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The Pledge  (2001)

Milan (15 octobre 2001) - 0:40:18 | Original Score [musique originale]


 

Lorsque Sean Penn explique à Hans Zimmer quelle direction prendre pour écrire la musique de son film THE PLEDGE (traduction littérale : "la promesse"), il lui dit tout simplement : "Ne me fait pas un score hollywoodien !". C'est précisément ce que Zimmer a fait. Et avec brio.



[© Texte : Cinezik] •
The Pledge

Tracklist (de la BO en CD ou Digital)

1. The Angler (5:24)
2. Boogie Man (1:28)
3. Jerry & Lori (1:01)
4. Church Nightmare (2:19)
5. Revisit Crime Scene (1:16)
6. My Coat (2:47)
7. The Wizard (4:05)
8. Ex Cop (1:50)
9. He'd Rather Not (2:00)
10. Land of Christmas (1:22)
11. Reading Stories (3:03)
12. Turkeys (1:36)
13. The Pledge (1:19)
14. The Swing (2:20)
15. Ginny's Picture (2:31)
16. You're Crazy (5:57)

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Car si justement cette partition se démarque des "musiques zimmeriennes" habituelles riches en mélodies, c'est parce que le film lui-même se démarque profondément des films hollywoodiens à tendance commerciale (pour lesquels Zimmer a signé de grandioses partitions - celles qui l'ont rendu célèbre - comme Rock, Gladiator ou Pearl Harbor...).

Dans son approche globale, la BO de THE PLEDGE ressemble très fortement à "An Everlasting Piece" (Barry Levinson, 2000), récente BO de Zimmer co-composée avec un tas d'amis musiciens (dont le réalisateur lui-même !). En clair, la restriction de budget oblige Zimmer a inviter ses amis et à les faire jouer sur les ébauches de sa partition, en prenant en compte la part d'improvisation que chaque musicien apporte au fil des morceaux. Le résultat final étant, paradoxalement, très contruit. Bref, cette méthode "cheap" a très bien réussie pour "An Everlasting Piece" (musique tendance irlandaise très rythmée et mélodique à souhait), donc pourquoi ne pas réessayer sur ce film ? C'est donc que ce que Zimmer a fait : durant certains soirs de l'hiver dernier, il a rassemblé plusieurs de ses amis musiciens et, en compagnie de Sean Penn, toute l'équipe s'est mise à créer la musique de son film !

THE PLEDGE raconte l'histoire d'un policier (Jack Nicholson, très fort) qui part à la retraire. Mais le soir même de son pot de retraire, un crime ignoble a lieu à proximité de la tranquille petite ville américaine où il vit : le viol et le meurtre d'une petite fille qui rentrait chez elle. Par un concours de circonstances, notre vieux policier se trouve obligé d'aller annoncer le drame aux parents - et du coup se sent obligé de leur promettre de retrouver le vrai coupable. Ainsi commence ce film, à la fois sombre et beau, et dont le déroulement entraînera le spectateur dans un récit prenant et original, à des lieues des stéréotypes du film policier tradionnel.

THE PLEDGE parle de promesse, de revanche, du parcours vers la folie. Beaucoup de thèmes difficles à illustrer aussi bien à travers des images que musicalement. Pourtant, Hans Zimmer et Klaus Badlet (son assistant-compositeur sur Gladiator et Hannibal) ont réussi à donner de l'ampleur à ces concepts, et ceci de manière très subtile, puisqu'ils ont opté pour une approche très minimaliste et atmosphérique pour illustrer l'ambiance de cet original - et magnifique - film policier.

Zimmer et Badelt ont donc construit une ambiance musicale très intimiste, très retenue, à l'image des partitions de Thomas Newman, l'auteur de la musique de "American Beauty", au style également très retenu pour un film tout aussi anti-conformiste que THE PLEDGE. Le succès de cette partition de Newman confirme la "tendance actuelle" concernant la musique de film d'auteur : faire simple et efficace. Pas étonnant donc de voir Zimmer & Badelt opter pour ce style, très approprié au film, tout en restant suffisamment intéressante intrinsèquement pour être appréciée en-dehors des images. On regrettera quand même la courte durée du CD (moins de 40 minutes) et la relative monotonie de certaines pistes, qui s'enchaînent les unes derrière les autres en développant le même thème - ou plutôt la même thématique, car il n'y a pas vraiment de thème principal (ce serait trop simple et trop coventionnel). Ceci dit, les premières et dernières pistes du CD (plus de 5 minutes chacune) développent une magnifique mélodie qui n'est pas sans rapeller les superbes expérimentations celtiques de "An Everlasting Piece". Cette BO demeure le fruit d'un petit ensemble orchestral, mais on reconnaît ici le savoir-faire de Zimmer et ses confrères concernant les accords et l'orchestration. Ici, c'est justement cette certaine restriction des instruments qui fait la richesse de l'écriture de Zimmer pour cette musique.

