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The Killing Room  (2010)

Varèse Sarabande (20 novembre 2009) - 1:09:50 | Import



Brian Tyler retrouve le réalisateur Jonathan Liebesman, pour qui il avait composé la musique du film DARKNESS FALLS en 2003. Le score de THE KILLING ROOM utilise l'orchestre symphonique traditionnel auquel le compositeur ajoute des choeurs discrets en arrière-fond sonore, les voix apportant tout au long du film un sentiment de malaise oppressant et pesant - voire quasi mystique. A cela s'ajoute aussi quelques éléments de musique de chambre avec un violon, un violoncelle soliste et un piano. Une BO envoûtante et obsédante, extrêmement réussie, qui figure sans nul doute parmi les meilleures de son auteur, à l'instar de BUG (2007).

[© Texte : Cinezik] •

The Killing Room

Tracklist (de la BO en CD ou Digital)

1. Begin (5:22)
2. Falling (1:22)
3. Liberty (3:18)
4. Memoriam (6:12)
5. Propaganda (5:49)
6. Invocation (7:42)
7. Subversion (2:27)
8. Disinformation (2:15)
9. Providence (3:22)
10. Agenda (4:47)
11. Dissidents (4:21)
12. Ecclesia (2:42)
13. Adagio Spiritiso (9:57)
14. Denouement (3:30)
15. End (6:38)

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Dès « Begin », la musique nous fait comprendre que quelque chose ne va pas : Tyler bâtit un ostinato entêtant de cordes sombres dont les notes semblent tourner sur elles mêmes de façon obsédante. Il se dégage de cette ouverture une atmosphère à la fois pesante, sombre et dramatique, où toute notion d'espoir semble proscrite. Dans « Falling », la musique se veut plus mélancolique et proche de la lamentation, avec une utilisation minimaliste des cordes dont les notes semblent ici aussi tourner sur elles-mêmes. Cette idée de formes mélodiques cycliques est d'ailleurs un élément récurrent de la partition de « The Killing Room ». « Falling » contribue à renforcer le drame humain qui se joue à l'écran sans jamais en faire de trop, avec cette notion d'isolement, de tourment, de désespoir pour les quatre individus enfermés dans la pièce blanche - à noter que le morceau rappelle beaucoup le « Cantus in memoriam of Benjamin Britten » d'Arvo Pärt, un compositeur très souvent imité au cinéma.

« Liberty » contribue à cette atmosphère dramatique avec brio, une sorte d'adagio pour cordes poignant - à noter que Tyler privilégie essentiellement les cordes dans l'orchestre, afin d'obtenir une couleur plus monotone et froide (un choix similaire au « Psycho » de Bernard Herrmann, qui avait lui aussi choisi de n'utiliser que les cordes pour évoquer le noir et blanc du film d'Hitchcock). Ici, pas de comparaison au style musical de « Psycho », mais plus un rapprochement d'idées dans le concept même de la musique de Tyler. Le motif entêtant des cordes revient dans « Liberty » avec ce jeu entêtant des différentes lignes mélodiques des cordes qui s'entrecroisent dans un style qui rappelle par moment la musique répétitive/minimaliste d'un Philip Glass. Dans « Memoriam », les voix deviennent plus présentes et semblent surgir des profondeurs (un peu à la façon du récent score de David Julyan pour le film d'horreur britannique « The Descent »). A noter que le travail des voix, écrites ici dans un style latent et brumeux, rappelle clairement le « Requiem » de Ligeti, popularisé au cinéma par le « 2001 » de Stanley Kubrick.

L'atmosphère angoissante et latente qui se dégage de « Memoriam » renforce l'ambiance oppressante du film, à la manière de certaines partitions de Christopher Young (on pense par exemple au récent « The Uninvited »). S'ajoutent ensuite aux voix tout un travail de cordes aux tenues dissonantes, Tyler ayant ainsi l'idée d'utiliser les instruments solistes à la manière, encore une fois, d'un Ligeti ou d'un Xenakis. Brian Tyler s'inspire ainsi d'un langage musical avant-gardiste des années 50/60 et crée une atmosphère à la fois répétitive, déprimante et minimaliste avec son motif entêtant de cordes omniprésent (qui n'est pas sans rappeler certains travaux de Michael Nyman), comme pour personnifier le destin bien noir des quatre cobayes. La musique apporte une ambiance réellement oppressante à l'écran et incroyablement envoûtante, avec un certain mysticisme musical impressionnant. La froideur des cordes de « Propaganda » et l'utilisation de quelques solistes apporte un sentiment de désespoir inexorable à l'écran, l'impossibilité de sortir de cet enfer programmé par des chercheurs peu scrupuleux. « Propaganda » se conclut d'ailleurs dans l'horreur pure avec un sursaut orchestral terrifiant et inattendu, proche de la musique de Krzysztof Penderecki : clusters stridents de cordes, glissandi, registres extrêmes, dissonances multiples, pour la scène où le Dr. Phillips abat de sang froid l'un des cobayes d'une balle dans la tête.

