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A Scene at the Sea  (1991)

Milan Music (3 août 2018) | Réédition


Pour sa première collaboration avec Takeshi Kitano, le compositeur japonais Joe Hisaishi a épuré au maximum ses thèmes mêlant des synthétiseurs, un piano, un violoncelle et une voix féminine, dont la mélodie marquante "Silent Love".

[© Texte : Cinezik]
A Scene at the Sea

Tracklist

1. Silent Love (Main Theme) (06:51)
2. Clifside Waltz I (03:59)
3. Island Song (03:39)
4. Silent Love (In Search of Something) (01:09)
5. Bus Stop (05:09)
6. While at Work (01:23)
7. Clifside Waltz II (03:44)
8. Solitude (01:12)
9. Melody of Love (01:41)
10. Silent Love (Forever) (03:30)
11. Alone (01:04)
12. Next Is My Turn (00:45)
13. Wave Cruising (04:03)
14. Clifside Waltz III (03:41)

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A Scene at the Sea (1991) marque la première collaboration entre Takeshi Kitano et son compositeur désormais fétiche Joe Hisaishi . Il s'agit probablement du film le plus silencieux du maître japonais, si l'on met à part son second long métrage, Jugatsu , où il n'y a absolument pas de musique.

Romance brillamment mise en scène, A Scene at the Sea est, comme son titre l'indique, un instant de vie découpée façon polaroïd, l'histoire d'un amour, immense dans sa simplicité, entre deux jeunes sourds et muets, sur fond de concours de surf. Le peu de dialogues, le tempo très lent et les ellipses scénaristiques (souvent source d'humour), principales marques de fabrique du cinéma de Kitano , font de ce film insolite un petit chef d'œuvre de poésie et posent les bases fondamentales de Dolls (2003), sans aucun doute son œuvre la plus aboutie et la plus onirique.

La musique illustrant cette scène de bord de mer, minimaliste et épurée, est typique du compositeur. Synthétiseur et piano dessinent des mélodies simples, légères et itératives qui accompagnent le jeune couple dans leur vie quotidienne, avec en toile de fond permanente, la mer ( "Island Song" , "Bus Stop" …). Le thème principal "Silent Love" , rehaussé d'une voix féminine paraissant suivre le rythme des vagues, crée une atmosphère pure et fraîche, bienveillante envers les protagonistes. Dans le film, on retrouve ce thème d'amour plein de candeur à chacune des nouvelles rencontres des deux adolescents, qui partageront leur sentiments à travers un silence permanent. "Clifside Waltz" , directement inspiré des compositions de Erik Satie , est le second grand thème de la partition. On peut avancer sans trop de risque qu'il s'agit là d'une volonté du réalisateur de commander un thème "à la manière de" puisque ce dernier avait déjà par le passé utilisé la musique de Monsieur Satie pour illustrer son tout premier film, Violent Cop . Cette extrait offre à l'écoute une mélodie nostalgique lente et paisible pour piano et violoncelle uniquement qui symbolise tour à tour la solitude de la jeune fille face à la passion dévorante de son compagnon pour les vagues, les lendemains de compétitions par toujours réjouissants, le chemin parcouru, le choix de n'avoir jamais rien à regretter.

Ici, plus que dans n'importe quel autre film du metteur en scène japonais, la musique tient l'un des rôles prépondérants de l'histoire. Les mélodies prennent le relais sur les dialogues et sont, pour le spectateur, l'unique moyen mis à sa disposition (en dehors du jeu des acteurs) pour comprendre ce qui anime le cœur des personnages, le plus important n'étant pas de nous laisser bercer mais bien d'écouter à leur manière. De cette façon, Hisaishi nous permet, dans une certaine mesure, non pas d'écouter les vagues mais plutôt d'appréhender ce qu'elles représentent pour quelqu'un ne les ayant jamais entendues...

 

Isabelle Thomas

 

A Scene At The Sea marque la toute première collaboration entre Takeshi Kitano et le compositeur Joe Hisaishi. Pour une premier essai, le score de A Scene At The Sea est une réussite surprenante. Avec le style mélodique et les sonorités électroniques typiques du compositeur (le score est entièrement confié aux synthés avec quelques instruments acoustiques comme un violon, un violoncelle, une basse ou une guitare, instruments que l'on entend surtout vers la fin du film), le score évolue tout au long du film en décrivant le côté nostalgique et tranquille de cette jolie histoire. Simple et touchant, la musique de Hisaishi apporte un éclairage très particulier au film et malgré la lenteur parfois monotone du récit, la musique est toujours là pour relancer l'intérêt du spectateur qui utilise alors la musique du compositeur comme point de repère lorsqu'il serait tenté de commencer à décrocher du film (il ne faut pas le cacher: le film peut paraître très ennuyeux pour tout ceux qui ne sont pas habitués au style typique du réalisateur).

