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THX1138  (1971)

FSM CD Vol.6 No.4 (1971/2003) | Réédition



Lalo Schifrin signe pour le film SF de George Lucas une partition orchestrale agrémentée d'une touche d'expérimentation électronique mêlée à l'environnement sonore riche du film. Le résultat se rapproche de musiques atonales expérimentales avant-gardiste.

[© Texte : Cinezik] •

THX1138

Tracklist (de la BO en CD ou Digital)

1-Logo 0.08
2-Main Title/What's Wrong? 3.13
3-Room Tone/Primitive Dance 1.45
4-Be Happy/LUH/Society Montage 5.05
5-Be Happy Again (Jingle of The Future) 0.56
6-Source #1 5.17
7-Loneliness Sequence 1.27
8-SEN/Monks/LUH Reprise 2.43
9-You Have Nowhere to Go 1.10
10-Torture Sequence/Prison Talk Sequence 3.41
11-Love Dream/The Awakening 1.46
12-First Escape 3.01
13-Source #3 3.33
14-Second Escape 1.14
15-Source #4/Third Escape/Morgue Sequence/The Temple/Disruption/LUH's Death 8.29
16-Source #2 3.16
17-The Hologram 0.54
18-First Chase/Foot Chase/St. Matthew Passion(End Credits) 7.40

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Le score tourne autour d'un petit "Love Theme" pour flûte et harpe attribué à l'amour entre THX 1138 et LUH 3417, mais étant donné le contexte dans lequel cet amour apparaît et tente de survivre, ne vous attendez pas à un "Love Theme" mielleux et naïf. La mélodie de flûte résonne de manière plutôt mystérieuse, la flûte étant la seule véritable sonorité aiguë et douce de la musique de Schifrin. Ce petit thème somme toute assez mystérieux et envoûtant nous propose un excellent contrepoids émotionnel à une partition sinistre et extrêmement tendue.

Ce qui attire particulièrement notre attention à la première écoute de cette terrifiante partition, c'est le superbe 'Main Title' qui ouvre le film d'une manière fortement sombre. Les tenues de cordes permettent à Schifrin d'asseoir le ton sombre et pessimiste de sa partition avant que des mystérieux choeurs quasi religieux fassent leur apparition au sein d'une terrible montée de tension angoissante. Les voix de femmes prennent le relais des voix d'hommes pour exprimer cette idée d'humanité perdue, ensevelie dans une société totalitaire et despotique où les valeurs humaines sont anéanties. Schifrin rejoint ici un style d'écriture avant-gardiste évoquant quelques grands noms de la musique contemporaine du 20ème siècle tel que Györgi Ligeti (pour l'aspect faussement 'statique' de sa musique avec ses longues tenues orchestrales qui ne bougent qu'à travers une voix intermédiaire enfouie entre deux autres voix - on pourrait rapprocher certains passages orchestraux de 'THX 1138' au fameux 'Lontano' de Ligeti), Olivier Messiaen, Krzysztof Penderecki (la montée de tension du 'Main Title' évoque par moment certains passages de son premier 'Concerto pour violoncelle') ou bien encore Maurice Ohana, autre influence majeure du score de Schifrin. Certains passages évoquent des oeuvres telles que 'T'Hâran-Ngô' ou les fameuses 'Cantigas'. Le 'Main Title' de Schifrin est d'ailleurs très proche sur le plan vocal de l'esthétique de la 'Cantigas de los Reyes Magos' de Maurice Ohana (avec des tournures vocales renvoyant à la musique vocale du 16ème siècle mais sous une forme atonale). Cette superbe ouverture représente une sorte de requiem ténébreux évoquant la déshumanisation terrifiante de cette société futuriste et à l'écoute de ce morceau poignant, impossible de ne pas ressentir le climat angoissant voulu par Schifrin tout au long du film. Sa musique rejoint l'angoisse que le réalisateur veut nous transmettre à travers sa brillante mise en scène.

