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Le Spectre de 007 : lorsque la musique n’est plus que l’ombre d’elle-même…
Spectre (Thomas Newman),

François Faucon - Publié le 12-11-2015


Il est souhaitable sinon obligatoire qu'un jour ou l'autre une saga aussi prolifique que James Bond en vienne à casser les codes musicaux qui ont fait sa renommée. Faut-il encore, pour sortir victorieux d'une telle entreprise, avoir quelque chose de nouveau à proposer. Car le terrain musical ne saurait rester vierge... Et dans le cas de 007, il ne saurait également rester insipide. Ce qui est le cas ici.

S'il faut en croire le réalisateur, Sam Mendès sur Classic FM, cette musique est bien meilleure que celle de Skyfall. Et s'il faut en croire Daniel Craig sur le même site, l'ensemble est brillant. A écouter la partition, on reste tout de même dubitatif face à de telles affirmations (même si on se doute bien que les principaux responsables de ce nouvel opus ne vont pas se tirer une balle dans le pied ; promo oblige !).

Les caractéristiques musicales et identitaires de cette saga ont été abondamment expliquées et on peut en prendre connaissance ICI. Où sont passés les thèmes historiques qui faisaient la force de caractérisation de l'espion britannique ? D'ailleurs où sont passées l'ironie et l'humour so-british qui faisaient la saveur de l'époque Roger Moore ? On croirait entendre du Zimmer avec ses sonorités de synthétiseurs et ses boucles déjà entendues dans Skyfall. Si la production ne voulait plus entendre les thèmes historiques pourquoi ne pas proposer une autre identité musicale à 007, puissante et significative plutôt que cette interminable et mièvre partition ? Certes, quelques pistes sont enlevées : Backfire, Snowplane. Et il reste le Gunbarell d'ouverture ainsi que le motif chromatique. Mais rien de plus. Rien de nouveau. Rien de transcendant. Rien qui percute à l'oreille comme pouvait le faire Goldfinger ou Au Service Secret De Sa Majesté. Car il ne suffit pas d'enregistrer dans les mythiques studios d'Abbey Road pour créer une nouvelle identité musicale à 007...

La chanson de Sam Smith peut-être : Writing On The Wall ? En tête des classements en Angleterre, cette chanson, écrite en une demi-heure, ne fait pas l'unanimité. Et ce malgré l'enthousiasme de Barbara Broccoli qui y voit la meilleure chanson de 007 de tous les temps...

C'est écrit

I've been here before
Je me suis retrouvé là auparavant
But always hit the floor
Mais j'ai toujours heurté le sol
I've spent a lifetime running
J'ai passé toute une vie à fuir
And I always get away
Et je m'enfuis toujours
But with you I'm feeling something
Mais avec toi je ressens quelque chose
That makes me want to stay
Qui me donne envie de rester

I'm prepared for this
Je suis préparé à ça
I never shoot to miss
Je ne tire jamais pour manquer la cible
But I feel like a storm is coming
Mais je sens comme si une tempête approchait
If I'm gonna make it through the day
Si je passe au travers
Then there's no use in running
Alors il sera inutile de fuir
This is something I gotta face
C'est quelque chose que je dois affronter

If I risk it all
Si je prends tous les risques
Could you break my fall ?
Amortirais-tu ma chute ?

How do I live ? How do I breathe ?
Comment puis-je vivre ? Comment puis-je respirer ?
When you're not here I'm suffocating
Quand tu n'es pas là, je suffoque
I want to feel love, run through my blood
Je veux ressentir l'amour, parcourir mon sang
Tell me is this where I give it all up ?
Dis-moi si c'est là que je dois renoncer à tout ?
For you I have to risk it all
Pour toi je dois prendre tous les risques
Cause the writing's on the wall
Parce que c'est écrit

A million shards of glass
Un million de tessons de verre
That haunt me from my past
Qui me hantent depuis mon passé
As the stars begin to gather
Alors que les étoiles commencent à se rassembler
And the light begins to fade
Et que la lumière commence à diminuer
When all hope begins to shatter
Quand tout espoir commence à voler en éclats
Know that I won't be afraid
Sache que je n'aurai pas peur

Parce que c'est écrit

Source : La coccinelle - 2015.

D'ordinaire, la tradition veut que le titre de la chanson soit celui du film. Ici, la production préfère mettre l'accent sur la dimension biblique de 007. L'expression « writing on the wall » provient du livre de Daniel (Bible, chapitre 5, versets 1 à 30) lequel la lit et l'explique au roi Balthazar avant que son règne ne s'achève. Est-ce alors la fin de 007, lui qui lit son nom tracée en rouge sang au bas d'une stèle commémorative ? Musicalement parlant, cela fait déjà longtemps qu'il ne reste rien d'intéressant. Alors, oui c'est écrit : 007, chronique quasi-biblique d'une mort musicale et cinématographique annoncée ? On en vient parfois à le souhaiter...

En attendant que ce énième blockbuster passe comme tant d'autres, à la trappe de l'oubli, réécoutons encore et encore l'indépassable John Barry et son fils spirituel David Arnold (notamment avec son remix de Au Servie Secret De Sa Majesté).

François Faucon - Publié le 12-11-2015

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