vifs au hautbois, il rappelle la légèreté du morceau "No Tickets" dans La Dernière Croisade. Le thème est pourtant moins attachant, même s'il suggère la même chose (la complicité père-fils, sauf qu'ici Indy est devenu le papa !).

6. The Spell Of The Skull

Premier rappel du thème de l'Arche d'Alliance (Les Aventuriers...) dès les premières secondes, pour la scène du film où Indy cherche une caisse secrète dans le hangar avec les russes. Williams joue sur l'inconscient du spectateur (censé avoir vu les premiers films, évidemment) pour évoquer ici l'aspect secret, magique et menaçant de l'objet recherché. Williams crée un suspense, jusqu'à a ce qu'un glissandi scintillant indique qu'on s'approche de l'objet (on pense à la scène de l'idole dans le premier film). Progressivement, le morceau se fait plus torturé, plus mouvementé. Le morceau d'action qui suit cette séquence dans le film (l'évasion d'Indy) est absente du CD.

7. The Journey To Akator

Cette musique illustre la première séquence de la carte (le voyage en avion vers le Pérou), avec un rappel du thème d'Indy. Pour le dépaysement, Williams s'amuse avec un passage de musique traditionnelle (qui fait davantage penser à de la musique mexicaine qu'à de la musique péruvienne !), avec percussions traditionnelles, flûtes de pan et trompettes.

8. A Whirl Through Academe

Premier morceau d'action du CD, illustrant la scène où Indy et Mutt traverse l'université en moto. On y retrouve tout ce qu'on aime chez le Williams d'action, avec des rythmes trépidants et des cordes vives, et de très courts motifs répétitifs aux cuivres, qui scandent l'action à l'image avec une précision à couper le souffle. Une fois de plus, la virtuosité de Williams souffle l'auditeur, mais avec ici une élégance qu'on ne retrouvait pas forcément dans les morceaux d'action de Star Wars III par exemple, plus virtuoses et plus impressionnants, mais plus froids. Il y a ici une malice et une dérision qui donne à la scène un ton humoristique très particulier, propre à la saga.

9. "Return"

Sombre morceau de cordes qui développement lentement le thème du Crâne de Cristal, dans une longue montée en puissance terrifante et malsaine. Williams utilise les notes graves d'un piano préparé, comme dans Munich, pour évoquer un danger à venir, une menace.

10. Jungle Chase

Le morceau d'action anthologique du film, sans aucun doute. Les trois premières minutes du morceau sont absentes du disque, qui propose les quatre dernières. On y retrouve tour à tour le thème de Mutt et une délinaison du thème d'Irina (les deux personnages s'affrontent avec Indy au milieu). Williams rythme la course éffrénée des jeep dans la jungle avec des cuivres et des percussions énergiques, tandis qu'un ensemble de violons rythment l'ensemble en arrière-plan. Du grand art. Dommage que la version intégrale n'existe pas en CD.

11. Orellana's Cradle

Retour du piano préparé et de la harpe pour cette scène où Indy découvre le Crâne de Cristal. Les cordes se font dissonantes, mais comme à son habitude, Williams rappelle les thèmes des protagonistes ou des objets : celui d'Indy bien sûr, et là plus clairement, le thème du crâne. L'ensemble se fait pourtant torturé, avec comme un sentiment d'inachevé.

12. Grave Robbers

Début exclusivement percussif, hommage non dissimulé à Jurassik Park 2 : The Lost World. Ce morceau très abrupt provient des deux scènes où les héros se font attaquer par des guerriers. On y retrouve l'aspect radical et anguleux de l'écriture du John Williams de ces dernières années (Harry Potter 3, Star Wars III...).

13. Hidden Treasure and The City Of Gold

Hommage à Artificial Intelligence et ses nappes mystérieuses dissonantes et envoûtantes de synthés et de cordes (on pense aussi à l'ouverture de La Guerre des Mondes). Ce sentiment d'étrangeté suggère bien sûr les entités extra-terrestres. Williams y développe de manière plus grandiose et impressionnante le thème du Crâne de Cristal, puis ressort notes pour notes le motif de cordes mouvantes du "The Intersection Scene" de La Guerre des Mondes. Hommage délibéré ou temp-track imposé ? Sûrement un peu des deux.