Rarement aura-t-on entendu Brian Tyler écrire une musique aussi profonde et intense avec un tel soin apporté à l'écriture de l'orchestre. L'émotion poignante qui se dégage de l'adagio pour cordes de « Invocation » pourrait presque exprimer à l'écran l'idée de la résignation douloureuse face à une mort inéluctable et des choix impossibles pour les cobayes (on pense parfois à certaines partitions françaises d'Armand Amar pour le style minimaliste et mélancolique). La retenue poignante de « Invocation » cède encore une fois la place à une envolée de terreur pure à grand renfort de cordes dissonantes, brutales et chaotiques, dans un registre purement atonal et avant-gardiste.

Le retour des voix d'outre-tombe dans la partie finale de « Invocation », couplées à quelques notes étranges de piano/glockenspiel, contribuent à renforcer l'atmosphère psychologique et brumeuse de la musique à l'écran, qui joue malgré tout sur une certaine retenue angoissante malgré quelques passages plus massifs et terrifiants. La tension reste palpable dans « Subversion » et ses cordes dissonantes ou « Disinformation » et son mélange entre glissandi mystérieux et cordes staccatos. Brian Tyler joue ici sur les différents jeux instrumentaux du pupitre des cordes, alternant tutti et jeu de solistes avec brio et inventivité (agrémenté de quelques timbales et effets sonores étranges) - on est décidément très proche ici du style horrifique avant-gardiste habituel de Christopher Young. Visiblement, Brian Tyler semble très inspiré par son sujet et nous offre de beaux moments de tension psychologique pure, qu'il s'agisse du mystérieux « Providence », « Ecclesia » ou du dissonant et atonal « Agenda » et ses effets sonores étranges de cordes. Même chose pour l'oppressant « Dissidents » et ses voix quasi religieuses et funèbres, symbolisant une humanité perdue. Avec « Adagio Spiritiso », la tension monte d'un cran, Brian Tyler développant sur près de 10 minutes une atmosphère lente, morose, sombre et tragique, un adagio pour cordes à la fois menaçant, dissonant et émouvant, une belle synthèse du style de la partition de « The Killing Room », reprenant certains motifs de la partition du film comme ce thème de notes répétées à la Michael Nyman repris de « Memoriam ». Après un « Denouement » poignant, Tyler conclut cette terrible histoire avec « End » qui résume l'essentiel de son travail sur le film de Jonathan Liebesman.

Aucun doute possible, Brian Tyler étonne avec « The Killing Room » en signant une partition à la fois sombre, oppressante, envoûtante, psychologique et bouleversante. Bien loin des excès de ses traditionnels scores d'action/horreur tendance « Aliens vs. Predator Requiem » ou « The Final Destination », Tyler opte sur « The Killing Room » pour une approche plus minimaliste, utilisant quasi exclusivement le pupitre des cordes avec quelques instruments plus discrets (piano, timbales, cuivres) et des choeurs mystérieux et quasi oniriques. La musique apporte une atmosphère pesante très impressionnante à l'écran, et contribue à renforcer la sensation d'huis-clos et de suspense psychologique. Brian Tyler nous prouve donc qu'il n'est pas forcément le bourrin du « AVP-R » ou du « Darkness Falls » qu'on connaît et qu'il est capable de se révéler bien plus subtil et mature qu'il n'y paraît. En tout cas, avec « The Killing Room », Brian Tyler brasse les influences avec une certaine maestria (Penderecki, Nyman, Ligeti, Young) et nous offre un véritable joyau de la musique de film contemporaine, une oeuvre minimaliste et angoissante, inspirée et profonde, qui laisse un sentiment de malaise et de désespoir à l'auditeur, une partition riche et forte, autant à l'écran que sur l'album publié par Varèse Sarabande. Après quelques partitions alimentaires bruyantes et sans grand intérêt, Brian Tyler se « réveille » enfin et s'offre le luxe de nous offrir un score majeur et désormais indispensable dans sa filmographie - bien qu'un brin répétitif dans l'ensemble - pour « The Killing Room », une BO envoûtante et obsédante, à découvrir très vite !

Quentin Billard

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