Schifrin prolonge cette sombre écriture orchestrale tout au long du film avec ce ton à la fois sinistre, pessimiste et pesant. A noter que le compositeur a aussi écrit la 'source music' du film comme l'amusant jingle censé représenter le côté 'faussement' idéal de cette société du futur. ('Be Happy Again (Jingle of The Future)'), chanté par un choeur joyeux et l'orchestre - morceau débile absent du film. On comprend aisément pourquoi d'ailleurs puisque cette petite pièce joyeuse à connotation fortement ironique fait un peu tâche au sein du score expérimental et atonal du compositeur. Schifrin mettra très vite en place le 'Love Theme' de flûte/harpe associé à la romance entre THX 1138 et LUH 3417, morceau plus mystérieux et envoûtant cohabitant avec le terrifiant univers musical crée par le musicien pour le film de Lucas. 'Source #1' fait partie de ces morceaux diffusés (ironiquement) dans les immenses couloirs blancs du film, petite pièce tonale amusante avec des percussions un peu exotiques et quelques instruments genre accordéon, flûte, orgue et vibraphone dans un style plus 'latino', jurant une fois encore avec le reste de la partition.

On ne pourra pas passer à côté de l'étrange morceau de la séquence de torture dans la prison, 'Torture Sequence/Prison Talk Sequence' où le compositeur développe une écriture encore plus expérimentale à base de percussions diverses, gongs, cymbales, gamelans, percussions en bois et diverses percussions métalliques. (on pense une fois encore à des oeuvres du 20ème siècle pour percussions seules comme on peut en trouver chez Varèse, Xenakis ou Ohana) Ce morceau étrange évoque à merveille le côté étouffant de cette scène où trois flics-robots torturent THX 1138 dans cette prison illuminée de blanc, le côté métallique de certaines percussions retranscrivant à merveille l'aspect froid, machinal et déshumanisé de cette séquence (et de cette société du futur). En tout cas, voilà un autre morceau incontournable du score qui attirera particulièrement notre attention de par son originalité et l'impact qu'il crée dans la scène qu'il accompagne.

Dans 'Love Dream/The Awakening', on retrouve le 'Love Theme' mystérieux sur un fond plutôt dissonant qui annonce la fin de cette union entre THX 1138 et LUH 3417. Les cordes plus sombres prennent très vite le relais pour nous ramener à la dure réalité: l'amour, pourtant élément majeur dans l'existence humaine, est proscrit de cet enfer futuriste. Dans 'First Escape' et 'Second Escape', Schifrin commence à développer ses sombres musiques évoquant les séquences d'évasion, le compositeur développant une fois encore ses sinistres tenues de cordes pesantes tout en jouant sur de nouveaux effets de cordes plus proches de l'esthétique d'un Penderecki ou d'un Ligeti. Dans 'Source #4/Third Escape/Morgue Sequence/The Temple/Disruption/LUH's Death', et malgré une nouvelle pièce de 'source music' hispanique et plutôt sans intérêt dans le contexte du score (encore absent du film d'ailleurs - on sent que Schifrin a tenu à se faire plaisir en composant ces petites pièces malgré le fait que Lucas ne les ait pas inclus pour la plupart au montage final), on retrouve amplifié le côté sombre et tendu de la partition de Schifrin. Le morceau commence sur un 'nuage' sonore de pizzicati de cordes à la Penderecki, le tout baignant dans une atmosphère de suspense suffoquant alors que les flics-robots se sont lancés à la poursuite de THX 1138 et de son complice. On notera ici l'utilisation remarquable (mais trop brève) de ces flûtes en écho ou des différentes plages sonores que le compositeur élabore ici afin de renforcer l'atmosphère étouffante de sa musique. Surgit alors un choeur grégorien en latin nous renvoyant à cette pseudo-religion qui gouverne l'âme des individus vivant dans cette société, une bonne idée de la part du compositeur qui semble apprécier de passer d'un registre à un autre, même si les transitions entre les différents styles sont nettement moins abrupts dans le montage de la musique dans le film. La dernière partie du morceau fait intervenir une masse chorale sinistre associé à de terrifiantes tenues orchestrales venant une fois de plus renforcer le côté oppressant de cette société cauchemardesque.