14. Secret Doors And Scorpions

Morceau de suspense classique de Williams sur la saga (on pense à la séquence de l'idole dans le premier film), avec quelques suggestions du thème d'Indy.

15. Oxley's Dilemma

John Williams déconstruit curieusement le thème du Crâne de Cristal, évoquant ainsi la folie du personnage d'Oxley (John Hurt) qui révèle les secrets du Crâne au compte-goutte, comme les pièces d'un puzzle. Au fur et à mesure du morceau, le thème du Crâne se reconstruit, dans une ambiance magnifiquement orchestrée, faite de cordes pincées et de volutes orchestrales discrètes, qui créent une attente. Le thème du Crâne de Cristal finit par retentir finalement, mais de manière terrifiante.

16. Ants!

Chaque film de la saga Indiana Jones comporte son lot de petites bêtes indésirables (les serpent dans le premier film, les insectes dans les second, les rats dans le troisième). Ici, c'est le fourmis. Williams suggère leur fourmillement avec des volutes de violons aigus très rapides, montantes et descendantes, scandées par des percussions et des motifs de cuivres parfois dissonants (on pense à "General Grevious" dans Star Wars Episode III). Simple mais efficace.

17. Temple Ruins and The Secret Revealed

Williams introduit les premières notes du thème du Crâne de Cristal avant de l'exposer complètement dans cette scène où les personnages se retrouvent dans la salle des trônes. On retrouve dans les sonorités du thème du Crâne de Crystal cette étrange mélange de synthétique et d'acoustique utilisé par Williams dans Artificial Intelligence, qui évoque à la fois l'extra-terrestre et une forme de savoir qui nous dépasse. Une sonorité hors du temps, hors de notre connaissance, à la connotation très spirituelle. La seconde partie du morceau est plus agressive, avec motifs de cordes dissonants et glissandis de harpe. Williams introduit aussi des choeurs pour l'aspect grandiose de la scène, mais aussi pour approfondir son aspect spirituel.

18. The Departure

On retrouve ici les rythmes typiques de La Guerre des Mondes et ses motifs de cuivres trépidants, scandés de percussions assourdissantes. Le morceau est clairement sombre et désespéré, jusqu'à dériver progressivement vers un ton plus optimiste (avec des cuivres lumineux) et où le thème du Crâne de Cristal, jusqu'ici présenté en mode mineur, devient majeur, comme le thème de Rencontres du Troisième Type. Une évolution logique pour la scène finale du film.

19. Finale

Générique de fin, qui illustre d'abord la happy end du film avec le thème de Marion pour continuer avec l'inévitable reprise de la Raiders March (assez amusante et décomplexée d'ailleurs), avant de laisser place à la traditionnelle reprise des principaux thèmes du film. Une conclusion en beauté pour un score carrément moins facile d'accès que les premiers opus, moins généreux en thèmes, mais plus complexe et plus subtil dans sa construction.

Il va de soi que John Williams a eu vingt ans de carrière entre le troisième et le quatrième film et qu'il ne pouvait pas occulter vingt ans d'évolution musicale, d'autant plus que le film demandait aussi une partition plus sombre et plus torturée. Les beaux thèmes des années 80 sont bel et bien révolus, et même si Spielberg et Williams rendent ici un bel hommage au cinéma de divertissement de cette époque pour laquelle ils furent les principaux chefs de file, leurs préoccupations sont bel et bien ailleurs. D'où un certain décalage évident et inévitable entre attente du spectateur et réalité (les hommes changent et seuls les faux artistes n'évoluent pas). On retiendra donc de cet Indiana Jones & le Royaume du Crâne de Cristal un sympathique "revival" du film d'aventures des années 80 sans aucune autre prétention. Mais les intentions de ses créateurs n'a jamais été autre. Donc, mission réussie. En attendant de retrouver un Spielberg plus personnel dans les années à venir, accompagné d'un John Williams plus innovant et plus mûr encore.

Sylvain Rivaud

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