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Critiques BO

Magnifique partition riche et limpide, épousant la nostalgie de l'enfance, en rendant hommage aux films de monstres
Frankenweenie (Danny Elfman)

Benoit Basirico - Publié le 03-11-2012


Ce qui frappe à l'écoute de cette musique sur disque ou lors de la vision du film, c'est son caractère un brin désuet et son apparente limpidité, son minimalisme et sa grande fluidité, comme si tout allait de soi, avec évidence, avec la sensation d'une partition anachronique et en même temps universelle. Cette musique réveille les morts comme Victor réussite le chien Sparky, elle convoque le cinéma de Burton ainsi retrouvé. 

Le "Main Title" rappelle à cet effet la douceur du thème d'Edouard aux mains d'argent, avec quelques choeurs discrets, comme pour un conte de Noel, "Getting Ready" renvoie à "Batman", "Dark Shadows" est cité au début de "Re-Animation", ce qui est approprié, et aussi "L'Etrange Noël de Mr Jack" dans les 30 dernières secondes de "Electricity". Le sujet de ce nouveau film est celui de tous les films de Tim Burton, non seulement il s'agit d'une version longue d'un court-métrage réalisé en 1984, mais aussi le thème du monstre et de son créateur (hérité de "Frankenstein") était déjà présent dans "Edouard aux mains d'argent". C'est un peu un retour aux sources pour Tim Burton et il est très plaisant par la musique de retrouver des bribes d'un cinéma que l'on a aimé. Le tandem Burton/Elfman renaît donc dans ce qu'il a de plus éclatant et émouvant : on parlait de limpidité, c'est que, loin de la sophistication de ses dernières années, la partition de Elfman est d'une grande épure étonnante, chaque instrument se détache aisément et peut s'apprécier isolément, un piano solo, quelques cordes, un cuivre... cela est à l'image du choix du noir et blanc, de la technique "bricolée" de l'animation image par image, et de la simplicité de son récit, le film est en effet désuet, et c'est tout son charme ! Danny Elfman évacue toutes les sonorités électroniques qu'il employait régulièrement depuis "La Planète des singes" pour préférer la sonorité d'un thérémine.

Ce retour en arrière est évidemment pour Tim Burton un choix tout personnel, non seulement pour parler de lui (Victor est un peu l'enfant qu'était le cinéaste), et aussi pour convoquer le cinéma qu'il vénère, tous les films de monstres. Cet aspect parodique va de la citation directe (l'ouverture "Frankenweenie Disney Logo" laisse entendre le thème du logo Disney, le "When You Wish Upon A Star" de Leigh HARLINE), à des ambiances gothiques (on pense à Akira Ifukube - Godzilla - sur "Invisible fish" ou "Mad Monster Party" avec l'utilisation d'un orgue et de cuivres graves) et aussi quelques évocations : hormis quelques rappels au cinéma de Burton (nous les avons cité), Danny Elfman empreinte d'autres territoires pour rendre hommage à ses contemporains : aux tandems Goldsmith/Dante - on pense à "Gremlins", et Horner/Howard des années 80 - on pense à "Cocoon", la piscine du film d'où naissent quelques créatures maléfiques n'y est pas étrangère. Frankenweenie réveille tous les monstres.

La réussite de cette BO ne réside pas uniquement dans le plaisir cinéphile, mais elle provient aussi dans sa manière de se construire avec le film, son récit et ses personnages. Le noyau thématique est très développé, ce qui est de plus en plus rare dans les Score d'aujourd'hui. Il y a ainsi quatre principaux thèmes, mais la grande direction thématique est évidemment centrée autour des deux personnages principaux. Il y a le thème de l'enfant Victor, et celui du chien Sparky, un thème pour le créateur, un thème pour la créature. Le tracklist du disque ne précise pas quel thème appartient à quel personnage. Il faut voir le film pour le déceler. Le premier thème appuie la relation affective entre l'enfant, son chien et sa famille ("Dad's talk") et se teinte de tristesse après l'accident (le thème aux cordes sur "Game of death" est repris au piano solo sur "Funeral", puis émerge avec ironie à la fin de "Sparky's Day Out" comme un rappel aux temps meilleurs). Le second thème se nourrit de la dimension fantastique. La partition navigue comme le film entre l'amour de l'animal chez Victor (les cordes plaintives dans "Electricity") et l'émerveillement insouciant du chien marqué par une série de quatre notes "sautillantes", le rythme se trouve ainsi balancé entre la pause nostalgique et l'entrain guilleret, les aspects romantiques et le fantastique. Dans l'évolution du film, les deux thèmes finissent par se mêler, jusqu'à être entendus en même temps et à fusionner dans "Happy Ending".

Même si la musique joue au premier degré, elle n'est pas exempt de quelques instants de malice : sur "The Speech", les cordes morbides d'où se détache un violoncelle - très beau morceau - fonctionnent dans le film comme une diversion au discours du professeur, et "Final Confrontation" provoque une fausse fin heureuse (le thème lumineux de Sparky se transforme en un élément rythmique et combatif avant que l'orgue majestueux vienne l'interrompre).
FRANKENWEENIE est donc une grande réussite à tout point de vue, dans le retour aux sources, l'audace d'un projet très personnel, dans la maitrise pour le compositeur du conte horrifique, dans l'élaboration thématique, et dans l'émotion sous-jacente liée à la solitude, le deuil, la famille, l'enfance, la nostalgie.

 

Benoit Basirico - Publié le 03-11-2012

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