On notera un morceau particulier avec 'The Hologram', visiblement inspiré de Jean-Sébastien Bach, premier élément véritablement tragique du score avec cordes baroques renforcées par un continuo de clavecin. Ce morceau est entendu dans la scène où l'hologramme fait diversion et s'écrase en voiture contre un mur pour permettre à THX 1138 de s'évader. Cette sombre histoire trouvera sa conclusion sur le superbe 'First Chase/Foot Chase/St.Matthew Passion (End Credits)'. Schifrin va évoquer dans un premier temps la séquence de poursuite entre THX 1138 et les flics-robots. On retrouve ses sinistres tenues de cordes pesantes doublées ici par une sonorité d'orgue électronique ondulante et menaçante dans une terrifiante montée de tension, Schifrin développant par la suite une nouvelle plage d'angoisse pour la poursuite à pieds dans les tunnels (ce son d'orgue étrange renforce à merveille le côté sombre et envoûtant du morceau), le compositeur utilisant ici de manière très fantaisiste quelques petites percussions diverses liées à la menace des flics-robots. Mais alors que la poursuite s'intensifie, la musique prend une tournure de plus en plus menaçante dans une ultime montée de tension débouchant sur le climax tant attendu, apogée de la partition symbolisée ici par un extrait poignant de la splendide 'Passion selon St.Matthieu' de Jean-Sébastien Bach et qui illumine le générique de fin du film.

Vous l'aurez donc compris, 'THX 1138' est une oeuvre étonnante, à des années lumières des partitions plus conventionnelles que le compositeur a pu écrire pour les grosses productions américaines des années 80 et 90. On pourra regretter l'intrusion des 'source music' qui jurent totalement avec le reste de la partition, même si ces morceaux ont été écrits dans un seul et même but: créer un univers musical éclectique pour le film (on y trouve du baroque, de l'atonal expérimental, une petite danse espagnole, un passage plus de style latino, un chant grégorien, etc.) même si c'est le côté sinistre et atonal de la musique qui prédomine ici (il s'agit d'évoquer l'oppression de cette terrifiante société déshumanisée). La musique de Schifrin crée un impact très fort dans le film de Lucas, soulignant à son tour le côté cauchemardesque de cette sinistre histoire. On saluera au passage la récente édition du score de Schifrin par FSM, une édition tant attendue par les fans du compositeur et de ce score qui mérite amplement d'être redécouvert, maintenant qu'il a enfin droit à une édition discographique digne de ce nom. Un petit bijou expérimental que vous ne devez manquer sous aucun prétexte!

Quentin Billard

Bonus DVD

(Master Session de Walter Murch)

Édition Collector 2 DVD

Suppléments :

* Bande-annonce
* Making-of
* Commentaire audio de George Lucas et Walter Murch (VO)
* Piste isolée en DD 5.1
* Master sessions avec Walter Murch
* Les premières années d'American Zoetrope
* Making of d'époque "Chauve"
* "Electronic Labyrinth" court métrage de George Lucas



 

Date de sortie du DVD : 06-10-2004

A l'occasion de la ressortie en salle de la version director's cut du film de Lucas, voici un decryptage du travail sonore sur ce film. Walter Murch est monteur son ("Sound montage") sur THX 1138, avant d'être "sound designer" sur APOCALYPSE NOW. Il nous révèle ses bidouilles sonores, ses inventions, et évoque sa collaboration avec Lalo Schifrin, le compositeur.

Master sessions avec Walter Murch

Les voix

"Les voix provenant des hauts parleurs, nous les voulions différentes, comme celles des enregistrements de radioamateurs, avec une grande qualité chromatique et un léger déréglement. Les fréquences radio créent des sous-harmoniques dans la voix, comme si on déplaçait le ton d'une voix. Mais il y a autre chose qui ressemble à la radio, nous avons apporté notre magnétophone à une école d'électronique de San Francisco. Ils avaient une installation radioamateur qui pouvait passer notre cassette et la diffuser dans "l'univers". George Lucas manipula le réglage de la radio émettrice et moi celui de la radio receptrice. Ainsi on avait ces voix particulières du film. "


"La difficulté de faire un film de Science fiction en 1970 c'était de créer une voix qui serait au moins à la hauteur de HAL dans 2001. THX a une voix envahissante. Tous les policiers ont la même voix. Et si vous allez au confessionnal, où il y a la voix d'OMM, on découvre que c'est la même que celle des policiers.
Je me demandais : "Que va inventer George ? Qui fera la voix ? "
Le jour de l'enrgistrement, un propriétaire des pompes funèbres est arrivé. George a sorti le dialogue et dit :"je veux que vous disiez ces mots comme si vous parliez à une veuve qui vient de perdre son mari". "


La musique

"La musique que vous entendez a été composée et dirigée par Lalo Schifrin, mais elle est basée sur une musique temporaire que j'ai élaborée pour le film entier à partir de musiques tirées de disques, avant tout de la musique classique.

