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Critiques BO

LE DISCOURS D'UN ROI (2011), le piano s'extrait des cordes comme le roi de la foule
Le Discours d\\\'un roi (Alexandre Desplat)

Thibault Vicq - Publié le 11-11-2019
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En 2006, Alexandre Desplat signe la musique du film THE QUEEN, de Stephen Frears. Quatre ans plus tard, il flirte à nouveau avec la couronne du Royaume-Uni avec LE DISCOURS D’UN ROI, dans lequel George VI – le père d’Élisabeth II – apprend à surmonter son bégaiement avec un thérapeute du langage lors de son accession au trône. 



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La forme majeure qui se dessine dans la bande originale – qui vaudra un BAFTA à son compositeur – est celle du concerto pour piano, élevant le soliste au-dessus d’une nappe orchestrale, illustrant ainsi la fonction d’un monarque vis-à-vis de son peuple. Les prises de son en studio ont d’ailleurs été effectuées avec des micros de l’époque de George VI afin de fournir à l’enregistrement un aspect légèrement patiné. Beethoven règne en maître sur cette partition, dans le sillage de son Concerto pour piano n°5 « L’Empereur » et du mouvement lent de sa Septième Symphonie (ce dernier étant utilisé lors de l’allocution radiophonique d’entrée en guerre par le roi, climax du long-métrage).

L’orchestration début XIXe d’Alexandre Desplat trouve écho dans les morceaux classiques et pré-romantiques que l’orthophoniste passe à son patient. La douceur et la subtilité parsèment une BO jouant sur les reliefs et la délicatesse du toucher. Les cordes sont un océan dont le piano s’extrait, un référentiel influant sur les humeurs du soliste : le roi ne peut ignorer les on-dit et les tendances de son royaume. La méthode ludique et peu conventionnelle du médecin apparaît dans les ritournelles juvéniles des mélodies. Il s’agit d’un retour aux comptines de l’enfance, période également à l’origine du bégaiement de George VI. L’Histoire (la montée du nazisme, la Seconde Guerre mondiale) se confond avec le drame personnel dans les antichambres.

Le handicap du monarque n’est pas un élément constitutif de la partition, mais se manifeste plutôt dans la dimension cyclique de l’écriture ou dans la répétition intermittente de notes au rythme qui s’accélère. Alexandre Desplat adopte également un développement en variations, voire en passacaille, en proposant une même base d’accords avec une ligne thématique en évolution. Le tempo se porte garant du changement d’ambiance, aidé par une cohésion des pupitres dans l’articulation graduelle qui s’y installe. La structure musicale se mue en étendard logique de la parole, tandis que la stature reste conforme au rang de celui dont le discours émane. Le drame met les difficultés d’une personnalité publique à suivre son destin et la crise connue par l’Europe dans les années 30 au coude à coude. C’est cette incapacité du personnage à choisir qui rend cette BO si touchante et universelle.



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Thibault Vicq - Publié le 11-11-2019

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