A Scene At The Sea s'ouvre sur le très beau thème principal basé sur des petits ostinatos mélodiques qui se mettent progressivement en place (comme dans le thème de Sonatine) avec différentes sonorités du synthé (un son cristallin d'abord, puis un son proche d'un marimba, des nappes de cordes de synthé avec une petite rythmique légère et des sons proche d'un choeur synthétique). Silent Love est le magnifique thème principal du score, Hisaishi construisant progressivement l'harmonie de son thème avant que l'inoubliable mélodie de 8 notes n'intervienne (confié à un son imitant les voix humaines afin de donner un certain 'ersatz' de chaleur à la musique électronique du compositeur). Comme le nom du morceau l'indique, Silent Love évoque non seulement l'histoire d'amour entre ces deux sourds-muets qui ne peuvent donc pas se parler et communiquer leur amour par la parole; n'oublions pas que la plupart des personnages qu'interprète Kitano dans ses films ont toujours été très concis et peu enclin à la parole, comme c'est le cas dans Sonatine, Brother ou bien encore Hana-Bi. D'une manière générale, Kitano a toujours accordé beaucoup d'importance au silence, et pour A Scene At The Sea, le silence est plus que jamais un élément important dans le récit, un silence dans lequel la musique de Hisaishi arrive à tirer son épingle du jeu en nous proposant une solution alternative au 'mutisme' apparent des deux personnages comme si le compositeur voulait exprimer leurs émotions intérieures grâce à sa musique. (bien mise en valeur dans le film par le réalisateur qui se permet même de gommer les bruitages dans certaines de ses séquences afin de mettre bien en avant la musique d'Hisaishi: on sent déjà bien ici la symbiose artistique qui s'opère entre les deux artistes).

Le deuxième thème apparaît très vite dans le film avec 'Island Song', thème confié à un hautbois du synthé soutenu par des sonorités douces et cristallines pour la première scène où Shigeru se lance dans l'eau et commence à faire du surf. Soutenu par des sonorités très douces du synthé, le morceau retranscrit le côté paisible de la mer et propose un 'éclairage' particulier à ces scènes, restituant l'aspect méditatif de la petite amie qui regarde son fiancé tenter de maîtriser sa passion pour le surf d'une manière tellement courageuse et déterminée qu'il forcera même deux de ses détracteurs à se lancer à leur tour dans le surf. (ces deux personnages un peu idiots sur les bords permettent au réalisateur d'apporter une petite touche d'humour dans ce film paisible) Cliffside Waltz est une petite valse lente confié à un piano intime qui décrit lui aussi les efforts de Shigeru pour apprendre et maîtriser sa planche de surf sur les vagues. Le morceau est en fait inspiré des fameuses Gnossiennes d'Erik Satie, et par delà la simple référence musicale à Satie, Cliffside Waltz est aussi un astucieux clin d'oeil au tout premier film de Kitano Violent Cop, puisque le réalisateur utilisait dans ce premier film la Gnossienne N°1 de Satie (morceau composé dans le style des Gymnopédies). A noter que le compositeur reprendra cette petite valse avec un violoncelle dans une scène où les deux amants se trouvent au bord d'une route. Le score atteint un sommet dans le superbe Bus Stop basé entièrement sur une rythmique de percussions plus dans le style pop avec les sonorités habituelles du synthé avec le piano et une mélodie simple qui se met très rapidement en place dans l'émouvant séquence du bus où la petite amie de Shigeru monte dans le bus, Shigeru ne pouvant pas la suivre à cause de sa planche de surf interdite à l'intérieure du bus. La musique accompagne entièrement toute cette longue séquence alors que les deux amants se retrouvent finalement un peu plus loin à l'arrêt de bus. Bus Stop dégage une certaine nostalgie touchante avec cette rythmique typique du compositeur, une nostalgie évoquant la tendresse de la relation amoureuse entre les deux protagonistes principaux du film, musique qui s'amplifie d'ailleurs vers la fin de la séquence lorsque les deux amants se retrouvent (même s'ils ne se touchent pas, on sent bien que ces deux personnages s'aiment et c'est ce qui rend la scène encore plus touchante, émotion amplifiée par la très belle musique d'Hisaishi). D'un autre côté, le compositeur évoque aussi la solitude intérieure de ces deux sourds-muets avec des morceaux Solitude ou Alone dans lequel le piano occupe toujours un rôle intime assez majeur. Solitude évoque la scène de la rupture entre les deux amants avec un piano très modeste et mélancolique (typique de l'esprit des musiques de la plupart des films de Kitano) qui souligne le côté dramatique de cette scène (c'est la première fois où l'on voit la fiancée pleurer) tandis que Alone (avec ce son de synthé cristallin typique des musiques électroniques du compositeur) souligne plus la solitude des deux personnages face à la mer, l'un parcequ'il décide de se consacrer à fond à sa passion (délaissant aussi par moment sa copine), l'autre parce que son fiancé s'éloigne de plus en plus d'elle pour se consacrer à son autre amour: le surf.

Finalement, le film trouvera sa conclusion au son d'une superbe reprise du thème principal développé pendant six minutes et amplifié avec l'ajout d'un violon et d'une guitare. Hisaishi accentue finalement la rythmique de batterie pop du morceau avec ses cordes de synthé et les voix féminines qui chantent le magnifique thème principal (si l'on tend bien l'oreille, on pourra détecter un soupçon de paroles dans le chant des voix féminines, symbole de ce double amour silencieux du héros, pour sa petite amie et pour le surf), le thème atteignant son paroxysme dans la séquence finale des flash-backs (Hisaishi illumine radicalement cette scène en rendant son superbe thème plus puissant).

Grande réussite pour ce tout premier score écrit par Hisaishi sur cet excellent film de Kitano. Avec une thématique claire et une utilisation de la musique bien dosée dans le film, le score de 'A Scene At The Sea' reste l'une des plus belles musique écrite par le compositeur pour un film de Kitano. Avant Sonatine ou Kids Return, Hisaishi nous prouvait son talent à trouver des mélodies nostalgiques et mélancoliques restituant à merveille le côté méditatif et lent de la plupart des films du réalisateur (même lorsque ces derniers sont très violents). Pour une toute première collaboration, A Scene At The Sea est une réussite surprenante et incroyablement maîtrisée de bout en bout, preuve que le compositeur n'est jamais autant inspiré que lorsque qu'il travaille pour un film de Takeshi Kitano ou de Hayao Miyazaki. Une belle réussite de la part du compositeur!

Quentin Billard

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