J'enregistrais la musique à l'envers ou je la ralentissais à 400 pour cent. je la montais de telle sorte que les morceaux se mêlaient entre eux. Je traitais la musique comme les différents tons des pièces ou des atmosphères, comme un bruitage. De la musique bruitage, même si c'est de la musique. Je l'ai fait pour le film entier. Le moment venu de faire la vraie musique, on a montré cette version à Lalo qui a dit : "J'aime beaucoup. Et c'est exactement ce que je fais. J'aime ce que vous avez fait. Avec votre permission, je vais l'adapter, je vais juste relever les notes". Je me suis dit "Ah, super !".

Nous nous sommes retrouvés au studio à la Warner avec un orchestre. Et l'orchestre jouait ce que je savais être de la musique à l'envers, renversée ou ralentie. Ainsi, si vous prenez la musique du générique de début de THX et que vous la jouez à l'envers en l'accélérant quatre fois, vous entendrez "Stabat mater" de Pergolesi. "

Les échos

"J'aime les échos, les réverbérations, les atmosphères autour des voix ou les bruitages qui illustrent l'espace où on est. On part d'un son sec (enregistré en studio) pour créer une sorte d'echo confus autour du son qui indique que la voix est dans une salle de bain ou un grand amphithéatre, ou une caverne. Aujourd'hui il suffit d'appuyer sur le bouton d'un appareil de révérbération numérique programmé pour offrir une infinie de types d'écho. En 1970, non seulement on n'avait pas ce genre d'instrument, mais on n'avait même pas une chambre d'écho normale. Pour y arriver, j'ai imaginé d'enregistrer le son que je voulais modifier, et d'aller dans l'environnement où j'aurais la bonne atmosphère, comme un terrain de Basket. Je passais le son dans cet espace et avec un autre magnétoscope, j'enregistrais le son et l'écho. Quand je repassais au Studio, je repassais les bandes en les synchronisant. La première avec le son original, la deuxième avec le son agrémenté de l'écho. "


Dédoublement du son

J'ai aussi imaginé un "son cubistique", comme un cube de son. Il contenait un son différent de la scène suivante, soit un autre cube. Lors du procès, tout est filmé derrière des vitres, dans une cabine de régie d'un studio d'enregistrement. Il y a du verre derrière le verre, on voit le reflet de ceux qui sont au premier plan. j'ai cherché l'équivalent sonore de cela. A l'époque j'écoutais des compositions de Steve Reich qui avait une technique pour dédoubler le son. J'ai donc pris la voix originale et je l'ai isolée pour qu'on puisse comprendre ce qui se dit, par rapport aux bavardages parasites en fond.

Sons concrets

Dans la séquences avec les perches electriques avec lesquelles THX est torturé, quand elles le touchent, une sorte de décharge electronique le fait trésaillir. La difficulté était d'obtenir un son crédible sans qu'il soit electronique. Chez George, il y avait des abat-jour en métal, j'ai tapé dessus et cela produisait un son interessant, mais trop métallique, donc j'ai mis le micro dans l'abat-jour et j'ai tapé dessus...
Ces perches étaient un peu les ancètres du son des épées laser de "La guerre des étoiles".

Tout ce qu'on entend dans le film sont des enregistrements originaux, sauf deux exceptions, un son de tonnerre préenregistré, et un coup de poing, deux sons "hollywodiens" dramatisant de manière fantaisiste la situation.

La Foule

A la fin du film lorque les personnages s'évadent et se retrouvent mélés à une foule bruyante, j'ai enregistré des chutes d'eau, la fin d'un match de hockey et des gens qui courent. Lorsque je les ai assemblés, la chose étrange qui se produisait est qu'ils s'annulaient entre eux, l'oreille s'y habituaient. Il fallait des pics sonores pour brutaliser le tout. J'ai donc crié dans le micro et enregistré mes hurlements.

Retranscription : Benoit Basirico

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