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Vol 93  (2006)

United 93

Varèse Sarabande (6 juin 2006) | Original Score [musique originale]



Véritable surprise de John Powell, ce score prouve à quel point le compositeur est capable de nous offrir des musiques personnelles et originales pour des films aux sujets plus ambitieux et recherchés. Powell démontre ici son talent pour les ambiances électro, jonglant entre les synthétiseurs atmosphériques parfois bizarres et les parties orchestrales sombres et par moment funèbres et émouvantes.

[© Texte : Cinezik] • 0884463124844

Vol 93

Tracklist (de la BO en CD ou Digital)

1. Prayers (6:02)
2. Pull The Tapes (4:14)
3. Take Off (3:07)
4. 2nd Plane Crash (2:27)
5. Making The Bomb (3:57)
6. The Pilots (1:21)
7. The Pentagon (1:43)
8. Phone Calls (10:49)
9. The End (5:50)
10. Dedication (3:51)

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Les attentats du 11 septembre 2001 ont définitivement marqués le peuple américain comme une blessure qui mettra beaucoup de temps à cicatriser. C’est peut être une banalité d’affirmer une évidence pareille, mais pourtant, c’est bien ce qu’Hollywood semble avoir compris avant tout le monde. Si l’on a pu ressentir les influences des attentats tout au long des films de ces cinq dernières années, il faudra attendre 2006 pour voir débarquer sur nos écrans deux films d’exception retranscrivant chacun à leur tour la tragédie du 11 septembre : le très attendu World Trade Center d’Oliver Stone et United 93 de Paul Greengrass. Ce dernier s’intéresse plus particulièrement au sort des passagers du désormais tristement célèbre vol 93, un des 4 avions détournés par les terroristes au cours du 11 septembre qui n’a pas réussi à atteindre sa cible. Le réalisateur de Bloody Sunday filme cette histoire tragique en temps réel, 90 minutes qui se sont écoulées entre le départ de l’appareil et le crash de l’avion, après que les passagers se soient révoltés contre les terroristes afin de se sacrifier pour empêcher que l’appareil atteigne Washington. A l’instar de Bloody Sunday, Paul Greengrass revient dans United 93 au genre du documentaire-fiction et a choisi de tourner son film avec des acteurs peu connus, préférant éviter à l’inverse du World Trade Center d’Oliver Stone le côté ‘tête d’affiche’ qui aurait certainement nuit au réalisme du film. Ce long-métrage largement encensé par les critiques américaines devrait sortir courant juillet 2006 en France.

C’est la seconde fois que le compositeur John Powell retrouve Paul Greengrass après avoir écrit auparavant la musique de The Bourne Supremacy en 2004. United 93 représente un projet bien différent pour John Powell, qui n’avait encore eu que très rarement l’occasion d’écrire pour un film aussi personnel et ambitieux. Afin de conserver le réalisme du film, le réalisateur a demandé à Powell de n’écrire qu’une quarantaine de minutes de musique pour la totalité du film. La musique de United 93 se distingue dès la première écoute par son économie de moyens clairement affichée: cordes, synthétiseurs, voix d’enfant soliste, très peu de matériaux mis en avant mais un ton résolument atmosphérique, sombre et par moment introspectif. Le premier morceau du score, ‘Prayers’, met en avant cette voix d’enfant éthérée et légère sur fond de cordes sombres baignant dans une douce ambiance de lamentation. La seconde partie, plus atmosphérique, met en avant des percussions électroniques plus typiques de la facette Media-Ventures du compositeur, et qui suggère clairement ici la tragédie à venir avec une tension déjà très présente dans le premier morceau de la partition de United 93, le tout sur un ton toujours très minimaliste et retenu. ‘Pull the Tapes’ reprend ces percussions électroniques un peu bizarres sur fond de nappes de synthétiseur atmosphériques et sombres. Powell met en avant ici son style plus ‘électro’ tandis que les cordes font leur apparition vers la fin du morceau, toujours utilisées dans un rôle harmonique et très peu mélodique, la retenue primant par dessus tout. Les cuivres concluent alors le morceau de façon plus inquiétante.