La voix est un élément essentiel de cette partition, qui revient très souvent (pour notre plus grand plaisir). Le violon solo, également très présent, exprime avec grâce le parcours - infernal ? - du flic Nicholson, tandis que la guitare électrique et les percussions donnent à des morceaux tels que "Church Nightmare" ou "You're Crazy" une violence cette fois-ci évidente et exprimée avec talent. La guitare sèche et le piano solo expriment quand à eux le côté intimiste de cette musique ("My Coat", "Ex Cop"). Une note par-ci, une autre par là. C'est simple, c'est pur, c'est beau. Pas besoin d'un flot de notes pour illustrer un film, quelques pistes mélodiques suffisent pour que le spectateur imagine le reste. Evidemment, certains diront que Zimmer & Badelt se sont pas foulés. Mais il faut se remettre dans le contexte du film : c'est un petit budget, un film d'auteur, et surtout le sujet ne demande par une musique particulièrement élaborée, selon les souhaits du réalisateur. Tout ceci n'empêche par la partition de THE PLEDGE d'avoir un ensemble thématique structuré et qui "tient la route", car comme toutes les récentes béos de Zimmer, ça s'écoute d'une traite : les pistes s'enchaînent parfaitement les unes après les autres, ce qui rend l'écoute plus agréable et l'ensemble mélodique bien structuré.

Parfois, la musique devient réellement aérienne ("The Swing"), la voix d'Alison Moynihan illustrant toute la douceur et l'innocence auquel Nicholson est confronté. On constate ainsi avec plaisir que cette BO est contrastée avec subtilité, contenant tantôt des passages rythmés et dramatiques pour les scènes les plus violentes, tantôt des passages doux et subtils, très envoûtants, pour les moments illustrant l'innocence de ses enfants que le vieux flics apprend à aimer, pour mieux essayer de les protéger. En ce sens, la voix d'Alison Moynithan (la femme de Craig Eastman, le violoniste solo de la même BO) est un excellent choix de la part de Zimmer, qui désirait une chanteuse non professionnelle qui donnerait une certaine spontanéité à l'ensemble. L'effet produit est saisissant : un chant pur, aérien, personnel, illustrant à merveille les images de Sean Penn.

C'est ici que l'on peut comparer cette partition avec "The Thin Red Line" (La Ligne Rouge), musique pour laquelle Zimmer s'était investi de manière très surprenante (ce qui a donné naissance à son plus grand chef d'oeuvre à ce jour !) et film durant lequel il a rencontré le réalisateur, Sean Penn (qui en était l'un des acteurs). Encore une fois, Zimmer prouve ici sa capacité à produire des musiques qui sortent du cadre habituel qu'on lui a trop souvent attribué de manière systématique - a tort. La musique, douce et atmosphérique, ressort avec une vraie magie sur les images belles et violentes du film. The Pledge n'est malheureusement pas à la hauteur mélodique et orchestrale de "The Thin Red Line", mais le principe est le même, et le résultat en parfaite symbiose avec les images. Et c'est ça qu'il ne faut jamais oublier dans une musique de film, surtout quand on a fait celles de Gladiator ou de Pearl Harbor : éviter d'en faire trop, sous peine d'étouffer les images et d'être complètement à côté de la plaque. Heureusement pour lui et pour nous, Hans Zimmer reste modeste et garde la tête froide. Dans la continuité de son chef d'oeuvre qu'est et restera "The Thin Red Line", il continue à expérimenter diverses formes de mises en musique. Même si le résultat n'est pas à la hauteur du talent mélodique du compositeur, THE PLEDGE est, une nouvelle fois, la confirmation que son art est loin d'être restreint stylistiquement, contrairement à certains compositeurs hollywoodiens qui, suite à un certain succès, font et refont toujours la même chose sans jamais chercher à innover et à suivre d'autres pistes. Zimmer ajoute ici une nouvelle corde à son arc, d'un éclectisme déjà fort impressionnant.

Sylvain Rivaud

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