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Scream  (1996)

Varèse Sarabande (1998) | Original Score [musique originale]


La musique de 'Scream' s'impose dès le début du film par une puissance orchestrale redoutable due à des orchestrations parfois assez inventives et des combinaisons instrumentales plutôt personnelles. 'Scream' et 'Scream 2' restent indiscutablement de véritables hits dans la carrière de Marco Beltrami.

[© Texte : Cinezik]
Scream

Tracklist

Scream

1-Sidney's Lament 1.37
2-Altered Ego 2.47
3-Trouble in Woodsboro 1.49
4-A Cruel World 1.53
5-Chasing Sidney 1.27
6-NC-17 3.03

Scream 2

7-Stage Fright Requiem 2.07
8-Love Turns Sour 4.44
9-Cici Creepies 1.13
10-Deputy For A Friend 2.17
11-Hollow Parting 1.47
12-Dewpoint and Stabbed 2.15
13-Hairtrigger Lunatic 1.11
14-Sundown Search 0.50
15-It's Over 0.46

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La trilogie des 'Scream' doit énormément à la musique de Marco Beltrami, jeune italien originaire de Fornero alors âgé de 28 ans lorsqu'il compose la musique de 'Scream'. Ses premières partitions pour le cinéma ont été écrites pour des petits films mineurs tels que 'Death Match', 'The Bicyclist' ou le téléfilm 'Inhumanoid'. C'est avec 'Scream' que Marco Beltrami fut révélé au public béophile avec une première grosse partition orchestrale majeure qui secoua tout le monde des musiques de film d'horreur hollywoodiennes et imposa une certaine patte orchestrale qui allait redevenir à la mode à Hollywood (un peu comme lorsque Goldenthal écrivit son splendide 'Alien3' en 1992). Ce n'est hélas que sous la forme d'un combo d'à peine 30 minutes de score de 'Scream' et 'Scream 2' que nous pourrons écouter les deux partitions de Beltrami sur l'album publié par Varèse Sarabande, la musique ayant été enregistrée par un orchestre syndiqué AFM (American Federation of Musicians) avec des 're-use fees' (droits de réutilisation) particulièrement élevés. La musique de 'Scream' s'impose dès le début du film par une puissance orchestrale redoutable due à des orchestrations parfois assez inventives et des combinaisons instrumentales plutôt personnelles. Beltrami n'hésite pas par exemple à faire intervenir les vents souvent laissés de côté dans ce genre de grosse partition orchestrale agitée, de même que les cuivres sont souvent utilisés de manière massives dans l'aigu avec les fameux 'cuivres hurleurs' chers au compositeur, une sorte de manière de jouer musicalement sur le titre du film, 'Scream' ('crier', en anglais, d'où le masque du tueur, inspiré du 'cri' d'Edvard Munch). C'est l'incroyable prologue de 10 minutes qui attire ici toute notre attention (morceau-clé honteusement absent de l'album, comme 90% de la musique entendu dans le film!), avec son climat de peur omniprésente basée sur un long crescendo de terreur macabre. Entre sursauts et tension permanente, le morceau impose un impact émotionnel rare durant ce prologue, entièrement portée par la mise en scène de Wes Craven et le morceau inégalable de Beltrami. Pour un compositeur qui n'avait encore jamais écrit une seule musique de film d'horreur (d'autant qu'il n'a jamais été très attiré par ce genre cinématographique à l'origine), c'est une bien belle réussite qui ouvre le film en imposant des orchestrations originales et une personnalité musicale que l'on reconnaissait déjà même à ses débuts. A noter que le prologue se termine sur une véritable lamentation chorale/orchestrale absolument poignante pour la mort de Casey, une sorte de bref 'Requiem' déchirant qui annonce déjà la dimension plus dramatique de la musique de 'Scream', et qui, au passage, semble se lamenter tristement sur la bêtise humaine.