‘Take Off’ demeure alors dans la continuité des deux premiers morceaux, percussions électro toujours mises en avant, les percussions représentant ici le ciment de la partition de United 93. Les cordes font ici monter très légèrement la tension pendant le décollage de l’appareil, avec toujours ces touches électro qui suggèrent clairement l’inexorabilité du drame, mais sans aucune effusion mélodramatique. Au contraire, la musique de Powell évite tout pathos et se borne à conserver un ton plus distant, froid et atmosphérique, finalement extrêmement peu empathique. A noter que les cordes finales de ‘Take Off’ font parfois penser à certains passages plus atmosphériques de The Thin Red Line de Hans Zimmer, pour lequel Powell avait écrit une musique additionnelle. Dès lors, la partition oscillera ainsi entre passages orchestraux froids et minimalistes et morceaux électroniques atmosphériques et sombres. Les cuivres de ‘2nd Plane Crash’ résonnent ici de façon plus funèbre sur fond de basse synthétique obsédante avec un rappel de la voix d’enfant lointaine. ‘Making the Bomb’ reprend les percussions électroniques/métalliques du début avec une basse synthétique qui s’apparente presque par moment à des battements de cœur (idem pour ‘The Pilots’ avec ses effets sonores bizarres à la limite de l’expérimental). ‘Phone Calls’ possède quand à lui une atmosphère plus pesante et toujours très retenue, Powell maintenant une tension certaine pendant plus de 10 minutes pour la scène où les passagers passent des coups de fil à leurs familles avant le drame. La musique possède ici une froideur funèbre qui fait froid dans le dos, Powell arrivant à faire passer un sentiment véritablement poignant et fort avec très peu de sons et de notes. La voix d’enfant résonne à la fin du morceau de façon lointaine, une sorte d’hommage aux innocents (l’innocence de l’enfance) qui ont péris dans le crash de cet avion.

Finalement, ‘The End’ s’avère être un peu plus massif avec son orchestre ample et son entêtant ostinato rythmique de percussions électroniques, ‘The End’ étant sans aucun doute le parfait climax dramatique que l’on était en droit d’attendre à la fin de ce film pour illustrer la catastrophe. John Powell a sans aucun doute écrit avec ‘The End’ l’un des plus beaux morceaux de toute sa carrière de compositeur de musique de film, un formidable climax émotionnel poignant de plus de 5 minutes qui arrive malgré tout à ne jamais en faire de trop et qui dégage pourtant un réel pouvoir émotionnel et une intensité dramatique rarement entendue chez le compositeur (Powell nous fait parfaitement ressentir dans ce morceau ce que les passagers du vol 93 ont pu ressentir avant de mourir). Et comme si le magnifique ‘The End’ ne suffisait pas, Powell nous achève littéralement avec un ‘Dedication’ d’une grande beauté, véritable élégie pour synthétiseurs, cordes et voix d’enfant dédiée aux victimes du crash du vol 93, un morceau vibrant et tout en retenue qui ne devrait là aussi laisser personne insensible. A noter la façon dont le compositeur joue ici sur les silences pour créer ce sentiment de réflexion, de tristesse, de respect, un morceau en apparence très minimaliste et pourtant très fort émotionnellement, preuve qu’il n’y a pas toujours besoin d’en faire beaucoup pour créer l’émotion dans un film.

Véritable surprise de John Powell, ce score de United 93 prouve à quel point le compositeur est capable de nous offrir des musiques personnelles et originales pour des films aux sujets plus ambitieux et recherchés, loin de la routine hollywoodienne habituelle. Powell démontre ici son talent pour les ambiances électro, jonglant entre les synthétiseurs atmosphériques parfois bizarres et les parties orchestrales sombres et par moment funèbres et émouvantes. Amateur d’élans orchestraux mélodramatiques, passez votre tour ! Vous serez surpris par le côté retenu et introspectif de cette partition tour à tour sombre, tendue, intime et élégiaque, un hommage vibrant et fort aux victimes des attentats terroristes du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. Enfin un score de John Powell véritablement original qui mérite qu’on se souvienne de lui longtemps après le film!

Quentin Billard

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