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La Nuit du Jugement  (1993)

Judgment Night

Intrada (1993/2005) - 1:12:44 | Réédition



Alan Silvestri retrouve Stephen Hopkins après le gigantesque et mémorable ‘Predator 2’ (l’un des grands classiques du compositeur!) sur ‘Judgment Night’, pour lequel Silvestri nous offre une redoutable partition thriller d’une efficacité incontestable dans le film.

[© Texte : Cinezik] •

La Nuit du Jugement

Tracklist (de la BO en CD ou Digital)

1.Freeway Confrontation (2:07)
2.New Passanger (4:33)
3.Execution (5:22)
4-Train Yard (2:13)
5-Some 'Splainin' To Do (5:17)
6-Bat Woman (2:14)
7-Ladder Crossing (9:45)
8-Ray's Deal (3:24)
9-Ray Eats It (2:05)
10-Hello Ladies (1:23)
11-Make a Stand (3:32)
12-Mike Shoots Sykes (5:20)
13-All I Got Is You (5:30)
14-Stalk & Talk (4:40)
15-Final Fight (3:34)
16-It's Over (1:04)

Bonus Tracks
(Unused Electronic Score Selections)

17-Frank Takes the Wheel (4:02)
18-I Tried (2:36)
19-Judgment Night Theme (3:09)

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La musique souligne ici le suspense et la tension omniprésente tout au long du film, le compositeur utilisant ici l’orchestre symphonique traditionnel agrémenté d’une bonne dose de synthétiseurs aux sonorités glauques et sinistres. Dès ‘Freeway Confrontation’ (scène où les quatre amis se retrouvent bloqués dans un embouteillage sur l’autoroute au début du film), la tension se fait ressentir avec ces timbales, ces cordes graves et un premier motif construit sous la forme d’une passacaille avec une basse obstinée introduite par des vents sombres qui ne sont pas sans rappeler par moment les sonorités de certaines partitions thriller du grand Bernard Herrmann, l’un des grands maîtres de la musique à suspense hollywoodienne. Si ‘Freeway Confrontation’ annonce clairement le futur cauchemar que vont vivre les quatre amis, ‘New Passenger’ le confirme avec les sonorités électroniques proches du waterphone, les timbales menaçantes, les cordes graves et un motif principal que le livret intitule ‘tragedy theme’, motif de 4 notes qui n’est pas sans rappeler un autre motif entendu dans le mythique ‘Predator’ (1987), et qui sera associé au danger qui guette les quatre compères à chaque coin de rue. La tension de ‘New Passenger’ explose alors dans ‘Execution’ où Silvestri dévoile son écriture rythmique à base de percussions tribales/exotiques empruntées à ‘Predator 2’ (n’oublions pas que Stephen Hopkins est jamaïcain d’origine, et qu’on peut donc supposer que cela aura influencé le compositeur dans le choix de ses percussions exotiques), qui rythment ici une première course poursuite avec la bande à Fallon. Le morceau finit dans l’action pure et dure avec les recettes orchestrales indissociables du style d’Alan Silvestri: percussions martiales martelées, cuivres répétitifs, cordes tournoyantes, mouvements harmoniques parallèles, etc. Dès lors, ‘Train Yard’ (traque durant la scène des trains) confirme cette orientation percussive/rythmique avec ici un excellent contrepoint rythmique des cuivres et une série de nappes de sons stridents et grinçants de waterphone particulièrement stressants, symbolisant à merveille le sentiment de peur des quatre compères pourchassés par des tueurs sans scrupules. On retrouve ici le ‘tragedy theme’ ou thème du danger sur fond de cordes sombres et de piano/timbale martelés doucement dans le grave, dans un style qui rappelle une fois les précédents partitions thrillers du compositeur, ‘Ricochet’ et ‘Shattered’ plus précisément. A noter que les morceaux sont relativement longs (4 minutes, 5 minutes et même 9 minutes), ce qui, pour une fois, permet à l’auditeur de s’imprégner plus intensément de l’atmosphère de chaque morceau du score de Silvestri, un bon point qui n’est quand même pas si fréquent à une époque où les morceaux dans une musique de film sont de plus en plus brefs et morcelés, ce qui peut parfois nuit à une bonne écoute isolée de la musique.