 

La partition de 'Scream' contient le plus beau thème que le compositeur ait jamais écrit pour le cinéma, le thème de Sidney. Exposé dans le sombre 'Sidney's Lament' (entendu durant le générique de fin), ce thème d'une profonde tristesse est confié à la voix de la soliste Rose Thompson qui personnifie toute la féminité et la fragilité du personnage brillamment interprété par Neve Campbell. On notera l'utilisation de sons électroniques particulièrement macabres en arrière-plan sonore, qui rappellent le côté horrifique du film. Evidemment, le score de 'Scream' se distingue par la qualité de ses nombreux morceaux de terreur et de suspense, comme le tendu 'Altered Ego' pour la confrontation finale avec le tueur, le morceau exposant fièrement toute la férocité orchestrale de la musique de Beltrami et de ses orchestrations recherchées ('vagues' de vents, utilisation très appuyé des sourdines, des trompettes dans l'aigu, des 'blocs' massifs de trombones/cors, des cordes stridentes, etc.). Beltrami crée une véritable couleur orchestrale qui sera prédominante tout au long du film, le même genre d'atmosphère de terreur lourde que l'on retrouvera dans l'excitant et massif 'Chasing Sidney' (à noter ces rythmes de cuivres/percussions syncopés, typiques des musiques d'action/terreur de Beltrami) pour une scène où le tueur poursuit Sidney chez elle (à noter le rôle des effets électroniques toujours utilisés en arrière-plan sonore afin d'accentuer le côté terrifiant et paniquant de la musique). Loin de simplement se contenter de faire hurler son orchestre, Marco Beltrami apporte une véritable dimension émotionnelle au film, car entre deux déchaînements orchestraux, le compositeur n'hésite pas à glisser le poignant 'A Cruel World' qui évoque l'isolement de Sidney, tentant d'oublier les mauvais souvenirs qui resurgissent après les premiers meurtres. Le morceau s'impose ici par la fragilité de sa ligne mélodique de piano accompagnée par une harpe, quelques cordes et la voix féminine liée à Sidney. C'est cette tristesse quasiment introspective qui apporte une émotion rare dans ce score horrifique, Beltrami ayant ainsi parfaitement su retranscrire toute la dimension dramatique et humaine de l'histoire, liée au personnage de Sidney Prescott, apportant par la même occasion un relief considérable au score. 'Trouble In Woodsboro' s'impose aussi par son ambiance plus mystérieuse où Beltrami dévoile ici une autre facette de son style, celle des rythmiques électroniques pop et des synthés modernes. La rythmique et les synthés évoquent bien évidemment ici l'univers musical des adolescents de Woodsboro dans la scène où l'on découvre que Casey et son petit ami ont été assassinés. L'ambiance qu'apporte la musique dans cette scène est particulièrement excitante, un mélange de mystère inquiété et d'appréhension dont seul Beltrami possède les secrets. Pour finir, on ne pourra pas passer à côté du magnifique 'Nc-17' illustrant la scène d'amour entre Sidney et Billy Loomis (Skeet Ulrich), basé sur une nouvelle reprise vocale poignante du thème de Sidney sur fond de rythmiques électroniques modernes plus sensuelles. Toute la beauté et la fragilité du personnage de Neve Campbell sont illustrées ici dans ce morceau magnifique, véritable morceau incontournable du score de 'Scream'.

C'est donc sans surprise que l'on passe au score de 'Scream 2', composé dans la continuité du premier 'Scream'. Marco Beltrami n'apporte aucune nouveauté particulière à sa partition si ce n'est l'utilisation de pièces pour guitare clairement inspirées du 'Broken Arrow' de Hans Zimmer et associées dans le film au shérif Dewey Riley (David Arquette). En fait, 'Broken Arrow' a été imposé par les temp-tracks du score, mais il faut croire que la production était tellement amouraché de cette musique qu'elle décida de racheter les droits de la musique de Zimmer pour utiliser carrément les morceaux originaux dans le film. Du coup, tous les passages avec les riffs de guitare au début de 'Love Turns Sour', 'Sundown Search' ou 'Dewpoint and Stabbed' ne sont pas utilisés dans le film (ce qui n'est pas plus mal étant donné leur côté assez impersonnel). En revanche, le score de 'Scream 2' s'impose une fois encore par la qualité de certains morceaux de terreur, à commencer par l'inoubliable 'Stage Fright Requiem' qui reprend une idée similaire de la fin du prologue de 'Scream' pour le superbe prologue de 'Scream 2' (un autre grand moment d'anthologie cinématographique!), c'est-à-dire un déchirant requiem pour choeur et orchestre accompagnant la scène du meurtre dans la salle de cinéma au début du film (une sorte de métaphore qui semble directement culpabiliser le spectateur lui-même vis-à-vis de la violence au cinéma). Après un bref passage de style pop moderne, la musique s'enfonce rapidement dans la terreur pure avec une nouvelle apparition du thème du tueur (absent dans la sélection des morceaux de 'Scream' mais déjà présent dans le prologue de 10 minutes du premier score) malmenée ici par des trompettes aiguës dissonantes qui créent une véritable sensation d'horreur, débouchant sur le requiem poignant dans lesquelles les voix et l'orchestre semblent hurler de toute leur force leur tristesse de voir le monde ravagé par la connerie humaine. Spéculation due à une sensibilité personnelle exacerbée ou simple constatation véridique? Qu'importe, le résultat est là et avec 'Stage Fright Requiem', Marco Beltrami annonce une nouvelle grande partition qui fera date dans sa carrière promise à un bien bel avenir.

La terreur est à nouveau au rendez-vous avec les massifs 'Hairtrigger Lunatic' (confrontation finale) ou la fin de 'Dewpoint and Stabbed', mais en dehors du macabre 'Cici Creepies' pour la scène où le tueur harcèle la jeune Cici (Sarah Michelle Gellar) au téléphone - excellent morceau de suspense jouant sur les effets de cordes et l'atonalité sinistre - c'est bel et bien 'Love Turns Sour' qui s'impose ici par sa puissance orchestrale redoutable. Si le début du morceau commence de manière calme au son de la guitare associée à Dewey (scène où il est sur le point de faire l'amour à Gale dans la scène de l'amphithéâtre vide), la musique bascule très vite dans la terreur lorsque le tueur se montre et commence à poursuivre Dewey et Gale. On retrouve ici une véritable férocité orchestrale avec les orchestrations massives et spectaculaires chères à Beltrami, avec, ici, un point d'orgue émotionnel dans la scène où le tueur poignarde Dewey dans le dos, face à une vitre incassable derrière laquelle se trouve Gale, qui assiste avec horreur à la scène, impuissante. On retrouve ici les choeurs poignants de 'Stage Fright Requiem' et la terreur repart de plus belle lorsque le tueur tente d'attraper Gale derrière la vitre, mais en vain. 'Love Turns Sour' est donc sans aucun doute le morceau-clé du score de 'Scream 2' au même titre que le superbe 'Stage Fright Requiem'. A noter pour finir que le compositeur Danny Elfman a apporté sa brève contribution au film en écrivant 'Ca ssandra's Aria', morceau orchestral typique du compositeur et entendu dans la scène où Sidney joue dans la pièce de théâtre.

'Scream' et 'Scream 2' restent indiscutablement de véritables hits dans la jeune carrière de Marco Beltrami, écrit à une époque où le compositeur n'était pas encore très connu du grand public et des béophiles. Avec deux partitions horrifiques monumentales, inspirées et originales, Marco Beltrami s'imposait dès 1996 comme l'un des nouveaux grands représentants de la musique de film hollywoodienne du siècle à venir. Marco Beltrami a imposé une véritable identité sonore dans ces deux premiers épisodes, identité sonore qu'il concrétisera une dernière fois pour 'Scream 3', dernier épisode de la trilogie horrifique de Wes Craven. Celui qui fut autrefois l'élève du grand Jerry Goldsmith a enfin réussi à percer dans le milieu de la musique de film, et il ne fait nul doute que sa contribution à cette nouvelle génération de films d'horreur hollywoodiens trouvera largement écho dans le futur. Les béophiles placent désormais de grands espoirs en Beltrami, en espérant que le compositeur saura éviter de se laisser trop facilement enfermer dans le registre des films d'horreur et autres thrillers sanguinolents, comme c'est le cas pour d'autres compositeurs de sa génération.

Quentin Billard

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