‘Some Splainin To Do’ renforce à merveille le suspense durant la captivante scène du train avec une écriture atonale et dissonante emprunté à l’esthétique avant-gardiste de la musique savante du 20ème siècle. Clusters stridents des cordes, trémolos dissonants, passage aléatoire des sons de waterphone, etc. Tout est mis en œuvre pour nous faire ressentir ici l’angoisse des quatre compères cachés dans un wagon alors que Fallon se trouve à l’extérieur et tente de les déstabiliser pour les faire sortir de leur cachette, aboutissant à un déchaînement orchestral explosif à grand renfort de percussions tribales rythmant une nouvelle course poursuite. Même atmosphère de suspense captivant dans ‘Bat Woman’ et encore plus dans le long et suffocant ‘Ladder Crossing’ (scène de la traversée sur l’échelle tendue entre deux immeubles, au dessus du vide). On s’imagine sans mal à l’écoute de cette pièce extrêmement noire toute l’angoisse que peuvent ressentir les quatre compères, avec ces nappes de waterphone strident, la passacaille introductive de ‘Freeway Confrontation’, ces sursauts orchestraux et même un bref passage de cordes plus intime dérivé du thème rejeté que Silvestri composa à l’origine pour ce score (entendu dans sa version électronique à la piste 19). En l’espace de moins de 10 minutes, Silvestri condense ici tous les principaux éléments de sa partition pour ce qui reste incontestablement l’un des plus sinistres morceaux à suspense du score de ‘Judgment Night’. La tension devient quasiment extrême dans ‘Ray’s Deal’ lorsque Ray tente de négocier devant Fallon, accompagné ici par une étrange flûte synthétique qui peut sembler légèrement hors d’à propos ici mais qui apporte néanmoins une couleur étrange quasi angoissante à la musique. L’action pointe le bout de son nez dans ‘Ray Eats It’, ‘Hello Ladies’ (poursuite dans les égoûts) et ‘Mike Shoots Sykes’ et l’excitant et conclusif ‘Final Fight’ (confrontation finale) visiblement très inspiré ici des rythmes martelés et obsédants de ‘Ricochet’, le score se concluant sur une ultime touche sombre dans le tendu ‘It’s Over’ et ses tenues de cordes dissonantes avant un dernier et bref sursaut orchestral. En guise de bonus, l’excellent album publié par Intrada nous propose trois pistes du score électronique d’origine écrit par Alan Silvestri pour les besoins du film, incluant le ‘Judgment Night Theme’ que le réalisateur a choisit de ne pas utiliser dans le film, préférant privilégier le côté atmosphérique et sombre de la musique en minimisant au maximum tout aspect mélodique, un choix qui colle d’ailleurs à merveille à l’atmosphère suffocante et pesante du film.

Grâce à cette récente édition inespérée, les fans d’Alan Silvestri vont enfin pouvoir entendre cette petite perle méconnue du compositeur, une solide partition thriller qui vous captivera du début jusqu’à la fin pour peu que vous soyez réceptif au style thriller/atmosphérique du compositeur. Inspiré des rythmiques de ‘Predator 2’ et du style orchestral de ‘Ricochet’ et ‘Shattered’, le score de ‘Judgment Night’ apporte son lot de suspense et de tension à un film qui n’en manque pas, accentuant chaque scène avec une efficacité et un savoir-faire constant. Certes, on a parfois l’impression que le compositeur recycle ses formules, mais quand le résultat s’avère être aussi probant (bien que sans réelle surprise), on ne peut qu’apprécier le travail du compositeur sur cet excellent thriller inspiré. Si vous adorez les musiques à suspense d’Alan Silvestri, il ne fait donc nul doute que ‘Judgment Night’ devrait vous satisfaire au plus haut point, en attendant de nouvelles éditions de bandes originales du compositeur chez Intrada!

Quentin Billard

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